‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 220 sur 412 · CULTE DE SAINT FÉLIX DE NOLE · texte numérisé non relu

CULTE DE SAINT FÉLIX DE NOLE

Nous avons cru être agréable à nos lecteurs en terminant cette vie de saint Félix par l’histoire de son culte, empruntée au janséniste Baillet; car cet auteur n’est pas suspect, et son témoignage a plus de poids que le nôtre lorsqu'il raconte des miracles comme faits incontestables.

On fut obligé de laisser longtemps son corps exposé à la vénération du peuple avant que de l'enterrer. Il y eut des empressements extraordinaires pour l'aller baiser et pour réclamer son intercession auprès de Jésus-Christ. Après les premiers feux de cette dévotion, quine discontinua jamais depuis, on mitson corps dans un tombeau de bois d’où ilsortit, comme l’assure saint Paulin, une lumière et une vertu divine qui se fit sentir par un grand nombre de miracles éclatants. Ces miracles incontestables, que ses cendres sacrées opérèrent après sa mort pendant plusieurs siècles, et qui sont plus que suffisants pour attester la vérité de ceux que le Saint avait faits de son vivant, rendirent le nom de Félix célèbre par toute la terre 1. On peut voir dans saint Paulin des descriptions également édifiantes et agréables. Elles tendent à prouver toutes que la foi d’un serviteur de Jésus-Christ aussi favorisé de Dieu que l'était saint Félix, purifiée par les tourments et par une longue pénitence, soutenue d’une ferme confiance et animée d’une grande charité, est capable d'élever l’homme au-dessus de la nature, et de le dispenser des lois de la mort.

La grandeur de ses miracles, jointe au souvenir des travaux qu'il avait soufferts pour la foi, porta l'Eglise à lui décerner les honneurs des martyrs, quoiqu'il n’eût point perdu la vie dans les tourments ; et, pour cette raison, sa fête se trouva établie en un temps où l’on ne fêtait pas encore les simples confesseurs. Elle fut très-célèbre dès son institution, précédée d’un jeûne public et d’une vigile, pendant laquelle on faisait la station sur son tombeau, comme on en usait à l'égard des plus illustres martyrs 2. Saint Paulin, qui nous a dépeint la dévotion avec laquelle on observait ce jeûne et cette veille, nous apprend qu’on accourait de tous côtés à Nole pour célébrer sa mémoire, et il rapporte plus de vingt noms, tant de villes que de provinces d'Italie, dont les habitants venaient tous les ans en grande affluence avec leurs femmes et leurs enfants, le quatorzième jour de janvier, qui était celui de sa fête, malgré la rigueur de la saison et les difficultés des chemins. Paulin lui-même, cet homme si considérable dans l'empire, déjà touché de Dieu, en voulut faire le pèlerinage pour satisfaire la dévotion qu'il avait à saint Félix, parce que l'usage de diviser ou de transférer les reliques des Saints, n'étant pas encore bien établi, on se croyait obligé d'aller honorer ces Saints au lieu où ils étaient morts et où reposaient leurs corps. On a mis au nombro des prodiges faits par les mérites de saint Félix, la conversion miraculeuse et la retraite surprenante de ce grand homme, qui, ayant renoncé aux premiers honneurs du siècle et aux plus grandes richesses de la terre pour embrasser les humiliations et la pauvreté de Jésus-Christ, se tint fort heureux et fort honoré de pouvoir se réfucier au tombeau de cet illustre Confesseur, et de devenir son domestique et son portier, pour parler comme lui 5. Depuis ce temps, le culte qu'il rendit à saint Félix, par reconnaissance pour les grâces qu’il témoignait avoir reçues par sou intercession, fut un culte continuel. Il le commença par s'abaisser jusqu'au ministère le plus bas de son église qu'il

1. S. Aug. de cura pro mort., ©. 16, p. 293; Zdem, ep. oxxxvIr. — 2. Paulin. natal., 7; Thomass. Des jeûnes, 178 part., ch, 18, n. 12. — 8. Vit. Puulini per Fr. Sacchin, p. 661, et per N. Lebrun.

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avait soin de balayer tous les jours, donnant un spectacle d’humilité bien étonnant pour ceux qui se souvenaient de l'avoir vu sénateur, préfet de ville et consul! romain. Lorsqu'il fut devenu évêque, sa dévotion envers saint Julien ne fit qu'augmenter 1, Il témoigne qu'il payait à saint Félix un tribut de son corps et de son esprit tous les Jours, mais qu'il lui en payait encore un autre de sa langue tous les ans, au jour de sa fête, auquel il avait coutume de chanter quelque hymne, ou de lire quelque poëme nouveau de sa composition en son honneur.

L’extérieur de ce culte ne passait pas encore les limites de l'évêché de Nole vers la fin du ve siècle. Son nom était néanmoins très-connu à Rome depuis la paix de l'Eglise, et on l'y distinguait fort bien de quelques martyrs du même nom dont’'on célébrait la mémoire 2. La foule de ceux que la dévotion en faisait sortir tous les ans, pour se trouver à Nole le jour de sa fète, était si grande, qu’il semblait, selon saint Paulin, que toute la ville de Rome se vidât par la porte Capène. Ce ne fut pas à Rome, mais dans un pèlerinage fait au tombeau du Saint, que le pape Damase, qui mourut quarante-six ans avant saint Paulin, reçut par son intercession la guérison miraculeuse dont par reconnaissance il a laissé la mémoire à la postérité dans quelques vers qui nous restent de lui.

Ce culte public passa de l'Italie en Afrique, où il se trouvait déjà établi dès le ve siècle, comme il paraît par un ancien calendrier de l'Eglise de Carthage, dressé durant la persécution des Vandales. On voit même que sa réputation y était grande, à cause de l'éclat de ses miracles, du temps de saint Augustin #, Ce Père témoigne en quelque occasion 5, que l’on reconnaissait assez la sainteté du lieu où reposait le corps de saint Félix de Nole. Il dit ailleurs 6 qu’il avait appris, non sur des bruits incertains, mais sur l'assurance de témoins fidèles, que saint Félix avait non-seulement produit des effets miraculeux et sensibles par une main invisible, mais qu’il était aussi apparu à plusieurs personnes durant le siége de Nole, par les barbares, que nous croyons être les Goths conduits par Alaric. L'autorité que ce Père a toujours eue dans l'Eglise doit aussi attirer notre attention sur la conduite surprenante qu’il tint l’an 404, à l'égard d’un prêtre d'Hippone accusé d’un crime énorme, et qui nous fait juger combien saint Félix de Nole était célèbre dans l'Afrique, où l’on honorait d’ailleurs beaucoup d’autres saints du pays qui portaient le même nom, auxquels cependant Dieu, qui distribue ses dons à qui il lui plait, n’accordait pas la même vertu des miracles 7. Car, comme ce grand prélat ne put trouver des preuves pour justifier ni pour condamner celui qu’on accusait, et qu'il voulait néanmoins faire cesser ce scandale qui troublait toute son Eglse, il ordonna que l’accusateur (le moine Spès) et l’accusé (le prêtre Boniface) passeraient en Italie, et iraient au tombeau de saint Félix à Nole, espérant que, par ses mérites, il plairait à Dieu de faire connaître miraculeusement la vérité, et que l’un et l’autre étant obligés de s’y justifier par serment, le parjure de l’un des deux y serait découvert et suivi de quelque punition divine.

On faisait la fête de saint Félix de Nole à Rome dès le temps de saint Grégoire le Grand, et même dès celui du pape Gélase Ier.

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