‹ Les petits appartemensChapitre 65 sur 356 · RÉCITATIF · texte numérisé non relu

RÉCITATIF

Suivant de mes désirs la vive impatience,

Mon rapide coursier a franchi la distance.

Et près de vous j'arrive en un instant:

Moi... c'est connu... je vais toujours coinmt le vent

ROXDO.

Courons , courons , tel est l'adage De la jeunesse et du plaisir ; La fortune est, tlit-on. volage.

Pour l.i saisi; il faut courir.

Pour nous dans les champs de bataille

Quand le signal a retenti,

Quand sous les feux de la mitraille

A nos yeux s'offre l'ennemi...

Entendez-vous chaque guerrier

A l'instant même s'écrier :

Courons, courons, tel est l'adage De la valeur et du plaisir ; La victoire est , dit-on, volage , Pour la saisir il faut courir.

Mais la paix succède aux alarmes , Et bientôt au sein de Paris Mille plaisirs et mille charmes Frappent nos regards éhlouis.

Au même système fidèle , Chacun de nous se dit gaîment :

Lorsque l'amitié nous appelle , Lorsque la beauté nous attend,

Courons , courons, tel est l'adage De la jeunesse et du plaisir; On dit que l'amour est volage , Pour le saisir il faut courir.

MADAME d'hÉRANCY.

Monsieur vient peut-être aussi déjeûner avec nous?

SAINT-ERNEST

Mais, Madame...

MADAME D'HÉRANCY.

Je ne vous tiendrai pas compagnie, car je ne prends que mon chocolat, [montrant M. de Sauvré.) Mais voilà Monsieur qui vous fera les honneurs...

SAINT-ERNEST

Je n'aurais pas osé prendre celte liberté. Je venais seulement... m'infornier de voire sanlé... et vous rester à dîner.

M. DE SAUVRÉ.

Comment, colonel, vous qui n'osiez pas...

C'est bien différent, Monsieur, le dîner c'est sans

conséquence... c'est une affaire d'étiquette, de cérémonie... c'est un repas prié...

m. ni: SAÙVKÉ.

Pas toujours... à ce que je vois.

S UNT-EBNEST.

On dîne maintenant pour ses affaires , et on déjeune pour son plaisir!... Le soir, on reçoit à sa table les personnes dont on a besoin... le malin, on y admet les gens que l'on aime.... et c'est à ce titre que j'ai déjeûné avant de partir... Je me rends justice, Mesdames , et n'ai pas encore assez d'amour-propre pouf aspirer aux honneurs de la tasse de chocolat...

m. de SAUVRÉ , bas à madame d'Hèraney. Quel est le nom de cel original-là?

M LDAME IVJT!':U WCY.

Le colonel Saint-Ernest. Vous devez le connaître ou en avoir entendu parler-... C'est le neveu du général Vil m on t.

:»t. DI.SMTRÉ.

Le général Valmonl!... mon plus ancien, mon meilleur ami !.. Nos guerres, nos dissensions civiles nous ont séparés pendant bien des années; mais nous nous aimions toujours... et il vous a quelquefois , peut-être, parlé du vicomte de Sauvréqui lui dut la vie dans la ^ endée? SAINT-ERNEST.

Comment, Monsieur, il ne jurait que par vous... et à votre franchise, à votre lovante, j'aurais dû vous deviner... Monsieur de Sauvré! le tuteur deces dames». propriétaire du château voisin... si je pouvais vous être bon à quelque chose... je vous prie de disposer de moi et de tout mon régiment!...

;m. DE SAUVRÉ . //// donnant une poignée de main.

Ah! ça, j'espère que nous ferons une plus ample connaissance ?..

^\l\ r-ERNEST.

Comment doue9... j'irai d< - dem in vous dema

■ dîner.

M: DE SAUVRÉ.

A dîner ! qu'est-ce que c'est que cela? {lui serrant la main. ) Ce sera , s'il vous plaît , à déjeuner !

SAINT-ERNEST

Je vous entends et vous remercie.

M. DE SAUVRÉ.

Ah! ça, mais dites-moi donc, colonel... j'ai entendu parler de vous... vous êtes un gaillard!!! Dernièrement encore, je causais avec votre oncle de vos exploits amoureux, et il m'en a tant dit que j'étais curieux devons connaître.

MADAME D'HÉRANCY.

Comment, Monsieur serait...

M; DE SAUVRÉ.

Un séducteur... oui, Madame... séducteur par état.... et il exerce avec une supériorité qui lui fait le plus grand honneur. C'est le plus fort de Paris! du moins en u-t-il la réputation.

Maudit homme!., qui me perd... et impossible de lui faire comprendre...

M. DE SAUVRÉ.

Son oncle m'a raconté de lui des histoires incroyables... et. des aventures qui seraient invraisemblables... même dans un roman anglais... et si je vous disais seulement...

MADAME d'hÉRANCY.

Il n'est point nécessaire, mon ami... J'ignorais la brillante réputation de Monsieur... Sinous avions su que ce fut un illustre... nous nous serions bien gardées de lui taire perdre des instans aussi précieux que les siens... dans une société qui ne peut, ni comprendre ses talens , ni apprécier son mérite.

SAINT-ERNEST , /l part.

C'est clair... me voilà congédié... [liant.) Je suis désolé, Madame, de ne point mériter des éloges aussi glorieux... mais, quelque flatteur, quelque utile même

que soit quelquefois le titre de conquérant et d'homme à bonnes fortunes... je ne veux point usurper plus longtemps des honneurs qni ne m'appartiennent point... je ne suis pas le héros en question...

M. DE SAUVRÉ.

Comment, Monsieur?.... je vous répète que votre oncle....

SAINT-ERNEST

Eh! mais, mon oncle!... mou oncle a plus d'un neveu... ainsi qu'il est facile de vous le prouver... et je conviens que j'ai un cousin assez mauvais sujet... qui mêVite peut-être à quelques égards la brillante réputation dont vous parlez... mais du reste , je lui rends justice... un excellent garçon... un homme charmant que , malgré ses erreurs et ses travers , je n'ai jamais pu m'empêcher d'aimer... voilà la vérité!

M. DE SAUVRÉ.

Comment? celui qui s'est battu pour la comtesse de Luzy ?...

SAINT-ERNEST

C'est mon cousin.

M. DE SAUVRÉ.

Celui qui, au bal de l'opéra, a eucette aventure avec la femme d'un banquier?...

SAINT-ERNEST

C'est mon cousin.

M. DE SAUVRÉ.

Oui... mais l'aventure la plus incroyable..

SAINT-ERNEST, à part.

Allons, il n'en finira pas!

M. DE SAUVRÉ

Celle que je préfère... moi , parce qu'elle est un peu gaillarde....

MADAME d'hÉRANCY.

Eh! mais, mon cher vicomte, il me semble qu'en voilà bien assez... et je ne vous conçois pas... (« s« sœur.) Ernestine, voyez si l'on nous sert le déjeuner...

ERNESTINE

Oui, ma sœur, j'y vais... (àSt-Ernest.) Certainement, Monsieur, je vous plains de tout mon cœur... car vous avez là un cousin qui fait bien du tort à la famille.

{Elle sort.)

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