‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 367 sur 412 · SAINT MACÉDONE, PRÊTRE D’ANTIOCHE · texte numérisé non relu

SAINT MACÉDONE, PRÊTRE D’ANTIOCHE

l’ayant aperçu un jour et jugeant que ce devait être quelque grand serviteur de Dieu, laissa ses compagnons pour aller l’entretenir. Il lui demanda d’abord à quoi il pouvait s’occuper en ce lieu et ce qu’il y faisait seul. « Je fais, toute ma vie », dit le Saint, « ce que vous faites présentement. Je m'occupe à la chasse, comme vous, mais mon objet est différent du vôtre : vous courez après les bêtes des forêts, je cours sans cesse après mon Dieu pour tâcher de l’atteindre et de le posséder éternellement ».

La réputation de Macédone se répandant de tous côtés, on accourait en foule pour le voir. Saint Flavien, nouvellement élu évêque d’Antioche, à la place du grand Mélèce, résolut de lassocier à son clergé. Il lattire à Antioche, et au milieu de la célébration des saints mystères, il le fait approcher de l’autel, lui laisse croire qu’il va lui donner une simple bénédiction et l’ordonne prêtre sans qu'il s’en doute. Après le saint sacrifice, Macédone apprend qu'il a reçu la prêtrise ; il entre alors dans une vraie colère ; il se trouble, ses sentiments d’humilité le jettent hors de lui, il va jusqu’à lever le bâton contre son évêque. Ses amis purent à peine le calmer, et il se sauva le soir même sur sa montagne. Le dimanche suivant, c’est-à-dire huit jours après, l’évêque Flavien l’envoya prier de revenir à l’église pour assister à l'office avec son clergé. Macédone, n'étant pas encore remis de sa colère, demanda aux envoyés « s’ils n'étaient pas contents de la violence qu'ils lui avaient déjà faite, et si l’on prétendait le faire prêtre encore une fois ». Et il refusa nettement de les suivre. On parvint toutefois, avec le temps, à vaincre sa modestie, à l’instruire des canons et de la discipline de l'Eglise : il s’humanisa et prêta charitablement son ministère à ceux qui le réclamèrent. Il consentit aussi à habiter une cabane, et plus tard les maisons qu’on lui prêtait ; il consentit même à adoucir son régime : il usa de pain pour ne pas abréger témérairement le terme de sa vie ou plutôt de sa pénitence. Il employa encore plus de discrétion et de prudence envers les personnes qui avaient recours à lui, surtout envers la mère du célèbre Théodoret, dont nous raconterons la vie après celle-ci; et cette vertueuse femme se crut redevable à Macédone de son enfant. Ce fut par ses prières qu’elle l’obtint de Dieu et qu’elle fut garantie d’un accident très-grave pendant qu’elle le portait dans son sein. Non content de ces deux faveurs, le bon Solitaire voulut bien se charger de la première éducation de cet illustre enfant. En retour, c'était la mère de Théodoret qui fournissait ordinairement à notre Saint le peu d’orge qu’il mangeait depuis si longtemps.

Il me reste à dire, de toutes les actions de Macédoiïne, la plus digne d’admiration. Le peuple d’Antioche, irrité par un nouvel impôt que Théodose avait été obligé de lever comme subside extraordinaire, s'était emporté à de grands excès : pour se venger de Théodose, leur empereur, les plus mutins de la populace se jetèrent sur les statues du prince et de l’impératrice Flaccile, morte en odeur de piété dix-huit mois auparavant, les renversèrent et les traînèrent ignominieusement par les rues. Théodose, à la nouvelle de cet outrage, résolut d’abord de faire passer tous les habitants d’Antioche, y compris les femmes et les enfants, au fil de l'épée. Revenu à des sentiments plus humains, il envoya pourtant Elébech, général de ses armées, et Césaire, préfet du prétoire, afin de réprimer ce désordre par les menaces et l’effroi. Tout tremble à leur approche, on croit que c’en est fait d’Antioche. Mais il restait pour sauver la ville l’éloquence de saint Chrysostome, le dévouement de l’évêque Flavien et la sainte hardiesse du solitaire Macédone. é

Comme dans tous les temps de calamité, les solitaires arrivent prêter

Vis DES SAINTS. — TOME Ier 38

leur assistance aux habitants, Macédone est de ce nombre. Lui qui n’a aucune expérience du monde, qu’on croirait incapable de tout commerce avec les hommes, s’avance avec une étonnante fermeté vers les lieutenants de l’empereur, les arrête tous deux en prenant l’un par son manteau et leur commande de descendre de cheval. Irrités d’une pareille audace, ils s’arrêtent en effet, autant par indignation que par surprise, à la vue de ce petit vieillard si mal vêtu, si négligé, et qui leur parle d’un ton de maître, comme s’il était au-dessus d’eux, au-dessus de l’empereur. Mais quelques-uns des témoins de cette scène leur ayant dit qui était cet homme si extraordinaire, et le même esprit qui avait remué la langue de Macédone leur touchant le cœur, ils descendent de cheval, embrassent ses genoux etlui font mille excuses de ne l'avoir pas connu d’abord.

Le Saint leur tint un discours plein de sagesse, de force et de douceur. I] les pria de dire à l’empereur de sa part : « Qu'il devait se souvenir qu’il était homme aussi bien qu’empereur, et qu’ainsi il fallait dans toute sa conduite avoir autant d’égard à la nature humaine qu’à la dignité impériale, ayant à commander à des sujets qui étaient hommes comme lui. La nature des hommes ayant été créée à l’image de Dieu même, de qui elle porte le caractère et la ressemblance, Théodose ne devait pas ordonner si facilement qu’on détruisit cette image de Dieu par des meurtres. Il pouvait juger de Dieu par lui-même, puisque ce qui l’irritait si fort n’était autre chose qu'une injure faite à ses statues. Cependant il n’y a point d'homme de bon sens qui pe sache combien une image de Dieu, une statue vivante et raisonnable, est plus noble qu'une statue insensible et inanimée. Enfin, il serait aisé à ceux d’Antioche de lui rendre plusieurs statues de métal au lieu de celles qu'ils avaient renversées ; mais il lui serait absolument impossible, tout puissant prince qu'il était, de former seulement un cheveu de la tête de ces images de Dieu, quand une fois il les aurait détruites ».

Ce discours, prononcé en syriaque, frappa Elébech et Césaire, quand ils se le firent interpréter en grec. Car ces paroles étaient produites par l’esprit de Dieu qui remplissait le Solitaire de sa grâce : il n’eût pas été possible autrement qu’un homme, sans aucune connaissance des lettres, nourri dans les champs, vivant comme un sauvage sur les montagnes désertes, d’ailleurs étrangement simple, ignorant même les saintes Ecritures, pût dire des choses belles jusqu’au sublime. Les deux officiers transmirent à l’empereur ce langage qui servit beaucoup à le toucher et à l’adoucir.

Après ce mémorable service rendu à la ville d’Antioche, Macédone rentra dans sa solitude, où il mena la même vie qu'auparavant, jusqu’à ce qu’il plût à Dieu de le retirer de la terre. Il mourut vers l’an 420, sous le règne de Théodose le Jeune, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, dont il avait passé soixante-dix dans la pénitence. Son corps reçut de la part des hommes tous les honneurs qu’on peut rendre à la vertu : il fut porté dans la ville, avec un concours surprenant de Syriens et d'étrangers, sur les épaules des premiers magistrats et enseveli avec grande solennité dans l’église des Martyrs, auprès des deux illustres solitaires saint Aphraate et saint Théodose.

Quoique le Martyrologe romain ne fasse pas mention de saint Macédone, comme l'Eglise grecque en

fait mémoire le 24 de janvier et que sa vie est des plus extraordinaires, des plus intéressantes, nous devions l'ajouter au Recueil du P. Giry.

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