‹ Les petits Bollandistes (volume 3)Chapitre 339 sur 339 · LE BIENHEUREUX GILLES, ARCHEVÉQUE DE TYR · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX GILLES, ARCHEVÉQUE DE TYR

Le bienheureux Gilles naquit au commencement du xr11e siècle à Saumur, près de l'église de Nantilly. Ses parents habitaient en face de l'hôpital actuel et possédaient quelques propriétés à Villebernier, où ils fondèrent une chapelle qui s’appela de leur nom la chapelle des Gilles. — On ne connait rien de l'enfance et de la jeunesse de ce serviteur de Dieu, sauf qu'après de brillantes études, il embrassa l’état ecclésiastique et occupa à Angers une chaire de droit canonique.

Saint Louis se trouvant à Saumur en 1241, eut occasion d'apprécier les mérites du jeune professeur : il l’attacha à sa personne avec le titre de chapelain. Gilles se trouvait à la grande assemblée de 1245, dans laquelle Louis IX annonça sa résolution de partir pour la croisade avec tous les assistants : il jura de suivre le saint roi. Comme celui-ci, il sanctifia ses préparatifs de voyage par des actes de charité et d’abnégation. Il offrit à Jésus-Christ et à ses pauvres les biens qu’il possédait à Saumur, y compris la maison où il était né. Il la donna à l'hôpital de la ville en y joignant une rente considérable. Cette donation fut regardée comme si importante, que la reconnaissance du peuple lui décerna le titre de fondateur de cet Hôtel-Dieu.

Après la prise de Damiette (14 juin 1249), saint Louis le nomma archevèque de cette ville : c'était un poste aussi honorable que difficile, Mais on sait l'issue malheureuse de l’expédition de saint Louis en Egypte. En mai 1250, il fallut rendre Damiette aux Mahométans. Le nouvel archevêque se trouvait donc tout à coup sans les ressources nécessaires pour entretenir son clergé ef maintenir un rang en rapport avec sa dignité archiépiscopale. Saint Louis vint à son secours. Son garde des sceaux étant mort, le pieux monarque, en.ami fidèle, pourvut de cette charge Gilles de Saumur. Notre Bienheureux suivit le roi à Jaffa et l’accompagna constamment pendant les quatre ans qu'il séjourna en Palestine.

Cependant Nicolas de Larcat, archevêque de Tyr, étant mort en rendant les devoirs de la sépulture chrétienne à deux mille chrétiens qui travaillaient à des fortifications et dont l'ennemi avait fait une horrible boucherie, saint Louis désigna pour le siége vacant Gilles de Saumur, qui avait partagé les dangers du défunt et qu’une protection spéciale de la Providence avait seule pu conserver. Tyr était déjà bien abaissée : ce n’était plus la métropole de quatorze diocèses et le plus beau fleuron du patriarcat d’Antioche. Réunie en 4124 au patriarcat de Jérusalem, elle n'avait plus sous sa dépendance que les quatre villes de Beyrouth, de Césarée, d’Acre et de Sidon. Toutefois elle avait encore son importance à l’époque où on lui donna pour’ évêque celui à qui elle devait laisser le nom historique de Gilles de Tyr. Depuis la perte de la Ville sainte, elle avait été désignée comme Reims, en France, pour être la ville du sacre des rois de Jérusalem, et sous le rapport militaire, elle était encore un des boulevards des Latins en Orient, Mais reprise par les infidèles en 1291, elle s’affaissa de plus en plus dans la dégradation inséparable du joug mahométan.

Cependant Louis IX allait être obligé de rentrer en France (1254). Avant de partir, il voulut, avec sa famille, aller visiter l'église de Tyr et assister à la prise de possession du siége épiscopal par son Garde des sceaux, qui jusque-là était resté auprès de la personne du souverain. Après le départ du roi pour la France, Gilles, resté seul avec son clergé, s’appliqua tout entier au salut de son troupeau : un moment, il put espérer pouvoir terminer une carrière laborieuse, mais tranquille, au milieu de ses nouveaux diocésains. Mais bientôt les affaires des chrétiens allèrent si mal

en Orient, qu’il fallut envoyer en Occident chercher du secours. Notre Bienheureux fut avec plusieurs autres chargé de cette importante mission (1260).

Le pape Urbain IV le nomma légat universel de la croisade, avec mission ne faire un appel à la charité de tous et de prélever le cenfième sur les revenus ecclésiastiques. Mais cette œuvre, qui aurait pu procurer d'immenses ressources aux défenseurs des saints Lieux, fut dès le début cruellement traversée, surtout en France. La patience avec laquelle il supporta des ennuis de toute espèce, des peines, des souffrances intérieures de tout genre, fut véritablement d’un saint, Cette patience n'était égalée que par son dévouement inaltérable au Saint-Siége.

Depuis six ans, le bienheureux Gilles se livrait à ce rude labeur, portait ce lourd fardeau, lorsque le Souverain Pontife lui accorda enfin une faveur qu'il sollicitait depuis longtemps : se démettre de sa charge de légat et retourner à son église de Tyr. Mais le Bref qui le relevait de ses fonctions arriva trop tard. Epuisé de fatigue, dévoré par la fièvre, il succomba à Dinant, en Flandre, le 23 avril 1266.

Lorsqu'il eut perdu l'espoir d'aller prendre son dernier repos dans son église de Tyr, il demanda qu'on le transportât dans l’église de Nantilly, celle-là même où il avait été baptisé : sa volonté fut exécutée. Les populalions, guidées par cet instinct surnaturel qui leur fait distinguer, entre tous, les serviteurs de Dieu, commencèrent à l’invoquer dès le jour de sa mort. Des pèleripages se firent à son tombeau, et de nombreux miracles vinrent récompenser la confiance des pèlerins. Un différend, survenu entre les religieux de Nantilly et l’évêque d'Angers, empêcha l’autorité diocésaine de s'occuper de la canonisation du bienheureux Gilles : celle-ci, toutefois, permit que le jour de sa naissance au ciel, on chantât une messe solennelle en son honneur, et: qu’on récitât des évangiles sur la tête des enfants et des nombreux pèlerins, qui, ce jour-là, accouraient à Nantilly.

Au xvie siècle, Saumur, qui devint presque entièrement protestant, oublia son saint compatriote. La découverte de son tombeau, en 1614, renouvela tout à coup les souvenirs du passé. Les anciens se rappelèrent alors que, avant les malheurs des guerres civiles, leurs pères parlaient souvent du bienheureux Gilles, que de nombreux pèlerins venaient s'agenouiller à son tombeau, et qu'on l’invoquait particulièrement contre les fièvres.

Les reliques du saint archevèque de Tyr ont été dispersées à la Révolution : de tout ce qui lui à appartenu, on possède la volute de sa crosse qui a été rachetée et placée le long d'un pilier de l’église où elle se trouve encore aujourd'hui.

Un seul vestige de l’ancienne dévotion populaire envers ce Bienheureux, se conserve aujourd’hui dans l’église de Nantilly. Le 4er septembre, les fidèles vont faire réciter, en son honneur, des évangiles sur leur tête ou celles de leurs enfants.

La pieuse coutume de faire réciter des évangiles sur la tête des enfants, remonte à une haute antiquité. Origène disait aux païens du zr1e siècle, « que les chrétiens n’avaient pas besoin des vaines formules de la magie pour exercer leur empire sur les démons : il leur suffisait, pour chasser ces malins esprits des corps des possédés, de prononcer le nom de Jésus ou de réciter les évangiles ! ». Saint Augustin louait les fidèles d'Hippone, lorsque, souffrant du mal de tête, par exemple, ils plaçaient sur leur tête le livre des évangiles, au liea de courir après les magiciens %.

Cf. Dom Chamard, Saints de l’Anjoue

ä, Contra Celsum, Mb, 1, cap. 6. — 2, Zn Joan., tract. vir, n. 12.

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