‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 301 sur 412 · SAINT REMY, VINGT-NEUVIÈME ÉVÊQUE DE ROUEN · texte numérisé non relu

SAINT REMY, VINGT-NEUVIÈME ÉVÊQUE DE ROUEN

” point d'entrer dans la voie étroite qui conduit au salut, et, renonçant aux vains avantages que le monde lui offrait, il se consacra au service de Dieu dans l’état ecclésiastique. Il s’y conduisit d’une manière qui répondait parfaitement à la sainteté de sa profession. Il mortifiait tous ses sens et macéfait son corps par les jeûnes, les veilles et d’autres austérités, afin de se rendre le maître de ses passions ; il distribuait aux pauvres tout ce dont il pouvait disposer et retranchait de sa table, de ses habits et de son train tout ce qui n’y était pas absolument nécessaire, autant pour avoir de quoi fournir à ses charités que pour pratiquer la modestie cléricale. Il employait la plus grande partie des jours et des nuits à la prière, et dounait le reste à l’étude et à la méditation des saintes Ecritures et des sciences ecclésiastiques ; de sorte que tout le monde, touché de sa vertu, le jugeait digne des premiers rangs dans la maison du Seigneur. Le siége métropolitain de l’église de Rouen vint à vaquer l’an 754, par la déposition de l’évêque Rainfroy. Le clergé et le peuple de la ville députèrent aussitôt vers le roi Pépin pour lui demander Remy, cherchant l'intérêt de leur église beaucoup plus dans le mérite personnel du sujet que dans les avantages de sa naïssance et de son rang. Pépin y consentit; et Remy, malgré la résolution qu'il avait prise de passer toute sa vie dans l’obscurité d’une vie privée, fut obligé de se laisser ordonner et charger du fardeau de l’épiscopat, qu’il avait toujours redouté depuis qu'il en avait connu les obligations. Dieu lui fit la grâce de les remplir toutes si dignement qu’il devint tout à la fois le modèle de son peuple pour tendre à la perfection de l'Evangile, et celui des prélats de l'Eglise, pour la manière de bien conduire et de paître le troupeau de Jésus-Christ.

Le diocèse de Rouen se ressentait de la mauvaise administration de son prédécesseur, et il y avait bien des abus à réformer.

Désirant faire rendre à Dieu un culte dont la pureté püût paraître dans les observances même du dehors, il substitua le chant grégorien à celui du pays, qui ne lui paraissait pas assez réglé, ni peut-être assez grave. Pour y réussir, il envoya à Rome des moines qui devaient y être dressés dans les écoles du chant ecclésiastique. C’est à quoi il employa aussi le crédit du roi Pépin; et il est à croire que ces premiers succès portèrent ensuite Charlemagne à entreprendre le changement du rit et des usages des églises des Gaules pour introduire ceux de l'Eglise romaine. Quelque temps auparavant, le saint évêque avait été envoyé comme ambassadeur en Italie, avec le duc Autchaire, pour engager Didier, roi des Lombards, à restituer à l'Eglise romaine les biens que lui ou ses prédécesseurs avaient usurpés sur elle. Du reste le pape Paul [* se montra si satisfait des négociations de Remy, qu’en sa faveur il accorda plusieurs priviléges à l’église de Rouen. Pépin se montra aussi généreux envers son frère pour reconnaître ses services. Avant de l’envoyer à Rome, il l’avait chargé d’apporter le corps de saint Benoît de l’abbaye de Fleury-sur-Loire dans celle du Mont-Cassin; mais Dieu ne permit pas que ses reliques précieuses quittassent la France, et Remy n’en obtint que des fragments que Pépin fit parvenir aux religieux du Mont-Cassin. En 165, il assista au concile tenu au château d’Attigny-sur-l’Aisne, où Chrodegand de Metz présida !. Remy fit beaucoup de pieux établissements, dota et orna diverses églises, outre sa cathédrale, et après avoir fait sentir à son peuple les effets continuels de la vigilance et de la charité d’un véritable

1. I1 ne nous reste plus de ce concile que la promesse réciproque que les évêques et les abbés se firent qu’à la mort de quelqu'un d’entre eux chacun ferait dire pour lui cent psautiers et chanter cent messes par les prêtres, et que chaque évêque chanterait aussi lui-même trente messes,

pasteur, pendant dix-sept ans et quelques mois d’épiscopat, il mourut de la L.

mort des justes le 19 janvier de l’an 772.

Son corps fut enterré dans l’église cathédrale de Notre-Dame, d’où il fut enlevé depuis pour être transporté, avec celui de saint Godard et le chef de saint Romain, dans l’abbaye de Saint-Médard de Soissons, du temps de Louis le Débonnaire. Il demeura en ce lieu jusqu’en 1090 ; alors on rapporta à Rouen la plus grande partie de ses reliques, avec le chef de saint Romain et un bras de saint Godard. L’on mit ces reliques dans l’abbaye de Saint-Ouen, où elles furent religieusement gardées jusqu’au pillage sacrilége qu’en firent les Huguenots l’an 1562. La fête du Saint se célèbre à Rouen le 19 de janvier, depuis qu’on a reconnu que ce jour était celui de sa mort. Auparavant elle se faisait le 14 du même mois, comme on le voit par la légende ancienne de sa vie distribuée en neuf leçons pour son office; on confondait sans doute le jour de sa fête avec celui de la mort de saint Remy de Reims, arrivée en ce même jour. Le nom de saint Remy de Rouen ne se trouve pas dans le Martyrologe romain, ni dans les autres Martyrologes modernes, pas même dans celui de France, où il a mérité un rang à plus juste titre que beaucoup d’autres qui n’ont pas de culte ou qui sont moins connus. Au dernier siècle, outre la fête principale du 19 de janvier, qui, dans le diocèse de Rouen, était d'office simple, on trouvait celle de sa translation marquée au 15 de mai, qui est celle qui se fit de l’abbaye de Saint-Médard de Soissons à celle de Saint-Ouen de Rouen. On dit aussi que ce Saint est en vénération particulière dans la maison d'Autriche ; au moins le compte-t-elle parmi les Saints de sa famille.

Cette Vie est extraite de Baiïllet, à peu près textuellement.

SAINT CANUT IV, ROI DE DANEMARK ET MARTYR 1086. — Pape : Victor IIL, élu en 1086.

11 à imité la passion du Seigneur; marchons sue ses traces.

Brév. rom. Oraison de saint Canut.

Saint Canut ou Ænut, quatrième du nom, roi de Danemark, surnommé quelquefois d'Odensée, et plus souvent /e Saint, était fils naturel de SuénonlII, dont le grand-oncle nommé aussi Canut, avait régné en Angleterre. Suénon, qui n’avait point d'enfants légitimes, prit un soin particulier de l’éducation du jeune Canut, qui alliait toutes les belles qualités de l’âme à celles du corps ; il le mit sous la conduite de maîtres habiles, qui n’eurent jamais qu’à se louer de la docilité de leur élève et des progrès rapides qu'il faisait en tout genre : ils remarquèrent surtout en lui une éminente piété qui donnait un nouveau lustre à ses autres vertus. Quand il fut en âge de commander les armées, il le fit avec cette supériorité qui annonce le héros; et il n’eût pas été facile de décider s’il avait plus de courage que de capacité dans le métier de la guerre. Ses premiers coups d’essais furent de purger les mers des pirates qui les infestaient, et de soumettre plusieurs peuples voisins qui désolaient le Danemark par leurs incursions.

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