‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 182 sur 220 · SAINT CLOUD OU CLODOALD, FILS DE FRANCE · texte numérisé non relu

SAINT CLOUD OU CLODOALD, FILS DE FRANCE

PRÊTRE ET RELIGIEUX 560. — Pape : Pélage Ier. — Roi de France : Clotaire Ier,

Le cœur de l'homme, faussé et perverti, place le bonheur des mortels dans la splendeur des palais, sang s'inquiéter de la souillure et de la ruine des âmes.

Saint Augustin.

Saint Clodoald, vulgairement appelé saint Cloud, est le premier prince français que l'Eglise ait honoré d’un culte public. Il naquit en 522. Son père Clodomir, roi d'Orléans, l’aîné des fils de sainte Clotilde, ayant défait en bataille rangée saint Sigismond, roi de Bourgogne, et l’ayant fait son prisonnier de guerre, avec sa femme et ses enfants, les fit tous cruellement mourir, sans que ni le respect de la dignité royale dontSigismondétait revêtu, ni la considération de la parenté (car il était son cousin issu de germain), ni les remontrances de saint Avit, abbé de Micy, qui fit son possible pour le détourner de ce meurtre, pussent rien gagner sur la férocité de son esprit. Cette inhumanité fut bientôt sévèrement punie, non-seulement en sa personne, mais aussi en celles de ses propres enfants. Ayant remporté une seconde victoire près de Vienne, en Dauphiné, sur Gondemar, frère de saint Sigismond, comme il poursuivait les fuyards avec ardeur, il s’éloigna trop de ses gens et tomba entre les mains d’une troupe d’ennemis qui le tuèrent, lui coupèrent la tête et la mirent au bout d’une lance pour la faire voir aux Francs.

Après sa mort, ses enfants : Thibault, Gonthaire et Clodoald, vulgairement Cloud, se trouvèrent sous la conduite de sainte Clotilde, leur grand’mère, qui les éleva chrétiennement et avec le plus grand soin, en attendant qu’ils partageassent les Etats de leur père, gouvernés pendant ce temps par

des lieutenants. Mais Childebert, roi de Paris, leur oncle, qui convoitait le royaume d'Orléans, leur héritage, invita Clotaire, roi de Soissons, à partager son infâme dessein. Il s’agissait de faire mourir leurs neveux ou de les reléguer dans un cloître. Clotaire opina pour la mort. Ces oncles barbares égorgèrent de leurs propres mains les deux aînés, Thibault et Gonthaire. Cloud, par une protection spéciale de la Providence, échappa au massacre. Bientôt après, il se coupa lui-même les cheveux, cérémonie par laquelle il déclarait qu’il renonçait à la royauté. Depuis, il trouva diverses occasions de recouvrer les Etats de son père; mais il ne voulut point en profiter. La grâce lui avait ouvert les yeux sur la vanité des grandeurs terrestres. Il préféra une vie humble et tranquille dans les rigueurs de la solitude, à une vie éclatante, mais périlleuse dans un palais royal et au milieu d’une foule de courtisans ; il se consacra entièrement au service de Dieu. Son étude ne fut plus que la lecture des livres sacrés ; son plaisir, de coucher sur le cilice, et sa joie de mortifier son corps par des austérités continuelles.

Après avoir distribué aux églises et aux pauvres les biens que ses oncles n'avaient pu lui ravir, il se retira auprès d’un saint religieux, nommé Séverin, qui menait une vie solitaire et contemplative dans un ermitage aux portes de Paris. Le jeune prince reçut de ses mains l’habit religieux, et demeura quelque temps en sa compagnie, pour s’y former à toutes Îles vertus monastiques. Childebert et Clotaire ne purent pas ignorer que c'était lui; mais, comme ils le virent sans prétention, ils le laissèrent en liberté et lui donnèrent même quelques héritages pour vivre plus commodément dans le lieu de sa retraite. Cependant, ne se croyant pas assez solitaire, ou pour quelques raisons que son histoire ne marque pas, il quitta les environs de Paris et se retira secrètement en Provence, hors de la vue et de l’entretien de toutes les personnes de sa connaissance. Pendant qu’il se construisait, de ses propres mains, une pelite cellule, un pauvre se présenta devant lui et lui demanda l’aumône. Il était lui-même si pauvre, qu’il n'avait ni or, ni argent, ni provisions qu’il pût lui donner ; mais il se dépouilla généreusement de sa propre cuculle et lui en fit présent. Cet acte de charité fut si agréable à Dieu, que, pour en découvrir le mérite, il rendit la nuit suivante ceite cuculle toute lumineuse entre les mains du pauvre qui l’avait reçue. Les habitants des environs furent témoins de ce miracle, etreconnurent par là que saint Cloud était un excellent serviteur du Christ. Ils Le vinrent donc trouver pour honorer sa sainteté et pour recevoir ses instructions ; mais leurs trop grandes déférences leur firent perdre un si précieux trésor : car saint Cloud, voyant qu’il n’était pas plus caché en Provence qu’à Paris, s’en retourna dans son premier ermilage. Peut-être que l’appréhension d’être élevé à la prélature l'avait fait fuir, et que le sujet de sa crainte était passé par l’élection d’un autre à cette dignité.

A peine fut-il revenu qu'Eusèbe, alors évêque de Paris, l’ordonna prêtre à la sollicitation du peuple, qui ne put souffrir un si saint homme dans un Ordre inférieur. Les exemples des vertus qu’il fit paraître dans cette dignité, Le firent encore plus respecter qu'auparavant. On admirait en lui le pouvoir de la grâce, qui, d’un prince, ou pour mieux dire d’un roi légitime, avait fait un humble serviteur de la maison de Dieu. On louait hautement son humilité, sa modestie, son détachement des choses du monde, son amour pour la pénitence et sa charité incomparable. Ce grand homme ne put souffrir longtemps ces honneurs, et, pour les éviter, il se retira sur une montagne, le long de la Seine, à deux lieues au-dessous de

SAINTE MADELBERTE OU AMALBERTE, ABBESSE. 553

Paris, en un lieu que l’on appelait Nogent, mais qui, depuis, a changé de nom pour prendre celui de Saint-Cloud. Après y avoir vécu quelque temps solitaire, il y fit bâtir un monastère qu’il dota des biens que les rois, ses oncles, lui donnèrent. Ille fit dépendant, avec son église et tous ses revenus, de l’église cathédrale de Paris, dont il était le prêtre, comme ils en dépendaient encore en 1685. Il y gagna plusieurs personnes à Jésus-Christ, qui furent ravies d’y vivre religieusement sous sa conduite. Enfin, il y mourut saintement le 7 septembre, vers l’an 560. Sa mort, qu’il avait prédite avant qu’elle arrivât, fut suivie de plusieurs miracles. On enterra son corps dans le même monastère, qui, depuis, a été changé en collégiale. Cette église est aujourd’hui paroissiale, et l’on y garde encore quelques-unes des reliques du Saint.

Les quatre Martyrologes ordinaires font une honorable mention de ce bienheureux prince. Les Parisiens célèbrent sa fête avec beaucoup de piété ; et, durant toute son octave, il y a un grand concours de peuple qui visite son église.

On peut voir dans toute son histoire, que ce que le monde appelle infortune est souvent le chemin du vrai bonheur, et que Dieu sait admirablement tirer le bien du mal, l'élévation de la plus grande humiliation. Ainsi, la véritable prudence est de s’abandonner entièrement à la conduite de sa divine Providence, et d’aimer les états, même les plus bas et les plus humiliés, où il lui plaît de nous mettre.

On le représente çà et 1à comme solitaire, agenouillé devant une croix, et la couronne à terre près de lui.

Saint Grégoire de Tours, ÆHist, Franc.; Mabillon.

SAINTE MADELBERTE OU AMALBERTE ,

ABBESSE DU MONASTÈRE DE MAUBEUGE, AU DIOCÈSE DE CAMBRAI 105. — Pape : Jean VI. — Roi de France : Childebert I.

C'est faire une prière très-agréable à Dieu que de reconnaître qu'on doit à sa miséricorde le bien qu'on a pu faire. Saint Grégoire le Grand.

Madelberte était la plus jeune des filles de saint Mauger, surnommé Vincent, et de sainte Vaudru. Elle se retira avec sa tante, sainte Aldegonde, à Maubeuge, quand celle-ci y alla fonder un monastère. C’est là que, toute petite encore, elle acheva de se former sous la direction d’une maîtresse si sage, et déjà si expérimentée dans les voies du salut. Les vertus naissantes, que la jeune enfant avait pratiquées jusque-là dans sa famille, prirent alors un nouveau développement : aussi inspirait-elle à toutes ses compagnes une sorte de respect et de religieuse vénération. « Elle préparait et ornait sa lampe », dit l’auteur de sa vie, « afin que, quand l’époux des âmes viendrait frapper à la porte, il ne fût point obligé d'attendre , et qu’elle entrât

1, Afias : Maubertgs

avec lui dans la gloire du ciel ». « Car », disait aussi la vierge Aldegonde à sa nièce, « quand Dieu découvre des âmes remplies de son amour et embrasées du désir de lui plaire, il les attire doucement à lui par les attraits de sa grâce, afin qu’elles croissent toujours de plus en plus dans la ferveur, qu’elles tendent avec une continuelle ardeur vers les biens célestes, et que, méprisant les vaines délices. du siècle, elles marchent d’un pas ferme et inébranlable dans la voie qui conduit au ciel ».

La jeune et pieuse Madelberte se montrait docile à ces sages instructions, et elles lui inspiraient toujours une ardeur plus vive pour le bien. A peine entrée dans le monastère de Maubeuge, elle se distinguait déjà par sa parfaite régularité, sa douceur, sa bonté et son esprit d’obéissance. Ce fut surtout par une vigilance continuelle sur elle-même qu’elle surmonta les saillies ordinaires de l’enfance et de la jeunesse, et qu’elle montra toujours dans sa conduite une aimable et modeste gravité.

Sa charité pour les pauvres et les malheureux se révélait aussi très-souvent par les actes les plus touchants. Elle ne-savait rien leur refuser, et elle se faisait un bonheur de pouvoir procurer quelque adoucissement à leurs peines ou à leurs privations. Ce sentiment s’était déjà beaucoup développé dans son cœur au sein de sa famille, en présence de ses parents qui lui donnaient, les premiers, l'exemple de la compassion pour les indigents et les affligés, mais il semblait augmenter encore à mesure que l’âge donnait à Madelberte une plus exacte intelligence des besoins du pauvre.

Ces œuvres si saintes et si méritoires de la vénérable vierge avaient déjà répandu un vif éclat ; mais elles brillèrent surtout aux yeux de tous, quand, à la mort de sa sœur sainte Aldétrude, ou Adeltrude, elle fut chargée de la direction du monastère. Elle devint véritablement alors le modèle comme la supérieure de ses compagnes, qui pouvaient reconnaître dans toute sa conduite les exemples des vertus qui conduisent à la perfection de leur saint état. Sans cesse recueillie en la présence de Dieu, Madelherte se laissa diriger en toutes choses par ses inspirations et ses volontés. Sa prièroétait pour ainsi dire continuelle, et ses mortifications aussi grandes que multipliées. Une douce gaîté brillait dans les traits de son visage sur lequel respiraient l'innocence, la douceur et la bonté. Lorsque l'esprit de ténèbres cherchait à la troubler par ses attaques, elle recourait avec confiance à- Jésus-Christ, et répandant des larmes en sa présence, elle s’écriait avec le Prophète : « O mon Dieu, dirigez mes pas dans la voie de vos commandements, afin que je ne sois pas ébranlée. Je vous offrirai de tout mon cœur ün sacrifice de louanges, et je bénirai sans cesse votre saint nom ». Lorsqu'elle s’occupait de bonnes œuvres, Dieu permettait quelquefois aussi que le démon cherchât à l’inquiéter par de vaines terreurs, mais toujours elle savait repousser ses attaques et découvrir les embüches qu'il lui tendait. Ces luttes et ces victoires augmentèrent encore les mérites de la sainte abbesse, la rendirent plus expérimentée dans la direction des âmes, et lui donnèrent la connaissance parfaite des moyens d’avancer dans la vie spirituelle. Sainte Madelberte gouverna sa communauté l’espace de neuf ans, et mourut vers l'an 705 dans les plus admirables sentiments de piété.

On représente sainte Madelberte, en groupe, avec saint Vincent de Soignies, son père ; sainte Vaudru, sa mère; sainte Adeltrude, sa sœur , et ses deux frères : saint Landry, évèque de Meaux, et saint Deutlin,

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