Pape : saint Fabien. — Empereur : Dèce
La fermeté, c’est la verge qui ne plie pas, le fer qui ü ne rompt pas, et la pierre qui ne fend pas.
Saint Jérôme sur l'ép. à Tite. Diælæ, nr, c. 7.
Saint Babylas, un des plus grands modèles que l'Eglise ait à proposer à ses ministres pour la fermeté sacerdotale, monta sur le siége d’Antioche l’an 237 de Jésus-Christ. Il succédait à Zébin, et fut le douzième pasteur de cette célèbre église depuis saint Pierre. De toutes les actions de son épisco-
. pat, qui dura l’espace de treize ans, sous les empereurs Gordien, Philippe et Dèce, nous n’en rapporterons qu'une, celle qui a été relevée par saint Chrysostome et tant d’autres, et a rendu sa gloire immortelle.
L'empereur Philippe était né dans la province arabe de la Trachonite, au petit village de Pulpuden, non loin de la cité de Bosra. Elevé pour ses services aux grades les plus importants de la hiérarchie militaire, il fut nommé par Gordien le Pieux, préfet du prétoire, en remplacement de Mysithée, beau-père de l’empereur empoisonné, dit-on, par Philippe. Celui-ci fut imposé comme César à Gordien, qui l’associa à l’empire. Les partisans de Philippe voulurent davantage ; la guerre éclata, Gordien le Pieux fut tué dans le combat et Philippe régna seul (244). Ayant conclu avec Sapor [*, roi de Perse, une paix sans gloire, le nouvel Auguste partit pour Rome.
Le témoignage de l'antiquité ecclésiastique nous affirme que Philippe était chrétien ainsi que l’impératrice Severa, sa femme. S'il pratiqua le culte de lareligion véritable, ceci regarde sa conscience privée ; mais comme empereur et officiellement il ne fit rien pour le triomphe de la vérité. Avant de retourner à Rome avec son armée, Philippe mit à mort un enfant de Gordien le Pieux que celui-ci lui avait fait remettre comme un gage d’union et de paix en associant à l'empire son préfet du prétoire. C'était un attentat notoire, un crime constaté. Quand l’empereur arriva à Antioche, « on était, dit Eusèbe, à la veille de la grande solennité de Pâques. L’évêque Babylas célébrait, avec tous les fidèles, la nuit fameuse de la résurrection, lorsque Philippe se présenta à l'assemblée et demanda à être admis aux prières, parce qu’il était chrétien. Mais le pontife, avec un courage véritablement épiscopal, ne lui permit point l'entrée du saint lieu. Il exigea de lui qu'il fit préalablement la confession de ses crimes, et il le plaça parmi les autres pénitents qui attendaient l’absolution en cette fête pascale. Sans cette réparation, le saint évêque l’eût inflexiblement banni de l’assemblée. On dit que l'empereur se soumit humblement à cette réparation ». Ce que cette bumiliation pieusement acceptée renferma d’expiations salutaires pour le coupable, c’est le secret de Dieu. :
Pendant le court règne de Philippe (244-249), le nombre des chrétiens se multiplia ; des villes entières se convertirent ; de tous côtés s’élevaient des temples où l’on adorait publiquement Jésus-Christ. Mais nous voyons aussi dans les ouvrages de saint Cyprien et dans la vie de saint Grégoire le Thaumaturge que cette paix fut, pour un grand nombre de fidèles, une occasion
de relâchement. Dieu permit une persécution générale, qui fut la septième, pour purifier ses Saints et réveiller la ferveur des âmes tièdes. Elle fut allu-
mée en 250, par l’empereur Dèce, qui renversa du trône les deux Philippe,
père et fils, comme ils y étaient montés : par la révolte. On attaqua d’abord
les pasteurs des Eglises ; saint Babylas, qui était l’un des plus considérés
d’entre eux, et par la dignité de son siége, et par le mérite de sa personne,
fut arrêté vers la fin de l’an 250 et jeté dans une prison, où il mourut des
mauvais traitements qu’on lui fit subir. Il demanda avant sa mort à être enterré avec les chaînes qu'il regardait comme l'instrument de son triomphe.
Les chrétiens bâtirent une église sur son tombeau.
Le césar Gallus, frère de Julien l’Apostat, faisait son séjour ordinaire à Antioche : ce prince très-religieux, qui avait une vénération particulière pour les saints Martyrs, dans le dessein de purifier un endroit fameux par les superstitions du paganisme, Daphné, que l’on regardait comme un faubourg d’Antioche, quoiqu'il en fût distant de deux lieues, consacra vis-à-vis du temple d’Apollon une église au vrai Dieu, sous l’invocation de saint, Babylas, et y mit les reliques du Saint renfermées dans une châsse qui était élevée hors de terre. Aussitôt le démon resta muet dans son temple. Les païens attribuèrent le silence de leur dieu à ce que, depuis la présence de Gallus dans ce pays, on avait cessé les sacrifices et les cérémonies de leur culte.
Julien lApostat étant venu à Antioche, en 362, rétablit avec grand appareil le culte d’Apollon. Il égorgea des victimes par centaines, conjurant le dieu de continuer ses oracles, de dire au moins la cause de son silence. Le démon se garda bien d’avouer la vertu des reliques de saint Babylas : il dit seulement que le bourg de Daphné était rempli de cadavres, et qu’il parlerait si on les enlevait. Julien comprit à demi mot, comme le remarque saint Jean Chrysostome, qui était présent (âgé seulement de huit ans). Au lieu de faire déterrer tous les morts ensevelis dans le faubourg, il ordonna aux chrétiens d’ôter la châsse où était renfermé le corps de saint Babylas. C’est ce qui se fitavec une grande pompe. On mit sur un char la châsse du saint Martyr, qui fut conduite comme en triomphe à Antioche. On chantait durant la marche les psaumes qui peignent l’inanité et l’impuissance des idoles, et la foule des fidèles répétait comme refrain après chaque verset : « Que tous ceux qui adorent les ouvrages de sculpture et se glorifient de leurs idoles soient couverts de confusion L», Trois mois après, la foudre du ciel tomba sur ce fameux temple d’Apollon et le mit en feu, dans le temps précisément où Julien avait envoyé consulter l’oracle sur l'événement de la guerre de Perse, à laquelle il se préparait. Un tremblement de terre ayant succédé au tonnerre acheva de ruiner ce bel édifice : les ornements et l’idole disparurent ; il ne resta que les murs pour servir de monument à la vengeance divine.
A cette nouvelle, Julien, oncle de l’empereur et gouverneur d'Orient, accourut à Daphné et fit souffrir de cruelles tortures aux prêtres pour découvrir si l'incendie venait de leur négligence ou des chrétiens. Ils dirent constamment qu’on ne devait s’en prendre qu’au feu du ciel; et il vint des paysans d’alentour attestant qu'ils avaient vu tomber la foudre.
L’Apostat était furieux contre les habitants d’Antioche, il fit fermer la grande église de la ville et donner la question à quelques particuliers. Mais la mort précipitée de son oncle Julien et de Félix, trésorier général des finances, ses ministres dans les profanations aussi bien que dans Padminis-