RELIQUES ET CULTE DE SAINT GUILLAUME
Les religieux, lisons-nous dans les mémoires de la paroisse d’Eygliers, le lendemain des funérailles de Guillaume, virent, en sortant de leur chapelle, une main s'élever au-dessus de sa tombe : c'était la main droite, celle donnée au saint berger par l’ange. Ils se contentèrent de la recouvrir. Le jour suivant, le même prodige eut lieu; ils recouvrirent la main comme la première fois. Le troisième jour, le miracle se reproduisit. Alors, craignant de résister à la voix du ciel, mais incertaius sur le parti qu’ils avaient à prendre, ils consultèrent l'archevêque d’Embrun, qui leur ordonna de couper la main, de la conserver et de la transmettre à leurs successeurs, comme une sainte et précieuse relique.
« Cette main angélique », est-il dit dans les mémoires d’Eygliers, en un écrit antérieur à 4677, « opéra plusieurs miracles. Le Saint montra surtout son pouvoir et son amour envers les personnes atteintes de la fièvre, qui ont été soulagées au milieu de leurs accès et entièrement guéries par son intercession. Les femmes en travail d'enfant, en danger de perdre la vie, ont heureusement accouché; divers membres gangrenés ont été rétablis en leur état parfait. Un embrasement de la maison curiale d'Eygliers, arrivé en l’année 1653, et qui menaçait le village d’un incendie total, fut éteint, ausgitôt qu’on eut approché la sainte relique ».
Les guerres de Louis XII et de François Ier, dont les troupes traversaient les Alpes pour se rendre en Italie, les dévastations des Huguenots et les événements de la fin du xvrrie siècle nécessitèrent plusieurs translations de la sainte relique.
Depuis la suppression absolue du prieuré de Notre-Dame de Calme, la relique de saint Guillaume est devenue la propriélé de l'église paroissiale d'Eygliers ; mais on a continué de porter annuellement, le lundi de Päqueset le dimanche de Quasimodo de chaque année, la main angélique dans la chapelle de Sainte-Marie, qui avait été construite aaprès de l’ancien monastère, et qui est appelée aujourd’hui la chapelle de Saint-Guillaume. Voici les noms des paroisses qui s’y rendent en procession ces jours-là, selon un usage immémorial : Guillestre, chef-lieu de canton, Saint-Crépin, dont la paroisse d’Eygliers faisait primitivement partie, Risoul, Mont-Dauphin, Saint-Clément et Réotier.
La sainteté du célèbre Religieux avait jeté tant d'éclat pendant sa vie, que, aussitôt après sa mort, les habitants d'Embrun avaient construit, en son honneur, une chapelle sur le Mont-Guillaume, lieu où le Bienheureux, n'étant que simple berger, allait paitre son troupeau. C’est mal à propos, dit le père Fournier, que quelques-uns ont prétendu que cet oratoire était consacré à la mémoire de saint Guillaume de Poitiers, duc d'Aquitaine, qui avait embrassé la vie érémitique. Une statue fort ancienne qu'on voit dans la chapelle dont nous parlons et qui représente notre
1. Fournier, Aist. des Alpes, part. 59, siècle x1°, sect, 7. VIEs DES SAINTS. — TOME IVe 6
saint Guillaume avec son seul bras gauche, comme il est peint dans deux tableaux de l’église d'Eygliers, ne laisse point de doute à cet égard. En outre, la tradition populaire de la ville d’Embrun est, qu'un pauvre berger du pays, qui allait garder son troupeau sur cette montagne, est honoré dans cet oratoire, où se rendent en procession, le second dimanche de juillet, les paroisses d'Embrun et du Grand-Puy.
Mgr Jean-lrénée Depéry, évèque de Gap, dans sa visite pastorale de la paroisse d'Eygliers, le 30 juin 4847, demanda que la relique ou main miraculeuse de saint Guillaume lui fût présentée. Et il la trouva en l’état décrit par le père Marcellin Fournier. Nous lisons ce qui suit dans le procès-verbal de sa visite pastorale : « La main existe en son entier avec l’ongle du petit doigt en sa place naturelle ; les autres ongles manquent ; ils ont été enlevés », a-t-il été dit, « par des personnes pieuses et aussi par quelques archevêques d’Embrun. La peau, portant la marque de la plus grande vétusté, est adhérente aux os et d’une couleur noirâtre : c’est là l’effet du temps ou de l'humidité qu’on remarque dans la sacristie de la même église ».
Dans son ordonnance du 2 février 1852, le mème prélat dit : « Parfaitement renseigné sur l'authenticité de la relique, et voulant respecter une tradition aussi antique, après avoir lu tous les documents qui nous ont été diligemment fournis par M. Barthélemy, curé de la paroisse d’Eygliers, après avoir pris l’avis de notre conseil et celui de plusieurs canonistes, permettons que la main de saint Guillaume, qui existe dans l’église d'Eygliers, soit rendue désormais à la vénération des fidèles de la paroisse d’Eygliers et de ceux des paroisses voisines.
«Nous mettons pour condition que cette relique ne sera exposée dans la chapelle dite de Saint-Guillaume, sous le rocher de Mont-Dauphin, qu’autant que cette chapelle sera réparée, qu’on en aura fait reconstruire la voûte, et qu'on y aura posé des fenêtres. Cette voûte en tuf avait été enlevée, en 1693, par les munitionnaires de Mont-Dauphin qui, au lieu d’aller à Gros chercher des tufs avec les entrepreneurs des fortifications, employèrent les matériaux de la voûte à construire des fours, mais dans lesquels ils ne parvinrent jamais, porte la tradition, à faire cuire un seul pain : ce qui fut regardé dans tout le pays comme une juste punition de cette impiété ».
Cette voûte, conformément à l'ordonnance du 2 février 1882, vient d’être reconstruite, et le dallage a été refait à neuf.
Enfin, sur la demande de Mgr Jean-lrénée Depéry, évêque de Gap, Sa Sainteté le pape Pie IX, par un bref du 10 mai 1852, accorde à perpétuité une indulgence plénière aux fidèles des deux sexes qui, contrits, s'étant confessés et ayant communié, visiteront la chapelle de Saint-Guillaume, dépendante de la paroisse d’Eygliers, le lundi de Pâques ou l’un des huit jours suivants. Cette indulgence est applicable aux âmes du purgatoire.
Extrait de l'Æistoire hagiologique du diocèse de Gap, par Mgr 3.-I. Depéry, in-80, Gap, 1852.