‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 10 sur 229 · LE BIENHEUREUX GELDUIN, ABBÉ · texte numérisé non relu

LE BIENHEUREUX GELDUIN, ABBÉ

une grande Édifieation. Ds y construisirent un monastère qu'ils dotèrent de leurs propres revenus, avec l’assentiment de Gérard, évêque de Cambrai et d'Arras. Celui-ci en consacra l’église en 1086, en A de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de la sainte Vierge. Il la combla en outre de bienfaits

considérables, ce qui fut imité par Hugues, doyen de Cambrai. L’abbaye appartenait au diocèse et au comté d’Arras. L’abbé d’Anchin siégeait et avait droit de suffrage dans les Etats de la province.

Après l'abbé Haymeric, qui mourut en 4402, les religieux d’Anchin choisirent, pour les diriger, Gelduin, frère d’Arnould, prévôt du château d’Hesdin (Pas-de-Calais). On ne connaît rien touchant ses premières années. D'abord simple moine au monastère de Saint-Vincent du Mont!, à Laon, il fut ensuite nommé abbé de Saint-Michel en Thiérache ?. Mais sa grande humilité et l'attrait vif et persévérant qu’il éprouvait pour une vie de prière et de recueillement, le portèrent à refuser cette dignité. C’est même alors qu'il demanda et obtint la permission de se retirer à l’abbaye d’Anchin, où il devint pour tous les religieux un exemple accompli de régularité et de vertu.

Sa vie sainte et son esprit de sagesse avaient fait sur tous ses frères une si heureuse impression, qu’à la mort d'Haymeric, ils l’élurent unanimement pour lui succéder. Le vénérable religieux s’y refusa longtemps, en représentant son incapacité et le désir extrême qu’il avait de continuer cette vie d’oraison et de silence qui faisait tout son bonheur. Obligé de céder et de prendre en main le gouvernement du monastère, il s’en acquitta avec une si grande sagesse, que toutes les espérances que l’on avait conçues de lui furent pleinement réalisées. Il obtint, soit des évêques du pays, rassemblés à Reims, soit du pape Pascal II, la confirmation des donations pieuses faites à son monastère, ainsi que la liberté pleine et entière pour les religieux d’Anchin d’élire, à la mort de l'abbé, un de leurs frères ou quelque religieux pris dans un autre monastère à leur choix, pour le remplacer.

Il paraît que le bienheureux Gelduin était en rapports assez intimes avec saint Anselme, archevêque de Cantorbéry, en Angleterre. On trouve, parmi les lettres de cet illustre prélat, une réponse à des questions qui lui avaient été proposées par l’abbé d’Anchin sur certaines matières d’administration spirituelle ou temporelle de sa communauté.

Au milieu des sollicitudes multipliées et des occupations continuelles auxquelles le soumettait sa charge d’abbé, le bienheureux Gelduin trouvait encore du temps pour suivre l'attrait pieux qui le portait à la méditation et au recueillement. Bientôt même il crut devoir résigner sa dignité, pour reprendre la vie simple et austère qu’il avait menée auparavant à Laon. Malgré toutes les instances que l’on put faire, il se retira au monastère de Saint-Bertin * et commença à y pratiquer l’observance religieuse avec la

1. Ou Saint-Vincent de Laon /Sanctus Vincentius Laudunensis, ou Sanctus Christophorus Laudunensis). C'était un monastère de l'Ordre de Saint-Benoît, fondé l'an 580, dans la ville de Laon, sous l'invocation de saint Vincent, martyr. On attribue sa fondation à la reine Brunehaut, veuve de Sigebert Ier, roi d'Austrasie. Dévasté par les Normands au 1x° siècle, il eut dans la suite beaucoup à souffrir, soit des abbés commendataires, soit des Calvinistes. Enfin, en 1643, il répara ses ruines et refleurit de nouveau par son union à la Congrégation de Saint-Maur.

2. Saint-Michel en Thiérache /Sanctus Michael in Thieraschia, Aisne), était une abbaye de l'Ordre de Saint-Benoît, dans l’ancien diocèse de Laon, diocèse actuel de Soissons, fondée vers l'an 949 par le bienheureux Malcalen l'Irlandais. Ce monastère s'unit, l'an 1661, à la Congrégation réformée de Saint-Vannes. L'ancienne Thiérache forme aujourd'hui la partie nord du département de l'Aisne.

8. Saint-Bertin {Sanctus Bertinus ou Sithiu, Pas-de-Calais) est une ancienne et illustre abbaye dont on voit encore les magnifiques ruines près de la ville de Saint-Omer. Elle fut fondée vers le milieu du vu siècle, sous l'invocation de saint Pierre. La Révolution abattit cette sainte maison

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plus scrupuleuse fidélité. Les frères d’Anchin, qui déploraient toujours son départ, firent de nouvelles sollicitations pour le rappeler dans la communauté qu’il avait dirigée avec tant de sagesse; mais rien ne put jamais ébranler la résolution de l’humble Gelduin. Soit pour éviter de pareilles instances, soit pour d’autres raisons restées inconnues, il se détermina, peu de temps après, à passer en Angleterre. Là, par le conseil et l'appui de son illustre ami saint Anselme, il se retira au prieuré de Saint-Magulphe ou Machut, situé dans le pays de Galles, et qui dépandait de l’abbaye d’Anchin, C’est en ce lieu, où son âme pieuse se livrait avec délices à la contemplation et à la méditation des choses du ciel, que le bienheureux Gelduin attendit paisiblement l’heure de son passage à l'éternité. Sa mort arriva l’an 11923.

Les religieux d’Anchin ayant entendu rapporter par des hommes dignes de foi qu’un prodige s’était opéré auprès de son tombeau, obtinrent qu’une partie de ses ossements fût transportée dans leur communauté. On les déposa dans la chapelle de Saint-Michel, avec les ossements de quelques autres saints abhés.

Nous avons emprunté le fonds de cette notice à la Vies des Saints des diocèses de Cambrai et d'Arras, par M. l'abbé Destombes.

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