‹ Les petits Bollandistes (volume 2)Chapitre 74 sur 412 · SAINT MAXIME OU MÈME, ABBÉ DE LIMOURS · texte numérisé non relu

SAINT MAXIME OU MÈME, ABBÉ DE LIMOURS

châtiment. Les gens de sa maison vinrent insulter les moïnes et leur reprocher le malheur de leur maître, leur assurant qu'ils en tireraient une vengeance éclatante. On engagea alors Maxime à se mettre en sûreté; mais il répondit qu'il irait sur la place publique faire connaître à ces furieux les ordres de Dieu. Quand il parut, tous lui demandèrent pourquoi il avait ainsi traité leur maître ; Maxime répondit qu'il avait été frappé d’aveuglement parce qu’il persécutait les serviteurs de Dieu. Aussitôt l’un des plus proches s’avance pour le saisir, disant : « Cherche maintenant où est celui qui t’enlèvera de mes mains. — Celui-là est ici présent », dit Maxime, « qui peut m'arracher de tes mains ». Et comme le scélérat tirait son glaive pour en frapper le saint abbé, le glaive s'échappe de ses mains et une force invincible le renverse ; une nuée lumineuse descend des cieux sur Maxime, et tous ceux qui le menacent de mort deviennent aveugles. Le Saint leur prêche alors la pénitence et leur donne des avis salutaires, et priant pour eux, il obtient leur guérison ; tous recouvrèrent la vue, excepté celui qui avait voulu attenter à sa vie. Mais le démon, jaloux de cette victoire, inspire à l’un d’eux de lui donner un coup de lance, et Maxime, frappé au côté, s’affaisse sur lui-même en disant : « Gontran, vous avez mal fait, pourquoi me percer de votre lance ? » Le corps de Gontran fut à l'instant même tout couvert de blessures, et il mourut trois jours après rongé par les vers.

Les religieux, après avoir relevé saint Maxime, le portèrent en pleurant au monastère. L'ange du Seigneur lui apparut et lui dit que le lendemain, saint Michel, accompagné d’une multitude d’esprits bienheureux, viendrait le chercher pour le conduire au ciel et lui donner la récompense due à ses bonnes œuvres et à son martyre. Ceux qui assistaient le malade entendirent les paroles de l’archange qui prédit encore que Magnence serait abbé après le saint moribond. Le jour suivant, Maxime appela ses religieux et fit mettre du vin dans une coupe, puisil le bénit et, rendant grâces à Dieu, il en but et le donna à boire à tous ses religieux en signe de charité ; il demanda humblement pardon à ceux qu’il avait offensés, et leur fit ses adieux en les embrassant. L’évêque de la province d'Auvergne, Augustin, et l’archevêque de Vienne, Paschase, étaient présents au trépas du bienheureux. Parmi ceux qui entouraient le lit de mort, cinq malades furent guéris miraculeusement. Le saint abbé, ayant entendu les chants des anges qui venaient pour l’introduire au ciel, dit aux assistants : « Je vous prie, mes pères et mes frères, de me recevoir en votre charité et de m’accompagner du secours de vos prières ». Puis, ayant fait le signe de la croix, ils’endormit dans le Seigneur, le 27 janvier de l’an 625 ».

Cf. Acta Sanclorum, 2 janvier,

SAINT VINCENTIEN OÙ VIANCE, PALEFRENIER

vie siècle.

La main des pauvres transporte au ciel, dans les trésors de Dieu, les vêtements que nous leur donnons.

(Paroles de saint Viance, qui aimaît surlort

à vêtir les membres nus de Jésus-Christ.)

Saint Viance naquit, vers l’an 620 ou 623, en Anjou, dans un bourg appelé Vantogilum ou Nantiniacum! sur les bords de l’'Oudon. Son père, Vincentius, et sa mère Mageldis, plus riches en vertu qu’en biens de la terre, étaient serfs d’un seigneur nommé Beraldus, duc d'Aquitaine. Ce jeune enfant fut élevé avec tous les soins et toute la sollicitude que l’on pouvait attendre de ses pieux parents ; arrivé à sa deuxième année, il reçut le baptême et donna dès lors les plus belles espérances de vertu et de sainteté, en sorte qu’on pouvait lui appliquer ces paroles du prophète : « C’est de la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle qu'est sortie la louange de Dieu ». Ce bonheur ne devait pas durer. À peine âgé de dix ans, Viance perdit son père et sa mère. La divine Providence lui donna d’autres protecteurs : ce fut le duc d'Aquitaine, qui, touché de compassion pour le jeune orphelin et charmé des grâces de l’enfant, lui voua dès lors toute son affection, et, le pressant tendrement entre ses bras, le traita désormais comme son fils. Vers 630. Le jeune Viance fut aussitôt admis à suivre avec Barontus, fils du duc, les leçons du diacre Hérimbert, qui nous a transmis la vie de son élève. A l’école de son vertueux précepteur, il fit de rapides progrès dans les lettres humaïnes et divines; ses qualités supérieures et ses rares talents intellectuels lui acquirent bientôt l'admiration de tous ; il n’était encore qu'un enfant et il avait déjà ia maturité d’un vieillard.

Beraldus, obligé d’aller à Cahors, une des villes de son gouvernement, se fit accompagner de sa famille et des principaux officiers de sa maison; le jeune Viance fut du voyage.

Le duc fut reçu avec honneur par l’évêque saint Didier, qui l’invita à sa table. Pendant le repas, son pupille fut chargé de faire la lecture ; il s’en acquitta avec tant de grâce et d’aisance que le saint prélat conjura le duc de lui laisser, pour l’attacher à son Eglise, un sujet si plein d'espérance. Beraldus céda aux instances de Didier, malgré l'opposition de son fils et de son épouse, et son jeune protégé passa sous la juridiction de l’évêque. Il fut aussitôt admis à l’école épiscopale de Cahors, où il se distingua comme il l'avait déjà fait sous la conduite du diacre Hérimbert, et reçut l’ordre de lecteur.

Jusqu'ici, Viance n’a vu, pour ainsi dire, que le beau côté de la vie; jusqu’à la mort de Beraldus, il vécut heureux sous la protection toute particulière de la Providence. La mort du duc fut le commencement de la vie crucifiée de notre Saint ; car aussitôt Barontus réclama Viance en vertu des droits qu’il possédait sur lui, et pour le maintien desquels il avait autrefois protesté. L’évêque et son élève se résignèrent en présence de la force, non sans verser des larmes, car tous deux pressentaient que l’épreuve serait dure

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