‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 209 sur 412 · SAINT KENTIGERN, ÉVÊQUE DE GLASCOW · texte numérisé non relu

SAINT KENTIGERN, ÉVÊQUE DE GLASCOW

Né vers l’an 516, Kentigern était du sang royal des Pictes, et fut placé dès sa plus tendre jeunesse sous la conduite de saint Servan, abbé et évêque de Culros. L’innocence de ses mœurs, sa douceur et sa piété le rendirent cher à tous ceux qui le connaissaient ; ce qui lui fit donner le surnom de Mungho, qui signifie le bien-aimé. S’étant retiré dans un désert près de Glasghu, où il menait une vie fort austère, il fut obligé de quitter sa solitude et de céder aux instances du clergé et du peuple qui le demandaient pour évêque. Après son sacre, il rassembla à Glasghu, aujourd'hui Glascow, un grand nombre de personnes pieuses qui retraçaient la vie des premiers chrétiens. Il faisait souvent la visite de son vaste diocèse, et toujours à pied, répandant partout la lumière de l'Evangile; partout, aussi, répandant les lumières de la civilisation, partout apprenant aux montagnards écossais à défricher leurs terres. Les païens, touchés de ses instructions, renonçaient à leurs faux dieux, et venaient en foule demander le baptème. Son zèle ne se bornait pas à détruire lidolâtrie, mais il s’appliquait à maintenir parmi son troupeau la pureté de la foi et à le préserver du pélagianisme qui faisait alors des progrès en Ecosse. Les travaux apostoliques de saint Kentigern étaient animés par l'esprit de prière qui lui avait fait prendre pour règle de réciter chaque jour tout le psautier. Il se livrait aussi à d’autres pratiques de piété, et affligeait son corps par des austérités étonnantes, passant tout le Carème dans la solitude où il ne s’entretenait qu'avec Dieu. Comme il brülait du désir d'étendre le royaume de Jésus-Christ, il forma des disciples qu'il envoya prêcher Ja foi dans le Nord de l’Ecosse, les îles d'Orkney, la Norwége et l’Islande. Le pieux Rydderch Haël, roi des Pictes méridionaux, ayant été détrôné par l’impie Morcant, le saint évêque de Glascow, dont il était le parent et le protecteur, fut obligé de se réfugier, en 542, chez les Bretons du pays de Galles. Il passa quelque temps avec saint David à Menevie, ensuite il alla fonder, au confluent des rivières d'Elwy et de Clyde, un monastère qui fut nommé Klanelwy. Il y établit une école qui devint célèbre et d'où il sortit un grand nombre de personnages renommés pour leurs vertus et leur science. On y compta bientôt jusqu’à neuf cent soixante religieux divisés en trois classes : la première, de ceux qui n'avaient point fait d’études et qui étaient employés aux travaux agricoles ; la deuxième, qui n’était guère plus lettrée, était chargée des ouvrages domestiques ; la troisième, composée des plus instruits, avait pour emploi de faire l'office divin, et elle était divisée en plusieurs sections qui se succédaient au chœur, pour chanter sans interruption les louanges de Dieu le jour et la nuit. Kentigern confia le gouvernement de cette nombreuse communauté à saint Asaph, le plus illustre de ses disciples, qui fonda un évêché auquel on a donné son nom, et qui écrivit la Vie de son maître. Rydderch ayant été rétabli sur son trône après la mort de l’usurpateur Morcant, saint Kentigern revint à Glascow vers l’an 560, et, en 565, il eut une conférence avec saint Colomb, qui évangélisait les Pictes septentrionaux, auxquels le saint évêque avait déja envoyé des missionnaires. Rydderch et ses successeurs avaient tant de confiance en notre Saint qu'ils n’entreprenaient rien sans le consulter. Ils secondaient ses pieux projets pour le bien de la religion. Saint Kentigern mourut en 604, à l’âge de quatre-vingt-cinq ans, et fut enterré dans la cathédrale de Glascow, qui le choisit pour son patron principal. Son tombeau y a toujours été en grande vénération jusqu’à l'établissement du calvinisme en Ecosse.

On a représenté saint Kentigern conduisant une charrue traînée par des daims, on par un daim et un loup. On raconte qu’une peste bovine ayant enlevé les attelages du monastère, on se trouvait dans l'impossibilité de faire les semailles. Saint Kentigern appela une troupe de daims qui parcouraient la forêt voisine et les transforma en bêtes de trait pour la charrue. Mais un loup, tenté par la facilité de ravir ces animaux ainsi enchainés vint, un beau jour, faire son premier repas de l’un d'eux, en attendant qu’il pût croquer le second : mais il avait compté sans leur propriétaire. Celui-ci ordonna au loup de prendre la place du daim qu’il avait dévoré, et ainsi le labour put continuer. Il y a là plus qu'une légende : c’est une vivante image des travaux apostoliques de saint Kentigern, qui n’avait rencontré dans les montagnes de l'Ecosse que des hommes cruels comme les loups dont il fit des chrétiens doux comme des agneaux. On voit encore saint Kentigern rendant la vie à un oiseau ; cet oiseau appartenait au professeur qui formait son enfance. Or, notre Saint avait recu la mission de le nourrir. Par un beau jour, un dé ses condisciples eut la damnable idée de tordre le cou au volatile ; craignant la férule et la grosse voix du magister, saint Kentigern pria Dieu de rendre Ja vie à l'animal et fut exaucé. — Les poissons ont encore joué un rôle dans la vie de cet ami de Dieu : une femme avait perdu son anneau de mariage auquel elle tenait beau-

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