‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 275 sur 412 · I Tim., vi · texte numérisé non relu

I Tim., vi

La renommée de la lampe de saint Sulpice se répandit au loin.

Une illustre dame de la Haute-Germanie, aveugle de naissance, s'était rendue, à grands frais et à travers mille dangers, au monastère de la Nef, avec l'espoir d’y obtenir sa guérison. Cependant, malgré ses prières et ses larmes, elle restait, depuis plusieurs jours, étendue sur le pavé, devant le tombeau du saint confesseur, sans que ses yeux s’ouvrissent à la lumière. Dans sa douleur et son impatience, elle se met à demander à grands cris quelque relique, qu’il lui soit permis d’emporter et qui la guérira peut-être avec le temps. Etourdi de ses clameurs, un maçon, travaillant à l’intérieur de l’église, lui dit par dérision :

— Pourquoi tant de bruit ? tendez votre tablier, je vais vous donner un peu des reliques que nous avons 1,

Puis, prenant du mortier avec sa truelle, il le jette dans le tablier de la pauvre dame qui, pleine de foi, s’en frotte les yeux et recouvre immédiatement la vue. Après avoir loué Dieu et saint Sulpice, la noble germaine voulut emporter, comme une vraie relique, le mortier miraculeux, et, de retour en son pays, fit construire un monastère, qu’elle nomma Saint-Sulpice-du-Mortier, et qui devint à son tour célèbre et fécond en prodiges 2.

L'église de la Nef n'existe plus aujourd’hui; les reliques qu’elle possédait ont été brülées en 4793. L'église paroissiale de Saint-Sulpice, à Paris, dans laquelle on vénérait autrefois un os du bras de notre Saint, l’a aussi perdu pendant la Révolution française, et n’a plus maintenant que quelques parcelles des ossements de son patron. La ville de Vatan, en Berri, possède de saint Sulpice un petit os de dix centimètres de longueur, qui a été donné au chapitre de Vatan le 27 janvier 4757, par les religieux de Saint-Sulpice de Bourges.

Dans le Nivernais et l’Auxerrois, la fête de ce Saint se célèbre généralement le 27 août, à cause d’une translation de ses reliques qui a eu lieu à cette époque, d’après l'éditeur des Fastes de l’église d'Auxerre.

« Une grande partie du chef de saint Sulpice, évêque de Bourges, est aujourd’hui conservée à l’église paroissiale de Montreuil-sur-Mer avec une plaque d’argent où se trouve cette inscription gothique. Hic fecit recondi caput sancti Supplicr (sic) : archiept Bituricensis Dna Margarita Descofen abtissa huj. Eccle anno Dni millesimo quingentesimo vicesimo sexlo. Marguerite d'Escouffan, vingt-neuvième abbesse de Sainte-Austreberte , avait obtenu cette relique de Mathilde, comtesse de Boulogne qui, elle-même, l'avait reçue de son fils, Robert de Genève, évêque de Thérouanne et plus tard pape, sous le nom de Clément VII. Le reliquaire date de l'an 1426. L'église de Villefranche-de-Conflent (Pyrénées orientales), prétendait posséder le crâne de saint Sulpice 5,

M. Badie, curé de Villefranche, à qui nous avions demandé si son Eglise possédait encore la précieuse relique de saint Sulpice, nous a fait, en date du 23 août 4871, la réponse suivante :

«Il me serait bien doux et agréable de pouvoir répondre à votre lettre d’une manière satisfaisante. Mais, hélas ! je suis sans données et renseignements sur ce qui fait l’objet de vos demandes. Voici seulement ce que je puis vous dire. La grande relique que possédait, il y a quelques années encore, l’église de Villefranche, a été égarée sous mon prédécesseur on ne sait comment, et toutes mes recherches ont été jusqu'ici inutiles. D'après une copie d'enquête que je possède dans les archives de l’église, elle avait été reconnue authentique par Mgr de Laporte, évèque de Carcassonne et de Perpignan. C'était un os considérable, et ce qui me le fait croire, c'est que la même copie d'enquête ou plutôt de l'ordonnance de l’évêque qui suit l'enquête parle de la permission donnée au curé de la paroisse de détacher un fragment de la grande relique pour le placer ou mieux encore pour l’incruster dans Ja tête de la statue de saint Sulpice, fragment qui existe encore et qu'on voit être un 08.

«Comment la grande relique est-elle parvenue à l’église de Villefranche ? je l’ignore. Les archives de l’Eglise de la paroisse gardent là-dessus le plus profond silence. Ce que je puis vous dire seulement, c’est que, jusqu’à la Révolution, Villefranche jouissait d’une importance qu'il n’a pas maintenant, Ainsi il ne possède maintenant qu'un prêtre, tandis que jadis il avait une collégiale. Tout me porte à croire que la relique en question est de saint Sulpice le Pieux ».

Nous avons voulu rapporter cette lettre tout entière afin que nos lecteurs flétrissent avec nous un pasteur chargé de la garde d’une église, qui a poussé l’incurie jusqu’à laisser disparaitre une relique insigne sans que l’on sache ce qu’elle est devenue.

Cette vie est tirée d'un auteur presque contemporain, reproduit par Surius et Bollandus, et des notes qu'a bien voulu nous communiquer M. Caillan vicaire général de Bourges.

1. Quid (inquid) tantopere clamas? Expande linteum gremiale : et ex his quas habemus reliquias tibi profundam. {Mov. bibl., 11, 50.)

2. Denique ut in regionibus illis tantæ rei extaret perpetua posteritate memoria, construxit ingenti sumptu cænobium; quod (ut barbare loquar) S. Sulpicium de mortario libuit appellari. {/bid.)

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