‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 365 sur 412 · NOTICE SUR JULIEN L’APOSTAT · texte numérisé non relu

NOTICE SUR JULIEN L’APOSTAT

Julien l’Apostat fut ainsi surnommé parce qu'il abjura la religion chrétienne pour embrasser le paganisme. Son vrai nom était Flavius-Claudius-Julianus. Fils de Jules-Constance et neveu de Constantin le Grand, il naquit à Constantinople le 6 novembre 331. Il eut le bonheur d'échapper, avec son frère Gallus, au massacre qui fit périr toute sa famille après la mort de Constantin. Le soin de son éducation fut confié au fameux Eusèbe de Nicomédie. Mardonius, son gouverneur, travailla également à lui former l'esprit et le cœur. Ses progrès scientifiques furent très-rapides ; il entra dans le clergé et exerçca dans l'Eglise la fonction de lecteur. Il fit un voyage à Athènes, où il s’appliqua à l’astrologie, à la magie, et à toutes les vaines illusions du paganisme ; il s’attacha surtout au philosophe Maxime, qui fut la principale cause de sa perte. Il fut fait César en 355, et chargé du commandement des troupes dans les Gaules. Les nombreuses victoires qu'il remporta sur les ennemis de l'empire prouvèrent sa grande capacité pour le métier de la guerre. Après la mort de Constance, arrivée le 3 novembre 361, 1l alla en Orient, où il fut reconnu empereur, ainsi qu'il l'avait déjà été en Occident. Comme il avait toujours eu un penchant violent à l'idolâtrie, il ne dissimula plus : il ordonna qu’on rouvrit les temples des idoles, il les adora publiquement, et par un trait de fanatisme qui fait horreur, il entreprit d'effacer en lui le caractère du baptème, en recevant sur toutes les parties de son corps le sang impur des victimes. Toute la vie de l’Apostat ne fut qu’un commerce intime, effectif, réel, avec ce qu’il nommait ses dieux, c’est-à-dire avec ce que le spiritisme moderne appelle les esprits, et ce que les Saintes Ecritures nomment les démons. Il donna dans toutes les extravagances et les cruautés des Aruspices, jusqu’à immoler plusieurs fois des victimes humaines pour interroger leurs entrailles. Tous ces faits sont rapportés par saint Grégoire de Nazianze et par Ammien Marcellin, historien païen, grand admirateur du prince. Le magicien Maxime et d’autres hommes aussi méprisables étaient ses principaux confdents. Cependant, les miracles de Jésus-Christ l’incommodaient fort, et il n’était pas aisé d’enlever aux chrétiens la preuve qu'ils en tiraient en faveur de leur religion. Au lieu done d’en attaquer la vérité, il tâcha, par le moyen de la magie, d’en procurer de semblables au paganisme : tous ses efforts tournèrent à sa confusion.

Dans le dessein d’anéantir la religion de Jésus-Christ, il choisit une voie différente de celle des anciens persécuteurs. Il ne voulut point personnellement répandre de sang, quoique ses gouverneurs de province ne se fissent pas toujours de scrupules à cet égard ; pour lui, il se contenta de déclarer les chrétiens inhabiles à posséder les charges de l’Etat, il leur défendit d'enseigner et d'étudier les belles-lettres, dont la connaissance leur fournissait des armes contre le paganisme. Les païens euxmêmes, entre autres Ammien Marcellin, ont désapprouvé cette mesure dont l'injustice se fait aisément remarquer. Julien ne s’en tint pas là ; il ordonna par un édit que les disciples de Jésus-Christ ne porteraient plus le nom de Chréliens, mais celui de Galiléens. Il les accablait d'impôts et les dépouillait de leurs biens, disant par dérision qu’il fallait leur faire pratiquer la pauvreté recommandée par l'Evangile. D’autres fois il avait recours aux pièges et aux caresses. Quoiqu'il fit profession de tolérance, il ne laissa pas de condamner plusieurs chrétiens à mort, mais secrètement, et sous d’autres prétextes que celui de la religion. Son but en cela était de leur ravir la gloire du martyre. Cet artifice eût pu servir à son projet, s’il eût été question de ces philosophes orgueilleux qui ne cherchent qu’à satisfaire leur amour-propre, mais les disciples de Jésus-Christ n’ont pas besoin de témoins ; ils chérissent surtout les souffrances dont la vue et les motifs sont cachés aux hommes. Cette remarque est de saint Grégoire de Nazianze ?, Il faut pourtant avouer que la conduite de Julien fut très-préjudiciable à un grand nombre de chrétiens, qui se laissèrent séduire par la crainte d’encourir la disgrâce de l’empereur, d’être exclus des charges et de perdre leur fortune. Enfin, il s’imagina qu'il porterait un rude coup au christianisme s’il pouvait convaincre de faux la prédiction de Jésus-Christ sur le temple de Jérusalem. Il entreprit donc de le faire rebâtir environ trois cents ans après sa démolition par Titus : mais les ouvriers n’en eurent pas plus tôt creusé les fondements qu'il en sortit des tourbillons de flammes dont ils furent consumés. Ce fait est atlesté par tous les

1. Miniature du ménologe grec, tome rer, p. 12, éd. du cardinal Ajibani. 2. Or. xt, in Julian.

auteurs du temps, et mème par Ammien Marcellin, qui était païen, et qu’on sait avoir été entièrement dévoué à Julien. On peut voir l’excellente dissertation de Warburton sur le projet formé par l’empereur Julien de rebâtir le temple de Jérusalem. On en a donné une bonne traduction française imprimée à Paris en 1154.

Julien, étant à Antioche, n’y trouva pas tout le zèle qu’il eùt désiré pour le rétablissement du paganisme ; on y fit même des railleries sur sa petite taille, sur sa barbe et sur ses sacrifices. Il résolut de s’en venger après son retour de la guerre de Perse. Il se flattait de réussir dans cette entreprise sur la foi des oracles de Délos, de Delphes, de Dodone, etc., etc., comme nous l'apprenons de Théodoret, de saint Grégoire de Nazianze, de Philostorge et de Libanius 1. Ce prince dit lui-même, dans sa seconde lettre, que les divinités de tous les lieux par lesquels il passa lui avaient promis un heureux succès; mais il eut bientôt occasion de connaître le peu de pouvoir de ces dieux. En effet, son armée, qu'il avait eu l’imprudence d'engager dans les déserts, fut taillée en pièces au mois de juin de l’an 363; il perdit lui-même la vie sur le champ de bataille. Ammien Marcellin dit qu'ayant été blessé dangereusement, on le porta dans sa tente, où il mourut le même jour avant midi (26 juin 363). On lit dans Théodoret, dans Sozomène et dans les Actes du saint martyr Théodoret, que Julien, se sentant blessé à mort, remplit ses mains de son sang et qu'il le jeta contre le ciel, en vomissant ce blasphème : Tu as vaincu, Galiléen, tu as vaincu. Plusieurs Saints solitaires apprirent par révélation que Dieu avait délivré le monde de cet apostat, afin de rendre la paix à son Eglise. Telle fut la fin du malheureux Julien. Son caractère était un composé monstrueux d'artifice, de légèreté, d’inconstance, de petitesse, de fanatisme, d’hypocrisie et de quelques bonnes qualités. Saint Grégoire de Nazianze, l'ayant vu à Athènes en 355, fut extrèmement frappé de sa démarche peu assurée, de l'inquiétude et de l’égarement de ses yeux, de ses questions hors de propos et de ses réponses sans justesse. Il présagea dès lors que l'empire nourrissait un monstre dans son sein 2.

Il nous reste quelques écrits de Julien : 40 le Misopogon ou l'Ennemti de la barbe ; c'est une satire contre les habitants d’Antioche qui l’avaient raillé; 20 des discours et des lettres ; 30 Ja satire des Césars. Julien composa cet ouvrage pour critiquer ses prédécesseurs dans l'empire et pour se faire regarder comme le seul grand prince ; 4° plusieurs autres pièces publiées en grec et en latin par le P. Pétau, en 1630, in-40. Ezéchiel Spanhein donna une belle édition des œuvres de Julien, en 1696, in-fol. M. l'abbé de la Bletterie en a traduit une partie : ila donné aussi une excellente vie de l’empereur Julien.

Consulter sur Julien l'Apostat M. de Broglie : l'Æglise et l'empire romain au xve siècle ; et M. Darras : Histoire générale de l’Eylise.

SAINT MACÉDONE,

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