‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 186 sur 412 · SAINT TIGRE ET SAINT EUTROPE · texte numérisé non relu

SAINT TIGRE ET SAINT EUTROPE

Ce n’est pas seulement pour la défense de la foi contre des païens ou des hérétiques, mais encore pour celle de la justice contre des catholiques mêmes que l’on peut parvenir à la gloire du martyre. C’est ce que l'Eglise nous enseigne aujourd’hui par l'exemple de saint Tigre et de saint Eutrope. Le premier, barbare d'origine et esclave, s'était élevé jusqu’à la dignité sacerdotale par son mérite et sa rare piété. Le second était un jeune homme d’une naissance distinguée, d’un tempérament fort délicat, qui avait été élevé dans son enfance avec-beaucoup de soin et de précaution, qui avait toujours vécu dans une pureté admirable, dans une exacte observation de tous ses devoirs. L'un et l'autre étaient très-attachés à saint Jean Chrysostome, leur archevêque. Lorsque celui-ci fut chassé de Constantinople pour la seconde fois (l'an 404), le feu prit, on ne sait comment, à l’église patriarcale et à la grand’chambre du conseil. On accusa les amis du patriarche d’avoir causé l'incendie pour venger son bannissement. Il se trouva des prêtres catholiques qui eurent le triste courage de livrer Tigre et Eutrope entre les mains du gouverneur de la ville, Optat, qui était paien. Celui-ci, ravi de trouver cette occasion de verser le sang chrétien, en usa avec eux comme on en usait avec les chrétiens au temps des grandes persécutions. Aucun des atroces procédés de la pénalité romaine ne fut oublié : coups de bâton, coups de nerf de bœuf, ongles de fer pour labourer les chairs jusqu'aux os, torches ardentes appliquées sur les plaies toutes fraiches, tout fut employé contre Eutrope d’abord, dont on espérait avoir plus aisément raison à cause de sa faiblesse, et ensuite contre son compagnon; mais vainement contre tous les deux. Il paraît qu'Eutrope mourut sur le chevalet, entre les mains des bourreaux. Tigre, d’une constitution plus robuste, survécut aux tortures. 1 fut exilé quelque temps après avec les autres amis de saint Chrysostome, pour n’avoir pas voulu communiquer avec Arsace, archevêque intrus, et déporté en Mésopotamie.

SAINTE CÉSARIE!, VIERGE (540).

Césarie, vierge, sœur de saint Césaire, évèque d’Arles, fut cloîtrée dès son jeune âge dans un monastère de Marseille, pour y être élevée, afin que, destinée par le Seigneur à la conduite et au gouvernement des autres, elle apprit de bonne heure ce qu’elle devait enseigner, et qu’elle füt écolière avant d’être maîtresse. Son frère lui faisait construire un monastère qu'il était à la veille d'achever, lorsque les Goths, assiégés dans la ville d'Arles (510) par les Francs et les Bourguignons, détruisirent malheureusement toute son œuvre. Mais, le siége fini, il reprit ses travaux, les continua jusqu’à leur entier achèvement et construisit ainsi une église, un cloitre et des cellules pour les religieuses. Il fit la dédicace de ce monastère la dixième année de son épiscopat, le 26 août (512). Césarie s’y enferma d’abord avec deux ou trois sœurs.

Bientôt une multitude de vierges, que leur exemple attire, viennent les rejoindre, quittant volontairement leurs biens et leurs parents ; disant courageusement adieu aux plaisirs d’ici-bas, fleurs caduques et mensongères de notre triste terre. Elles viennent se jeter dans les bras et se mettre sous la protection de Césaire et de Césarie, leur père et leur mère selon la grâce. Là, elles attendent, leurs lampes allumées, que la porte du ciel s'ouvre pour elles, afin qu'après avoir heureusement franchi le seuil de l’éternel bonheur, elles puissent jouir sans fin des embrassements du Christ, leur divin époux. Relenues par leur propre volonté au dedans d’un cloitre qui ne leur laisse que la vue du ciel, elles n’en sortiront qu’à l'heure du dernier passage. Prière, pénitence et travail sont toute leur vie; célébrer la gloire de Dieu dans des psaumes, des hymnes et des cantiques; faire des lectures pieuses, c’est toute leur récréation. Cependant, elles apprenaient aussi les lettres et copiaient les livres saints. Après avoir jeté les fondements d’une sainte règle, Césarie, illustre par ses miracles, s’envola vers le Christ au bout de peu d’années, le 42 de janvier. La gloire de sa sainteté s'était répandue dans tout l'univers, et de son monastère sortirent de nombreuses familles de vierges qui gardèrent la règle de sainte Césarie; une des plus célèbres fut celle que sainte Radegonde, épouse

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