SAINT PIERRE II, ÉVÊQUE DE POITIERS
Pierre, le deuxième de ce nom qui ait occupé le siége de Poitiers, tenait par les liens du sang aux illustres familles des Sexebaud et des Chatelaillon, éteintes depuis longtemps, et dont plusieurs membres l'avaient précédé dans la même dignité. Il était chanoïne et archidiacre de la cathédrale, lorsque Dieu appela à lui, en 4087, son frère, l’évêque Isembert II, qui gouvernait le diocèse depuis quarante ans. La sainteté de sa vie le désignait au choix du chapitre à qui appartenait alors le droit d'élection. Il fut élu d’une commune voix, et justifia aussitôt ce choix honorable en s’appliquant à retracer en lui le plus digne modèle des vertus pastorales.
En ce temps-là, le roi de France, Philippe Ier, portait le scandale sur le trône par la licence de ses mœurs. Au mépris des lois sacrées des mariages chrétiens, il avait quitté Berthe de Hollande, son épouse, pour prendre Bertrade de Montfort, femme de Foulques-Rechin, comte d'Anjou. En vain saint Yves, évêque de Chartres, avait combattu dans le prince un si détestable désordre, celui-ci s’en était vengé par des persécutions qui allèrent jusqu’à la violence, mais ne purent forcer la conscience du courageux prélat. Pierre fut un de ceux que le sentiment de la justice et l'amour du devoir rangèrent de son côté. Sa parole, ses démarches secondèrent l’action énergique du nouveau Jean-Baptiste. IL soutint cette noble constance au concile de Poitiers, assemblé à ce sujet l'an 1100 par ordre du pape Pascal II. Les soins qu'il s’y donna, les témoignages qu’il rendit de l'effet produit sur les peuples par la conduite du roi, ne contribuèrent pas peu à faire prononcer la sentence d’excommunication qui frappa le prince. Guillaume le Jeune, comte de Poitou, que des motifs trop peu honorables portaient à une grande indulgence pour les désordres du roi, était parvenu à introduire le désordre dans l’auguste enceinte qu’envahirent ses satellites ; mais, aidé de la fermeté et de l’éloquence qu'y déployèrent le bienheureux Robert d’Arbrisseile et saint Bernard, alors abbé de Saint-Cyprien, et plus tard de Tiron, Pierre résista jusqu’au péril de sa vie à ces violences sacriléges, et l’adultère fut solennellement condamné.
Ce Robert d’Arbrisselle, dont nous parlons ici, est le célèbre fondateur de Fontevrault, dont l'établissement date des premiers jours du xr1e siècle. Le zèle de la sainte discipline que Pierre lui avait vu dans le concile l'avait rendu digne de son amitié. Il lui en donna de nombreuses preuves en favorisant de son autorité et de ses aumôûnes les développements du nouvel institut, en encourageant les prédications de l'illustre Apôtre, en bénissant les nombreuses vocations qui firent passer dans le cloître des âmes généreusement pénitentes. C'était d’ailleurs sur le territoire de Poitiers que l’illustre cénobite avait élevé son monastère. Il appartenait donc à Pierre de l’approuver. Mais, non content de cette coopération à l’œuvre de son ami, il voulut montrer combien il g'intéressait à ses succès, en faisant, en 1106, le voyage, alors si difficile, de Rome pour obtenir du pape Pascal II ja confirmation de l'Ordre qu'il aimait. Enfin, il favorisa l'extension de cet arbre déjà si vigoureux en multipliant ses rameaux, et il participa à cinq des premières fondations de l'institut, parmi lesquelles il faut surtout remarquer le prieuré de La Puy, où fleurit maintenant la maison-mère des pieuses filles de la Croix.
Ce zèle du saint Prélat ne se borna point aux couvents de son diocèse, Sa charitable munifcence en dépassait les limites, et plus d’une maison religieuse sur laquelle il n’avait aucune juridiction eut à le bénir de ses affectueuses largesses.
Mais de tels soins qu'inspire et que favorise la religion ne sont pas les seuls devoirs d’un évêque. Pierre n’oublia pas dans ces préoccupations de son cœur ce que sa conscience lui imposait : on le vit également ferme contre les scandales publics, source de tant de maux dans l'Eglise, prudent au milieu des plus difficiles conjonctures, indulgent envers les pécheurs, lorsqu'il les croyait repentants. Le comte de Poitiers, Guillaume VII, put se convaincre de l'énergie de ce caractère élevé, et il vit son Evêque persécuté par lui, cédant aux injustes fureurs de la