‹ Les petits Bollandistes (volume 4)Chapitre 84 sur 229 · SAINT UDALRIG OU ULRIG, MOINE DE CLUNY · texte numérisé non relu

SAINT UDALRIG OU ULRIG, MOINE DE CLUNY

lent guide, Udalric fit de grands progrès dans la perfection. Ses oraisons devinrent plus fréquentes et plus longues, ses jeûnes et ses mortifications plus austères, ses travaux plus continus et plus durs. Il gardait le plus profond silence, marchait toujours les yeux baissés, obéissant comme un enfant. Les fruits d’une vie si sainte furent la paix de l’âme, la douceur, l’affabilité et une profonde humilité. En un mot, sa vie fut le modèle de toutes les vertus.

Saint Hugues, appréciant un si rare mérite, éleva Udalric au sacerdoce, le fit son chapelain et son conseiller, et l’établit même confesseur du monastère. Un tel choix ne pouvait manquer d’être approuvé. On accourait de toutes parts auprès du saint religieux, et l’on se croyait heureux, si l’on se reposait sur lui de l’affaire du salut. Il répondait à cette confiance générale par une sincère affection, gagnant tous les cœurs par sa bonté, son affabilité et son zèle pour le bonheur de ses frères.

Quelques années après, il fut nommé prieur de Marcigny-les-Nonnains (Marciniacum, Côte-d'Or). Menant dans ce monastère une vie très-dure, employant à écrire une grande partie du jour et même de la nuit, il y contracta de violents maux de tête. Un jour qu’il souffrait le plus, il se lava le front avec de l’absinthe dont il lui entra quelques gouttes dans l'œil. Cet accident, qui faillit le priver de la vue, obligea saint Hugues à le rappeler à Cluny.

Lorsqu'il y fut rétabli, on l’envoya en Allemagne pour y fonder un monastère. Mont-Roger, au diocèse de Mayence, lui parut propre à ce dessein; ne pouvant se mettre à l’œuvre aussitôt à cause de l'hiver, il alla s’ensevelir avec ses frères dans une solitude pour y vaquer tranquillement aux exercices de la pénitence. Cette solitude ne put cependant le soustraire à l’empressement des peuples. On venait de toutes parts auprès de lui pour en recevoir la guérison des maladies de l’âme et du corps. Revenu à Cluny après la fondation de Mont-Roger (Mons sancti Remiguü), il fut envoyé en qualité de prieur à Payerne, dans le diocèse de Lausanne. Là, son zèle lui ayant attiré quelques persécutions, saint Hugues le chargea de fonder et de diriger un monastère près du Vieux-Brisach, dans le grand-duché de Bade.

Le saint homme s’aperçut bientôt que cet endroit n’était pas assez solitaire pour un couvent, dont la tranquillité et le silence auraient été trop souvent troublés par les habitations dispersées alentour. Il chercha donc à établir ses fils spirituels dans un lieu plus éloigné du tumulte du monde. Après avoir examiné divers endroits, il fixa son choix sur une solitude, entourée de bois et de montagnes, qui avait toujours porté le nom de Cell. 1 se rendit auprès de Burchard d'Hasembourg, évêque de Bâle, conclut avec lui un échange, et en reçut la propriété de Cell à perpétuité. Bientôt on vit s'élever l’église, qui fut dédiée aux apôtres saint Pierre et saint Paul. Toutes les vertus chrétiennes illustrèrent cette sainte retraite et y attirèrent un grand nombre d’âmes avides de leur salut. Sévère dans l’admission des religieux, lorsqu'il s’en présentait de riches, Udalric leur représentait avec le plus grand détail les rigueurs de la discipline monastique et la pauvreté de la maison; et ce n’était qu'après avoir plusieurs fois éprouvé leur constance et la pureté de leurs intentions qu’il leur accordait l'entrée de sa communauté.

Il établit aussi à Boleswiller un monastère de religieuses. Ce fut dans cette maison que, par l’invocation de la très-sainte Trinité, il guérit une fille d’un chancre qu’elle avait au visage. Déjà, à Griningen, il avait délivré une femme possédée du démon; et, plus tard, par la seule invocation du

saint nom de Jésus, il éteignit un incendie. Un tel empiresur la nature est la preuve d’une haute sainteté. En effet, ses paroles et ses actions décelaient une pureté de cœur angélique, etun désir ardent de faire du bien aux autres, une modestie qui ne se démentait jamais, une douceur et une droiture ‘extraordinaires. On ne pouvait se lasser d'admirer la patience et l'égalité d'âme qu’il montrait dans les adversités, sa modération et son humilité dans le succès. Quant à l’observation de la discipline monastique et de la règle, ses inférieurs avaient en lui l'exemple le plus parfait, un exemple sans cesse parlant. Il avait pour principe, à l'égard de la mortification, de ne manger que quand la nature l’y forçait. Il était ami du silence, et possédait au plus haut degré le don de la contemplation. Souvent on l’y voyait entièrement plongé, comme s’il se fût trouvé devant le trône du juge éternel, le visage inondé de larmes. Un religieux lui ayant demandé à ce sujet pourquoi il était nuit et jour en tristesse et en pleurs, il lui répondit avec un sentiment profond d’humilité : « Je pleure pour me laver, par les larmes de la pénitence, des souillures du péché ; ee qui m'’arrache «es larmes, ce sont les misères de cette vie et l’éloignement de notre céleste patrie ; je pleure, parce que nous autres religieux nous valons plus par notre nombre que par nos mérites ». Il nese distinguait pas moins par son affabilité envers les étrangers et par sa charité pour les pauvres dont tous les besoins étaient l’objet de sa paternelle sollicitude. On l’a vu même ôter ses propres vêtements pour les donner aux indigents.

À tant de vertus, Udalric joignait encore le don des miracles, une haute sagesse et une érudition qui répandirent partout sa réputation. Il composa, à la demande de l'abbé Guillaume de Hirschau, deux livres sur les usages de Cluny, qui furent introduits dans beaucoup de monastères d'Allemagne.

Le Saint, avant sa mort, eut encore une rude épreuve à supporter, afin que la mesure de ses mérites fût remplie ; pendant les dernières années de sa vie, il fut entièrement privé de la vue, probablement par suite de l’accident qui lui était arrivé à Marcigny. Après cette perte si douloureuse, il se consacra avec une nouvelle ardeur à la prière et à la contemplation des vérités éternelles. Il mourut probablement le 10 juillet vers l’an 14093; car c’est en ce jour que les moines de Cluny ont de tout temps célébré sa fête. Il fut enterré dans le cloître, et plus tard, à la demande de saint Hugues de Cluny, levé de terre par le pieux évêque Guebhard de Constance, et transféré dans l’église du prieuré.

Le seul ouvrage qui nous reste de saint Ulric est le Æecueil des anciens usages ou coutumes de Cluny, écrit pour les monastères d'Allemagne.

Tiré du Légendaire d'Autun, pax Vabbé Pequegnot, — Cf. Mabillon et les Acta Sanctorum.

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