PRÈS DE ZWOLL, EN HOLLANDE
Thomas Haermmerlein où Haermmerchen, en latin Malleolus, naquit vers l’an 1380, à Kempis, petite ville du diocèse de Cologne, d’où lui est venu le nom de Thomas à Kempis, sous lequel il est désormais connu.
Son père s'appelait Jean et sa mère Gertrude, tous deux pauvres, gagnant leur pain de chaque jour par un travail de chaque jour. Pauvres de biens, ils étaient néanmoins très-riches de vertus et comblés des faveurs du ciel. Une des plus précieuses, sans doute, fut celle de leur donner un fils tel que Thomas.
Jusqu'à treize ans il ne quitta point la maison paternelle. Cependant on l’envoya bientôt après, quoique dépourvu de ressources, à Deventer, l’Athènes du Nord en ce temps-là, pour y faire ses études. La charité qui lui vint en aide et le dévouement d’un de ses frères, déjà attaché aux Chanoines réguliers de Windensen, lui donnèrent le moyen de suivre les doctes leçons de maitre Florent Radwin, disciple du célèbre Gérard Groot, recteur de la congrégation des Frères de la vie commune. Thomas devint son disciple pendant six ans, et sous un tel maitre un tel élève fit d’immenses progrès; car il était doué des plus rares qualités de l'esprit et de la plus angélique piété. Au bout de ces six ans, il mérita d’être admis dans la maison des Cleres étudiants. Là, il profita des conseils et des entretiens des savants et vertueux amis auxquels il sut inspirer le plus touchant intérêt, et s’appliqua surtout à copier des livres; c'était alors une des plus importantes occupations des moines.
En 1399, l'écolier de Deventer entrait au monastère du Mont-Saint-Agnès, près de Zwoll, dont son frère venait d’être nommé prieur. Ils rivalisèrent de zèle pour la prospérité de cette maison. Ici commence la brillante carrière littéraire de Thomas. Afin de fonder une bibliothèque dans ce monastère qui n’en avait point encore, il s’appliqua avec une nouvelle ardeur à transcrire et à composer des livres. C'était, après les douces heures passées au pied du Crucifix ou de l'autel, sa seule occupation.
Sept années avait duré ce rude noviciat, lorsqu'il revêtit l’habit en 1406, et fit profession en 4407. Il fut promu au sacerdoce : il grandit encore chaque jour en piété et en habileté pour les travaux calligraphiques et littéraires, si bien qu’on l’éleva au rang de sous-prieur. C’est alors qu'il travailla à la composition de ces œuvres délicieuses pour la science et la vie mystique, au milieu desquelles se trouve Imitation de Jésus-Christ. On dit qu'il mena une vie fort austère et que le ciel le gratifia du don des miracles. Il mourut en Saint, comme il avait vécu, le 25 août 1474.
On regarde généralement comme ses chefs-d’œuvre, après l’Imitation, les traités suivants : 4o Le Jardin des Roses, ainsi appelé parce qu'il traite de plusieurs vertus qui croissent comme autant de belles roses dans le jardin de Jésus-Christ; 2° La Vallée des Lis, où ilest parlé de plusieurs autres vertus que le Sauveur a plantées comme autant de lis d’une éclatante blancheur dans la vallée de l'humilité, où elles sont arrosées et fécondées par l’infusion intérieure du Saint-Esprit; 30 Les trois Tabernacles (la pauvreté, l'humilité, la patience); 40 les SoZiloques de l'âme; 50 les Méditations.
Ses œuvres furent réunies pour la première fois vers 4415 (on ne trouve pas l'Imitation dans cette première édition), et, depuis, en 1600, 1607, etc., à Anvers (avec l’Imitation).
L'Imitation de Jésus-Christ a eu plus de mille éditions diverses ; elle a été traduite dans toutes les langues, notamment en français par Marillac, Sacy, Gonnelieu, Lamennais, Genoude, Darboy. Pierre Corneille l’a mise en vers.
Des auteurs attribuent l’Imitation au chancelier de l’Université de Paris, Jean Gerson; d’autres à Jean Gesen ou Gersen ou Gerson, Bénédictin, natif de Cavaglia (en Piémont), abbé de Saint- Etienne de Verceil.
Le 28 octobre 1874, un monument a été inauguré avec une grande pompe, en l'honneur de ce pieux personnage, dans sa ville natale. D’après une opinion récente (4874) se basant sur un manuscrit de la bibliothèque nationale, inconnu jusqu'alors, il y aurait anachronisme à attribuer l’Imitation soit à l’un, soit à l’autre de ces trois auteurs.
Esprit des Saints, par l'abbé Grimes.