‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 80 sur 229 · SAINTE RUFINE ET SAINTE SECONDE, VIERGES ET MARTYRES · texte numérisé non relu

SAINTE RUFINE ET SAINTE SECONDE, VIERGES ET MARTYRES

qui se résume dans l'éternité, et qui ne promet rien d’incertain à ceux qui Vaiment. C’est cette vie qu'a enseignée le Christ, le maître de la vérité. Lorsque les cœurs endureis des Juifs n’opposaient que le doute ou l’incrédulité à ses enseignements, il faisait sortir, devant eux, les morts de leurs tombeaux, ordonnant à ceux-ci de rendre témoignage de la vérité de sa doctrine, afin que ceux qui ne voulaient pas croire à ses paroles, ajoutassent foi à ses miracles ».

Le préfet Junius Donatus lui dit alors : « Laisse là tous ces vains discours et épouse ton fiancé ». Le comte Archélaüs repartit : « Cette fille est coupable de sacrilége, elle ne saurait contracter l'union matrimoniale ». Rufine répondit : « Comme tu dis, je ne puis prendre le parti du mariage ; car, si je désirais devenir l’épouse d’un homme, ce ne serait donc pas sincèrement que j'ai voué ma virginité au Christ, Fils de Dieu. C'est pourquoi, écoute, comte Archélaüs : cherche quelque autre à qui tes menaces puissent inspirer de l’effroi : pour moi, elles ne pourront ni m’enlever la palme de la virginité, ni me séparer de l’amour du Christ, Fils de Dieu ».

Le Préfet fit amener Seconde, et ordonna d'’infliger, en sa présence, une rude flagellation à sa sœur Rufine; car il espérait, ce sacrilége, que Seconde, cédant à la crainte, se rendrait à ses persuasions. Mais elle, voyant sa sœur qu'on battait de verges, se mit à crier au juge : « Qu'est-ce que tu fais, Ô homme pervers et contempteur du royaume des cieux ? pourquoi est-ce que tu glorifies ma sœur et que tu me déshonores, moi ? » Le Préfet lui dit : « À ce que je vois, tu es encore plus insensée que ta sœur ». Seconde : « Ma sœur n’est point une insensée, et moi je ne déraisonne pas non plus; mais nous sommes toutes deux chrétiennes. Et puisque nous confessons ensemble le Seigneur Christ, il est juste que nous soyons flagellées ensemble. La gloire du nom chrétien augmente avec les coups de verges, et elle compte autant de couronnes éternelles qu’elle recevra de plaies icibas ». Le Préfet : « Exhorte donc plutôt ta sœur à se rendre, afin que vous soyez délivrées de cette infamie, et que vous puissiez être remises à vos fiancés dans toute la gloire de votre noblesse ». Seconde : « Tu te tourmentes pour de vaines terreurs, et tu t’inquiètes pour de frivoles promesses. Quant à nous, nous sommes si intimement éprises par les charmes de la virginité, que nous préférons de beaucoup subir la mort plutôt que de la perdre ». Le Préfet : « Et si on vous enlève cette virginité malgré vous, que ferez-vous alors avec le Christ ? » Seconde : « La virginité agréable au Christ Fils de Dieu, consiste dans un cœur pur. Une vierge ne saurait perdre son intégrité tant qu’elle ne consent pas à abandonner la pureté : car la violence produit la souffrance, et la souffrance prépare la palme de la victoire. Tu as pris tes armes pour obtenir notre consentement, pour nous contraindre à vouloir ce que nous ne voulons pas, et à prendre plaisir à des choses que nous repoussons. Emploie donc sur nous le feu, les fouets, le glaive : autant de supplices que tu nous infligeras, autant je compterai de sujets de gloire dans notre martyre ; et toutes les violences dont tu useras envers nous, seront pour nous autant de couronnes. Car c’est pour nous une grande gloire que les peines de tout genre que nous endurons pour l’amour du Christ ; et l’on ne peut dire qu’elle a été souillée, celle qui, forte de l’intégrité de son âme, a perdu par violence celle de son corps : c’est sur le consentement que l’on est jugé devant Dieu, qui aime fa volonté quand elle est pure ».

Le Préfet ordonna de les enfermer dans un lieu ténébreux et d’y faire pénétrer une fumée infecte. Mais après qu’on eut exécuté ses ordres, cette

fumée se transforma en un parfum qui flattait délicieusement l’odorat. L’obscurité de la prison avait fait place à un jour lumineux. L'ordre vint ensuite de les tirer de là, et de les enfermer dans les bains de leur maison. On les jeta aussitôt dans une baignoire remplie d’eau bouillante. Deux heures après, des hommes rentrèrent pour enlever leurs corps; mais ils trouvèrent la baignoire froide et toute l’eau évaporée. Le Préfet l’ayant appris, en fut stupéfait. Alors il commanda qu’on les menât, sur une barque, au milieu du Tibre, et qu’on les précipitât dans l’eau avec une grosse pierre qui serait attachée au cou des deux sœurs. Elles demeurèrent ainsi submergées pendant environ une demi-heure ; puis ces deux vierges, qu’on avait jetées sans vêtements au milieu du fleuve, se montrèrent sur la rive, revêtues d’habits entièrement secs, exaltant le triomphe du Seigneur, et chantant la gloire du Christ. Quand on eut porté cette nouvelle au Préfet, il dit au comte Archélaüs : « Les filles que tu m’as amenées triomphent de nous par les effets de l’art magique, ou bien la sainteté règne vraiment en elles. Je te les rends comme tu me les as livrées; je te laisse maître ou de leur faire subir leur sentence, ou de les relâcher ». Archélaüs les fit conduire dans une forêt, sur la voie Cornélia, à dix milles de Rome, sur un terrain qu’on appelle Buxo, et il ordonna que l’une et l’autre y fussent décapitées, et qu’on y laissât leurs corps sans sépulture, exposés à la dent des loups.

Mais la grâce du Seigneur, qui n’avait point manqué à celles qui croyaient au Christ, ne les abandonna pas non plus après leur mort. Une matrone, nommée Plautilla, sur les terres de laquelle leur martyre avait été consommé, les aperçut dans une vision, parées de riches pierreries et étendues sur un lit de repos; elles lui dirent : « Plautilla, mets fin à ton idolâtrie et renonce à ton incrédulité ; crois au Christ; puis viens dans ton verger, et tu trouveras nos corps : tu les inhumeras au même lieu où tu les auras découverts. Plautilla, se levant aussitôt, se rendit à l’endroit indiqué ; y ayant trouvé les corps des saintes vierges sans mauvaise odeur et sans aucune lésion, elle se prosterna, elle crut et fit ériger un tombeau aux vierges du Christ.

On donne pour attribut à ces Saintes la pierre avec laquelle on les précipita dans le Tibre.

CULTE ET RELIQUES

On bâtit sur leur tombeau une chapelle, à laquelle le pape Damase substitua une grande église. T1 se forma en ce lieu une ville qui fut appelée Si/va-Candida, et qui devint un siège épiscopal ; mais l’église ayant été détruite par les barbares dans le xtre siècle, l'évêché fut uni à celui de Porto. En 1120, on transporta les reliques des saintes Martyres dans la basilique de Latran, près du baptistère de Constantin.

On conservait le corps entier d’une sainte Rufine, vierge et martyre, dans l’église abbaliale de Schwartzach, de l'ordre de Saint-Benoit, au diocèse de Strasbourg. On ignore si c’est la Sainte dont nous parlons. On y faisait la fète de la translation de ses reliques le 27 août.

Le corps de sainte Rufne est maintenant sous l'autel de l'église qui lui est dédiée et qui porte son nom dans le quartier de Transtevère. Les Dames françaises du Sacré-Cœur occupent la maison qui est jointe à cette église.

Nous avons substitué les actes véritables de nos saintes Martyres, un peu abrésés, au récit du P. Giry

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