‹ Les petits Bollandistes (volume 5)Chapitre 76 sur 220 · S. PÉMEN OU PASTEUR, ABBÉ DE SCÉTÉ ET DE TÉNÉRUTH, EN ÉGYPTE · texte numérisé non relu

S. PÉMEN OU PASTEUR, ABBÉ DE SCÉTÉ ET DE TÉNÉRUTH, EN ÉGYPTE

s'appelait Anub, et un autre, Payse ou Paëse; les autres, Simon, Alone, Nesteros et Sarmace le Jeune. Nous n’entrerons pas dans le détail de ses vertus, de ses austérités et de ses miracles qui élevèrent sa réputation bien au-dessus de tout ce que nous pourrions en dire.

L'humilité était sa vertu pour ainsi dire favorite, après laquelle la charité, la douceur et la patience étaient les plus constants objets de son application. Pour donner à toutes ces vertus une sauvegarde assurée, et à la pureté surtout, il se livrait aux plus rudes austérités de la vie monastique. Ï passait quelquefois deux jours entiers sans prendre aucune nourriture, et à mesure qu'il crût en âge, il poussa jusqu’à quatre et cinq jours ce jeûne rigoureux. Il s’était interdit l’usage du vin et de la viande, et si parfois il déviait de cette règle, ce n’était que par charité et en arrosant de ses larmes les aliments qu’il consentait à prendre. Toutefois il était aussi indulgent pour les autres que sévère pour lui-même; sa maxime était qu'il ne faut pas tuer le corps, mais tuer les passions. Non moins assidu aux veilles, à la prière et aux travaux manuels qu'aux autres austérités, il partageait les douze heures de la nuit en trois périodes différentes, quatre heures à travailler, quatre heures à prier, et quatre heures à prendre un peu de repos. Le jour il travaillait jusqu’à Sexte, lisait jusqu’à None, et puis ramassait des herbes pour se nourrir.

Sa profonde sagesse et sa haute sainteté se font remarquer tant dans ses conseils que dans la direction des religieux. Nul n’était plus adonné que lui aux pratiques de la vie intérieure, et plus soigneux de s’éloigner de tout ce qui pouvait faire naître des distractions et le souvenir d’un monde qu’il avait abandonné, et pour lequel il n’avait que du mépris. Sa mère ellemême, étant venue le visiter, reçut cette réponse : « Lequel aimez-vous mieux, me voir présentement un moment, ou être éternellement avec moi dans le monde à venir ? Vous jouirez du bonheur du ciel si vous résistez maintenant à votre désir ». La mère, entendant ce discours de son fils à travers la porte, qu’il ne lui avait même pas ouverte, se retira, en disant : « Je renonce au plaisir de vous voir sur la terre pour m’assurer le bonheur de jouir de votre compagnie dans le ciel ».

Une personne de Syrie, attirée par la réputation de son mérite, étant venue pour le consulter sur l’endurcissement du cœur, saint Pémen lui répondit : « L’eau est molle et la pierre est dure. Cependant l’eau, tombant d’un vase goutte à goutte sur la pierre, la perce peu à peu. Il en est de même de la parole de Dieu. Bien qu’elle soit molle en quelque façon par sa douceur, et que notre cœur soit dur par son insensibilité, si on a soin d'écouter souvent cette divine parole, elle ouvre enfin le cœur, malgré sa dureté, pour y faire entrer la crainte salutaire de Dieu ».

Il regardait l'humilité, ainsi que tous les autres Saints, comme le fondement et la preuve de toutes les vertus. « Elle est », disait-il, « aussi nécessaire à l’âme que la respiration est nécessaire au corps. Les hommes portent leur méchanceté derrière eux, disait-il encore ». Enfin, il assurait que cette vertu était la source de la paix de l'âme. Un jour un frère lui disait : « Comment est-ce, mon Père, que je puis éviter de parler de mon prochain ? » Et il lui répondit : « C’est si vous êtes assez humble pour vous reprocher vos défauts. Imaginez-vous pour cela que vous et votre prochain êtes comme deux tableaux. Si, en considérant celui qui vous représente vous-même, vous n’y trouvez que des défauts, vous trouverez indubitablement que celui de votre prochain est respectable et admirable en comparaison du vôtre. Si, au contraire, le vôtre vous paraît bon, vous trouverez

laid celui de votre prochain. Ainsi, vous vous garderez bien de détracter de qui que ce soit, si vous pensez plutôt à vous reprendre vous-même ».

Il regardait l’obéissance et le renoncement à sa propre volonté, comme l'instrument le plus efficace de l’âme pour arriver à la perfection, et il disait : «On avance dans la vertu selon qu’on se défie de soi-même, qu'on recourt à Dieu dans la peiné avec une humilité profonde, et qu’on jette derrière soi sa propre volonté, car», ajoutait-il, « notre volonté propre est comme un mur d’airain que nous mettons entre Dieu et nous, ou comme une pierre qui nous en repousse. Abandonnons notre propre volonté, et nous pourrons dire avec le Prophète : Le mur ne m’arrêtera pas; je le franchirai pour aller à Dieu ».

Voici les règles qu’il donnait pour le silence. On lui demandait s’il était mieux de parler que de se taire. « Celui qui parle pour l’amour de Dieu, fait bien », répondit-il, « et celui qui se tait pour l’amour de Dieu, fait bien aussi ». — «Si vous mettez un frein à votre langue », dit-il à un autre, « vous serez partout en repos ». — « Quelque peine qui vous survienne, si vous savez vous taire, vous l’avez vaincue ». Un frère lui dit : « Quand je vois quelque chose, dois-je d’abord le rapporter ? » Il lui répondit : « Vous savez ce que dit l’'Ecriture : Celui qui répond avant d’avoir écouté, est un insensé, et se fait mépriser. Ainsi, lorsqu'on vous interroge, répondez, à la bonne heure; autrement gardez le silence ».

Pémen fut plusieurs fois obligé de changer de désert, à cause des fréquentes incursions des Barbares. Ainsi, en 395, après des ravages affreux commis à Scélé par les Maziques, il dut se retirer avec ses frères à Ténéruth, près d’un ancien temple d’idoles, et y rester plusieurs années. Mais le danger qu’il y avait encore d'y demeurer, à cause des attaques incessantes dont ils étaient l’objet, le porta, bien malgré lui, à gagner le désert voisin de la ville de Diolque, qui était peuplé de solitaires et où il y avait plusieurs monastères.

Enfin, dès que le calme fut rétabli, il revint à Scété, où ilse livra plus que jamais aux délices de la contemplation. A mesure que sa fin approchait, son ardent amour pour Dieu augmentait, le trésor de ses mérites se remplissait; son corps, exténué de veilles et de prières, se détachait; son âme, toute séraphique, s’élevait à de continuelles extases, jusqu’à ce que, mûr pour le ciel, il s’élança radieux dans le sein de son Dieu, l’an 451, vers sa quatre-vingtième année.

Extrait de l'Esprit des Saints, par M. l'abbé Grimes.

410-542, — Papes : Saint Simplice; Vigile, — Rois des Francs: Childéric Ier; Childebert Jer,

Avoir la véritable science est l'apanage de celui seul qui à puisé sa science auprès de Dieu.

Lactance, Znstitutions divines, L. vix.

Saint Césaire naquit dans le territoire de Châlon-sur-Saône , de parents illustres par leur naissance et recommandables par leur insigne piété.

N'ayant encore que sept ans, il donna des marques d’une charité héroïque envers les pauvres; il prenait déjà plaisir à leur donner ses propres habits ; et lorsque, retournant à la maison, demi-nu, ses parents le réprimandaient de sa libéralité, il répondait agréablement que c’étaient des passants qui J’avaient dépouillé. A l’âge de huit ans, sentant déjà, dans son cœur, de saintes ardeurs pour la vie évangélique , il alla de son propre mouvement, à l'insu de sa famille, trouver l’évêque de Chälon, saint Sylvestre, pour le supplier de lui donner la tonsure cléricale et de le consacrer au service de son Eglise. Le saint prélat ne put différer de le lui accorder, ayant remarqué sur son visage, et par la manière fervente et résolue avec laquelle il faisait sa demande, que la divine Providence le destinait à quelque chose de considérable. En effet, il ne se trompa point; car Césaire, ayant passé deux ans avec beaucoup d’édification dans les fonctions de clerc, animé du désir d’une plus haute perfection, et résolu d'abandonner non-seulement ses parents, mais encore son pays, pour se délivrer de la captivité du siècle, partit de Châlon, avec un domestique seulement, et se rendit au monastère de Lérins, qui était l’école publique de la piété pour les Gaules. Sa mère, s'étant aperçue de sa fuite, envoya promptement après lui jusqu’à un fleuve voisin, afin de l’arrêter au passage ; mais, par une faveur divine, il ne fut point vu de ceux qui le poursuivaient. Il est vrai que le démon, qui voulait rompre son pieux dessein, fit ce qu’il put pour le faire connaître par la bouche d’un possédé, qui, le suivant pas à pas, criait derrière lui : « Césaire, ne va pas plus loin!» mais le saint enfant, touché de compassion et de crainte d’être découvert, se tournant vers ce malheureux, lui donna à boire dans un vase qu'il portait et sur lequel il avait, auparavant, fait le signe de la croix, et chassa de son corps le démon qui le tourmentait. L'on a su ce miracle par le domestique même qui l’accompagnait.

Ainsi Césaire, heureusement échappé des mains de ceux qui voulaient s'opposer à sa vocation, arriva à Lérins où saint Porchaire, qui en était abbé, lui donna l’habit de la Congrégation, au grand contentement des Pères. Il se rendit aussitôt un modèle de vertu dans le monastère; car il était le plus diligent aux veilles, le plus soigneux pour l’observance de la Règle , le plus prompt à l’obéissance, le plus assidu au travail, le plus humble dans l'exercice des ministères du cloître et le plus admirable en modestie et en douceur; de sorte que les plus anciens furent bien surpris de voir un jeune homme, qu’ils avaient reçu pour l’instruire dans la discipline régulière, déjà consommé dans la pratique de toutes les vertus religieuses. Il pratiquait des mortifications extraordinaires, sachant bien que plus le corps est affaibli, plus l'esprit devient vigoureux, et que la perfection de l’homme intérieur n’est fondée que sur les ruines de l’homme extérieur. Il passait les nuits à la lecture, à la prière et au travail; et, au lieu de donner à son corps les aliments que son àge demandait, il le privait de ceux qui lui étaient nécessaires, ne mangeant qu’un peu de légumes qu’il préparait d’un dimanche à l’autre.

Cette austérité excessive dans un jeune homme ruina bientôt sa santé et le réduisit à un état de langueur qui fit pitié au saint abbé. Mais, tant qu'il demeura dans le monastère, on ne put jamais arrêter sa ferveur ni l’obliger d'interrompre pour quelque temps ses exercices spirituels et l’usage de la mortification ; on s’avisa donc de l’envoyer à Arles, afin que l’on püût travailler au rétablissement de sa santé. I1 y avait dans cette ville un illustre citoyen, nommé Firmin, lequel, avec sa femme, employait son bien à assister les ecclésiastiques, les religieux et les pauvres qui imploraient sa charité,

On le pria de recevoir dans sa maison le jeune Césaire. Il le recut et le considéra comme son propre fils. Non content de rétablir la santé de son protégé, Firmin voulut orner son esprit : à cet effet il lui fit suivre les leçons de Pomerius, célèbre rhéteur venu d’Afrique pour enseigner à Arles. Mais une vision terrible avertit Césaire de ne pas apprendre les sciences profanes : Dieu se réservait d’instruire lui-même cette âme privilégiée. Cependant Firmin parla des vertus de notre Saint à Eonius, évêque d'Arles, compatriote et parent de Césaire. Ce prélat le demanda à l’abbé Porchaire, l'obtint avec peine, et lui conféra successivement le diaconat et la prêtrise, pour l'employer au service de son Eglise.

Notre Saint ne changea nullement sa manière de vivre, et observa toujours fidèlement les constitutions du monastère de Lérins. Il était élevé aux ordres sacrés, mais il n’en était pas moins religieux, se distinguant entre tre les autres clercs par son humilité profonde, par sa charité ardente, par son obéissance prompte et par sa mortification continuelle. Il se trouvait le premier à l’église et n’en sortait que le dernier. Il fermait ses yeux et ses oreilles à toutes les choses du monde, pour s'appliquer uniquement à la contemplation des vérités célestes, et il paraissait, sur son visage, un je ne sais quoi de divin, qui inspirait de la dévotion à ceux qui avaient le bonheur de le voir.

L’abbé d’un monastère situé dans une île à la porte d'Arles étant mort, Eonius jeta aussitôt les yeux sur Césaire pour le mettre en sa place. Trois ans après, Eonius, épuisé par une longue maladie, se voyant extrêmement malade, demanda Césaire pour successeur. À cette nouvelle, le Saint prend la fuite et va se cacher dans les tombeaux élevés par les Romains, et dont on voit encore aujourd’hui les ruines auprès d'Arles. Mais il est découvertet forcé d’acquiescer aux désirs du peuple et du clergé, qui, d’une voix unanime, l'avaient élu pour leur pasteur (502). Il avait alors trente-trois ans.

Dès qu’il fut élu à cette première chaire des Gaules, il se rendit, par sa vigilance et ses travaux infatigables, un véritable successeur des Apôtres. T1 abandonna le soin du temporel de son Eglise à ses diacres et à d’autres officiers qu’il y commit, pour s’appliquer tout entier à étudier la parole de Dieu et la dispenser utilement à son peuple. Il possédait tellement l’Ecriture sainte, qu’on eût dit qu’il la lisait plutôt dans un livre, qu'il ne la récitait par mémoire. C’était d'elle seule qu’il tirait toutes les belles instructions qu'il faisait à ses ouailles, et il l’expliquait avec tant d’éloquence, que, semblable à cet homme de l'Evangile, il tirait tous les jours de ce trésor de nouvelles choses : il décrivait les vices avec des laideurs qui en donnaient de l'horreur à ceux qui l’écoutaient, et il représentait la vertu avec des beautés qui, charmant tout le monde, inspiraient un désir ardent de la pratiquer. Il faisait des descriptions pathétiques de la vanité des choses de la terre, et montrait la solidité de celles du ciel. Il convertissait les uns par les menaces el par la sévérité, et gagnait les autres par son honnêteté et par sa douceur ; par ses larmes, il triomphait de la dureté des plus opiniâtres ; en un mot, il appliquait prudemment le remède à chaque malade, et, comme un sage médecin, il n'avait pas tant d’égard à ce qui pouvait plaire au malade, qu'à ce qu'il jugeait être plus utile à sa guérison. Il ne rougissait point d’exhorter les évêques mêmes qui le visitaient, à s'acquitter dignement de leurs devoirs, et à travailler sans relâche au salut des âmes que Dieu leur avait commises; il exhortait surtout ses ecclésiastiques à se rendre dignes de leurs fonctions et de leur ministère. Il leur représentait que c'était un crime à eux de se taire lorsqu'ils voyaient quelques abus à re-

prendre parmi le peuple ; que leur profession les engageait indispensablement d'annoncer la parole de Dieu ; et que, s'ils manquaient à ce devoir, dont d’autres qu'eux s’acquitteraient plus dignement, ils s’attireraient ce terrible reproche de Jésus-Christ : « Malheur à vous, docteurs de la loi, qui vous êtes saisis de la clef de la science, et n’êtes pas entrés vous-mêmes dans son secret, et qui avez empêché ceux qui voulaient y entrer de le faire ». Enfin, comme s’il eût pénétré l’intérieur des consciences, il exposait à chacun d'eux les fautes auxquelles il était sujet et dont il devait se corriger.

Pour empêcher les causeries dans l’église, il obligea les laïques de chanter, avec les clercs, des psaumes, des hymnes et des antiennes, et il établit l'usage des prédications et des exhortations aux jours de fête. Il fonda des hôpitaux pour les malades, où il voulait qu’on fit l’office divin comme dans sa cathédrale. Il assigna aussi des lieux et des revenus pour la retraite et la subsistance des pauvres : il avait pour eux une telle tendresse que, souvent, il commandait à ses domestiques d'aller voir s’il n’y avait point quelqu'un à la porte de son palais, de crainte de l’y faire attendre trop longtemps exposé aux injures de l’air, tandis que lui était à son aise dans sa chambre. Il disait que Dieu avait laissé des pauvres sur la terre, afin que nous pussions leur donner les biens dont nous espérons recevoir la restitution des mains de Jésus-Christ dans le ciel.

Comme Césaire travaillait ainsi tranquillement à la conduite de son peuple, il fut accusé, auprès d’Alaric, roi des Goths, de s’entendre avec les Bourguignons, pour leur mettre la ville d’Arles entre les mains. Ses véritables accusateurs furent des ecclésiastiques de son clergé, que cette qualité pouvait rendre croyables, si leur mauvaise vie, que leur prélat reprenait trop fortement à leur gré, ne leur eût dû ôter toute créance. Ils ne parurent pas, néanmoins, mais se servirent de Licuman, notaire ou secrétaire du Saint : Licuman, ayant par sa charge plus de part dans les affaires de son maître, rendit la calomnie plus vraisemblable. Alaric qui, quoique arien, avait eu jusqu'alors beaucoup de respect pour Césaire, ajouta trop légèrement foi à ce rapport, selon le génie des tyrans, qui ne peuvent s'empêcher d’être soupçonneux; de sorte qu’il le chassa de son siége et le relégua à Bordeaux; mais cet-exil lui fut infiniment glorieux par un miracle, qui rendit témoignage de son innocence : car le feu ayant pris dans la ville, et la menaçant d’une ruine entière, les habitants, qui avaient reconnu sa sainteté depuis qu’il demeurait parmi eux, s’adressèrent à lui et le supplièrent de prier Dieu qu’il fit cesser l’embrasement. Il ne put les refuser : il vint donc dans la rue au-devant des flammes, se mit à genoux, et fit une prière si efficace que l'incendie cessa tout à coup. Pendant le temps qu’il demeura à Bordeaux, il prêcha souvent au peuple, et sa parole émut tous les cœurs. Loin de se plaindre d’Alaric, son persécuteur, il en parla toujours avec grand respect, et recommanda au peuple de lui obéir, parce que l'Evangile oblige d’être soumis aux souverains.

Cette conduite fut heureuse pour Césaire, car Alaric reconnut par là son innocence, et lui écrivit une lettre fort honorable, pour l’avertir qu’il pouvait retourner à Arles quand il voudrait. Les habitants, sachant qu’il approchait, allèrent au-devant de lui avec les croix élevées et des cierges allumés, comme au-devant d’un triomphateur. Son arrivée fut signalée par un miracle : depuis longtemps une sécheresse extraordinaire désolait leur territoire, et il n’y avait point d'espérance de moisson pour cette année; mais, dès qu’il entra dans la ville, le ciel, qui l'avait éclairée par le jour le plus serein qu'on eût jamais vu, s’obscureit tout à coup et

versa une pluie si abondante, que la terre fut suffisamment arrosée pour produire une belle récolte. Alaric avait condamné son calomniateur à être lapidé ; quand Césaire vit les pierres entre les mains du peuple, il se mit devant le coupable et le sauva.

Il ne jouit pas longtemps de ce repos. Clovis s'étant allié à Gondebaud, roi des Bourguignons, vint assiéger Arles, conjointement avec lui. Pendant le siége, des Juifs perfides, qui s'entendaient secrètement avec l’armée assiégeante, imaginèrent, pour mieux voiler leurs desseins, d’accuser l’évêque saint Césaire de trahison, sous prétexte de la charité qu’il exerçait envers les prisonniers francs et burgondes. Is se saisirent de lui, le chargèrent de chaînes et le menèrent au palais du prince, où ils le mirent en prison, avec dessein de le jeter au plus tôt dans le Rhône. Les assiégeants s'étant un peu écartés des murailles, les assiégés sortirent, et on trouva, attachée à une pierre, la lettre d’un juif, qui avertissait les ennemis que, s'ils attaquaient la ville du côté où les Juifs faisaient la garde, ils la prendraient indubitablement ; mais qui leur demandait, pour récompense de cet avis, que ceux de station fussent exempts du pillage. Cette lettre ayant fait connaître, d’un côté la trahison des Juifs, et de l’autre l’innocence de Césaire, on le mit en liberté. Il s’employa aussitôt à soulager la misère de beaucoup de personnes que les Goths avaient amenées dans la ville après la levée du siége. Pour cet effet, il vendit ses meubles et fit fondre les vases d’or et d'argent de l’église. « Si vous étiez dans le même malheur que ces pauvres gens », disait-l aux prêtres et aux clercs qui trouvaient à redire à cette charité, « vous approuveriez sans doute ma conduite, et votre misère vous ferait paraître juste ce que vous blâmez maintenant. Pourquoi voulezvous que j’abandonne les membres de Jésus-Christ, et que je les laisse mourir de disette, tandis que j'ai en main l’or et l'argent que l’on a donnés au même Jésus-Christ, avec lesquels je puis leur sauver la vie ? Ne sera-ce pas une chose plus agréable à son cœur et à ses yeux de voir dans des vases de moindre prix son précieux sang et son corps sacré, qu’il a bien voulu laisser attacher au bois de la croix pour notre salut, que de voir périr de misère un si grand nombre de ses enfants, qui sont les objets de son amour et de ses tendresses ? » C’est grâce sans doute à la réputation, à la charité de Césaire et à son crédit auprès de Dieu, que la ville d’Arles, de son temps, n’a point été prise ni pillée, mais qu’elle est passée tranquillement des Goths aux Visigoths, puis aux Ostrogoths, et de ceux-ci aux Francs, sous le roi Childebert.

Dès que le siége fut levé, il fit bâtir dans la ville un monastère pour sa sœur Césarie, qui était religieuse à Marseille. Il en avait commencé un, hors des portes, auquel il avait travaillé lui-même à la sueur de son corps; mais les Barbares l’ayant ruiné, il fit construire le nouveau près de l’église, afin que les religieuses y fussent à l'abri des tempêtes de la guerre. Plusieurs jeunes filles, d'illustre naissance, y entrèrent aussitôt pour y vivre sous la discipline du saint Prélat et de la vertueuse Césarie. Parmi les règles qu'il leur prescrivit, il les obligea de garder inviolablement la clôture jusqu’à la mort.

Tandis qu'il travaillait à cette bonne œuvre, on lui suscita une nouvelle persécution. Des personnes malicieuses l’accusèrent devant Théodoric d’avoir voulu tramer quelque chose contre son service. Ce prince trop crédule lui envoya un ordre de le venir trouver en Italie pour se purger des choses qu’on lui imputait. Césaire, qui se sentait innocent, entreprit volontiers ce voyage et se rendit à Ravenne. Il entra dans le palais avec un

visage si serein et si plein de majesté, que celui qui le faisait venir comme juge trembla en le voyant, et se sentit touché d’un respect inconnu envers lui ; de sorte que, au lieu de lui parler des choses dont on l'avait accusé, il s’informa des peines qu'il avait souffertes dans un si long voyage, et de l’état où il avait laissé la ville d'Arles ; il lui rendit des honneurs extraordinaires : il lui envoya un bassin d'argent d'environ soixante marcs, et une somme considérable de deniers comptants, comme une indemnité des frais qu’il lui avait fait faire, avec ordre de lui dire ces paroles : « Saint Evêque, recevez ces présents ; le roi, votre fils, vous prie de les appliquer à votre usage, afin de vous souvenir de lui ». Le Saint les reçut en effet; mais, comme il ne s'était jamais servi de vaisselle d'argent sur sa table, sinon de cuillères, il les employa aussitôt à racheter tous les prisonniers du pays d'Orange et de la Durance, qu’il trouva dans l’armée, auxquels il prit encore le soin de fournir des montures pour retourner dans leur pays. Une action si généreuse et si charitable fut rapportée à Théodoric, qui la publia avec de grands éloges. Toute la cour admira un homme si extraordinaire, et s’empressa de faire sa connaissance. Les honneurs qu’il y reçut ne l’enflèrent point de vanité; mais, les considérant comme de la fumée, il crut qu’il ne devait point être loué d’avoir fait ce qu’il devait faire, et il eut plus de douleur d’être contraint de laisser quelques prisonniers encore, que de satisfaction d’en avoir racheté un grand nombre. Dieu le glorifia par des actions encore plus merveilleuses : car, à son départ de Ravenne, il ressuscita le fils d’une pauvre veuve, lequel la faisait subsister par son travail, et délivra un démoniaque nommé Elpide, en jetant de l’eau bénite dans toute sa maison.

Césaire alla de Ravenne à Rome. Le pape Symmaque, le clergé, les sénateurs et le peuple l’accueillirent comme un Saint. Symmaque lui donna le Pallium de ses propres mains, et accorda aux diacres de son Eglise le privilége de porter des dalmatiques comme faisaient les diacres de l'Eglise romaine. Ayant reçu comme présent des sommes considérables, notre Saint les employa au rachat des prisonniers de son pays qui étaient encore au pouvoir des Goths, et il s’en revint avec eux dans Arles, plus glorieux que s’il fût venu chargé des dépouilles de tous les ennemis de l'empire. Comme il lui restait encore une somme considérable, il alla lui-même à Carcassonne pour y délivrer d’autres prisonniers, et envoya des abbés, des diacres et des clercs pour faire la même chose en divers autres endroits. Ayant un jour rencontré un pauvre qui lui demanda de quoi racheter un captif, et, n'ayant point d’argent à lui donner, il courut promptement à sa chambre, prit la chape dont il se servait aux processions, et son aube du jour de Pâques, et les lui donna.

Comme il possédait toutes les vertus à un degré très-éminent, lorsqu'il en pratiquait quelqu’une, il le faisait avec tant de perfection, qu’on eût dit que c'était celle qui excellait le plus en lui. Il n’en quittait l'exercice que pour en prendre une autre : de sorte qu’il semblait que ses vertus luttaient entre elles pour leur durée et leur rang. En effet, on ne peut exprimer quels ont été sa patience, sa pureté, sa charité, sa ferveur, sa discrétion, sa modération, sa bénignité, son zèle, son oraison. Il était le défenseur de la foi, le modèle des évêques, l’ornement des églises, le prédicateur de la grâce, le pacificateur des dissensions, la source de la dilection, la règle de la discipline, le réformateur des mœurs, l'arbitre des conseils, le protecteur des peuples et le rédempteur des captifs. On ne l’entendit jamais dire la moindre chose contre son prochain ; il ne pouvait non plus souffrir ceux

qui en parlaient mal; il châtiait rigoureusement les gens de sa maison lorsqu’ils injuriaient ou maltraitaient quelqu'un; il ne sortait jamais de sa bouche aucune parole rude, et, lorsque son devoir l’obligeait de faire quelque correction, c'était avec une douce sévérité qui inspirait le repentir. La tranquillité de son intérieur paraissait sur son visage toujours serein, à moins qu’il ne pleurât les péchés de son peuple. Il était continuellement appliqué à Dieu, et il s'était fait une si grande habitude de la méditation, qu'il ne l’interrompait même pas durant son sommeil. Il voulait que les ecclésiastiques usassent de sa maison et de sa table comme de la ‘leur propre, soit qu’il fût présent ou qu’il fût absent. Pendant le repas, il faisait faire la lecture sur quelque matière pieuse, afin de nourrir l'âme en même temps que le corps; et, après la réfection, il résumait ce qui avait été lu et en prenait sujet d’exhorter les assistants à la vertu. Il ne portait point de chemises de toile, mais seulement d’un drap grossier, Il avait soin de faire assister les monastères qu'il savait être dans la disette, les pèlerins, les veuves et les malades.

Saint Césaire se trouva à plusieurs Synodes. Le premier fut celui d'Agde, tenu l’an 506, où l’on rétablit la discipline ecclésiastique, qui s'était misérablement relàâchée par le mélange des hérétiques ariens. Plusieurs catholiques, par la fréquentation des Ariens et pour gagner les bonnes grâces d’Alaric, qui avait embrassé leur secte, avaient renoncé à la foi; les évêques, ne voulant pas les exclure de l’espérance de la réconciliation, trouvèrent un accommodement entre la rigueur ancienne de l'Eglise, dont les chrétiens n'étaient plus capables, et le relâchement entier de la discipline : ce fut de les obliger aux laborieux exercices de la pénitence durant deux ans, qui serviraient d’épreuve de leur fausse ou de leur véritable conversion.

11 présida au second Concile d'Orange qui se tint sous le consulat d’Etius le jeune, en 529, quoique Baronius indique une autre date. L'occasion fut la dédicace d’une basilique bâtie par le patrice Libérius. On y traita des différends qui faisaient alors beaucoup de bruit dans les Gaules, à cause des livres de Fauste et des accusations de ses fauteurs contre les véritables disciples de saint Augustin, au sujet de la prédestination, de la grâce et du libre arbitre. On les termina par l'autorité du même saint Augustin, des paroles duquel on composa presque tous les Canons. Césaire fit paraître la profonde connaissance qu’il avait de la doctrine de ce grand évêque, et il la maintint contre ceux qui s’en étaient déclarés les ennemis; mais, en même temps, il condamna les Prédestinatiens qui, sous prétexte de cette doctrine, enseïgnaient des propositions tout à fait hérétiques et pernicieuses. Il avait auparavant composé deux excellents livres De la Grâce et du libre arbitre contre ceux de Fauste. Le pape Félix IV, auquel il les avait envoyés, les trouva si doctes et si utiles à l'Eglise, qu'il lui commanda de les publier, et leur donna son approbation par une épître qui fut mise en tête. Mais ce bel ouvrage ne se trouve plus, et sa perte ne peut être assez regrettée.

Il présida encore au Concile de Vaison, en 529, où il fut ordonné que l’on réciterait le nom du Pape vivant dans toutes les messes, et à celui de Riez, où Contuméliosus, qui en était évêque, fut déposé pour les désordres de sa vie : la conduite de Césaire en cette circonstance fut approuvée par le pape Jean, qui, par sa réponse, ordonna que le coupable serait renfermé dans un monastère pour y expier, par la pénitence, le scandale qu’il avait donné à son peuple, et que l’on élirait un visiteur pour gouverner son diocèse, Mais qu’il ng ferait point d’ordinations et ne se mêlerait point du temporel.

Notre Saint eut révélation de sa mort deux ans avant qu’elle arrivât, et dans un ravissement, il vit la gloire à laquelle il devait être élevé comme récompense de ses travaux. Il en avertit ses disciples, afin de les disposer à supporter cette perte avec la soumission qu'ils devaient à l’ordre de la divine Providence. Pendant sa maladie, qui lui causait de très-grandes douleurs, il demanda aux assistants quand on célébrerait la fête de saint Augustin, et, apprenant que ce serait bientôt, il répondit : « J'espère que mon décès ne sera pas éloigné de celui de ce grand Docteur, dont j'ai toujours chéri la doctrine et suivi les sentiments ». Il fit son testament dans lequel il déclare que, n’ayant rien hérité de ses parents, il ne leur lègue rien : il laisse ses biens en partie à son église et en partie au monastère de religieuses qu'il avait fondé. Sentant que son heure était proche, il se fit porter, tout moribond qu'il était, au même monastère des religieuses, afin de les consoler encore une fois par sa présence et de leur donner sa dernière bénédiction. Il exhorta l’abbesse, nommée Césarie, comme sa sœur, à laquelle elle avait succédé, et aussi toutes ses filles, au nombre de deux cents, à travailler avec ferveur à correspondre à leur vocation et à garder inviolablement la Règle qu’il leur avait donnée quelque temps auparavant; puis, prenant congé d’elles pendant qu’elles fondaient en larmes, il se fit reporter dans son église, où, trois jours après, le 27 août, veille de saint Augustin, ainsi qu'il avait prédit, à l'heure de Prime, il rendit paisiblement son âme à Jésus-Christ, en présence des prélats, des prêtres et des diacres qui l’assistaient, l’an de grâce 542. Il fut enseveli dans la principale église du monastère dédiée sous le nom de la sainte Vierge, et destinée pour la sépulture des religieuses : son corps s’y conserva depuis for précieusement.

Nous n’avons point rapporté tous les miracles qu’il a faits pendant sa vie et après sa mort, parce que leur nombre en est trop considérable. On peut les lire dans sa vie, au vi° tome de Surius, composée par saint Cyprien, évêque de Toulon, son disciple, et par Etienne, diacre de la même Eglise, Elle est adressée à l’abbesse Césarie, que Surius et Baronius ont cru être sa sœur; mais il est évident que c'était celle qui lui avait succédé, et dont nous avons parlé au sujet de sa mort. Il nous est resté de lui quatre homélies, qui sont insérées dans la Bibliothèque des Pères, où ceux qui ont embrassé la vie monastique trouveront des instructions admirables. I] les avait composées pour les religieux de Lérins, et elles montrent la connaissance profonde qu’il avait des obligations de ceux qui se consacrent à Dieu dans les cloîtres.

Acta Sanctorum ; Histoire de l'Eglise, par Jager; Godescard; Zégendaire d'Autun, par l'abbé Pequegaot: Aistoire de l'Eglise, par l'abbé Darras. — Cf. Trichaud : Histoire de saint Césaire, 1 vol. in-8°.

600. — Pape : Saint Grégoire Ze Grand. — Roi de France : Clotaire II.

Quand une âme a la conscience d'avoir fait quelque chose de bien, elle s'en réjouit, et son esprit est rempli comme d’une infusion de joie spirituelle.

Saint Ambroise.

Syagre naquit à Autun d’une des plus illustres familles des Gaules; car il comptait parmi ses ancêtres cet Afranius Syagrius, élevé sous l'empire à la haute dignité du consulat, et cet autre Syagrius, petit-fils du consul, à qui saint Sidoine Apollinaire rappelle sa noblesse dans une lettre pleine d’une aimable plaisanterie. L’oraison de saint Syagre, dans l’ancien Bréviaire d’Autun, mentionne aussi la haute illustration de sa naissance. On a prétendu, mais à tort évidemment, qu’il était frère de la reine Brunehaut. Quelques-uns le disent parent du grand saint Didier, évêque de Vienne. On n’a de preuves positives ni pour ni contre cette dernière assertion ; mais il est fort possible que leurs familles, toutes deux très-distinguées, toutes deux d’Autun, aient été unies par les liens du sang. Nous ne savons rien de sa jeunesse, sinon qu’il était plus remarquable encore par sa piété que par sa noblesse, et que, renonçant de bonne heure à tous les plaisirs, à tous les avantages, à toutes les espérances du monde, il entra dans la sainte milice pour se consacrer entièrement au service des autels, aux intérêts de la gloire de Dieu et au salut des âmes. Formé sans doute comme saint Germain dans l’abbaye de Saint-Symphorien, cette grande école du clergé, il fut, comme lui aussi, cher à saint Agrippin qui le fit diacre, et à saint Nectaire qui l’ordonna prêtre.

Après la mort de Remi, — d’autres disent Bénigne, — successeur d’Euparde qui lui-même avait remplacé saint Nectaire, nul ne fut jugé plus digne que Syagre d'occuper le siége d’Autun. Saint Germain se fitun devoir et un bonheur de venir tout exprès de Paris pour prendre part à sa consécration (560). L'importance de l’antique église et l’illustration de la grande cité dont il devint l’évêque, l’autorité et la haute influence qu'il exerçait dans sa patrie devenue son diocèse, l’estime et la vénération qui l’entouraient, l'éminence de son mérite universellement reconnue, sa réputation et la noblesse de sa famille, lui donnèrent bientôt un grand crédit à la cour. Il fut tout-puissant, d’abord auprès de Gontran, et ensuite auprès de Brunehaut.

Egalement distingué par sa science et par son zèle, il réunissait autour de lui, soit dans son palais, soit dans l’abbaye de Saint-Symphorien, des Jeunes gens appartenant aux plus nobles familles qui venaient se mettre sous sa direction pour être guidés dans leurs études et dans les sentiers de la perfection cléricale. On peut citer entre autres Eustache ou Eustade, évèque de Bourges, Didier, évêque de Vienne, dont nous avons déjà parlé, etunautre Didier, évêque d’Auxerre. De tels disciples suffraient pour illustrer leur maître. En voici encore un auquel s’attache un vif intérêt. Aunachaire ou Aunaïire, jeune seigneur élevé à la cour du roi Gontran, pré-

venu de la grâce, renonça tout à coup aux plus brillantes espérances, s'enfuit secrètement au tombeau de saint Martin à Tours ; et là, se dépouillant des livrées du monde, entra dans le clergé pour se consacrer tout entier au service de Dieu. Ayant entendu parler de Syagre comme de l’évêque des Gaules le plus éminent par sa science .et par ses vertus, c’est entre des mains si habiles et si saintes qu’il alla remettre son âme. Le vénérable pontife, plein d’admiration et de tendresse pour un jeune homme capable d’un si grand sacrifice, l’accueillit comme un père accueille le plus aimé des fils, fut heureux de le garder auprès de sa personne et lui communiqua ses lumières et sa sainteté.

Cependant on continuait à recourir de toutes parts et jamais en vainau grand Pontife qui occupait avec tant de distinction le siége d’Autun. Un religieux nommé Baudénus, du monastère de Saint-Arédius (probablement Saint-Arige de Gap), arriva un jour à Autun, demandant à lui parler. Il venait du fond de la Provence et tenait à la main une liasse de papiers. « Seigneur », dit-il quand on l’eut introduit, « notre monastère est persécuté par des ennemis qui veulent le dépouiller, malgré nos titres de propriété que voici. Plein de confiance en votre bonté et connaissant tout le crédit dont vous jouissez à la cour, je viens implorer votre assistance ». Syagre l’accueillit avec sa charité et sa bienveillance ordinaires, puis le rassura en lui disant qu’il se chargeait de son affaire. Le roi, sur la demande du saint prélat, apposa sa signature sur les titres, etle bon religieux s’en alla content. — Une autre fois, un père désolé alla trouver Fortunat, évêque de Poitiers: « Mon fils », lui dit-il, « vient d’être jeté en prison; veuillez, je vous en conjure, obtenir sa liberté par l'entremise du grand évêque d’Autun ». Portunat écrivit aussitôt à Syagre, lui raconta le fait, exposa l’objet de sa demande et ajouta : « Ce pauvre homme, aïigri par la douleur, après avoir exhalé devant moi ses plaintes amères, vous a désigné comme le seul qui puissiez apporter un remède à ses maux. Il croit qu’un mot de votre part suffira ». Syagre, qui trouvait toujours avec bonheur les occasions de faire le bien, ne manqua pas de profiter de celle-ci et obtint sans doute une grâce qui lui était demandée par un ami intime.

Notre Saint se trouve mêlé à toutes les grandes affaires de son temps. Le monastère de Sainte-Croix, fondé à Poitiers par sainte Radegonde, venait d’être le théâtre d’une lutte singulière. Cette affaire prit de telles proportions que les plus grands évêques des Gaules furent obligés de s’en mêler. Aussi trouvons-nous plus d’une fois le nom de Syagre cité dans les débats ; et cet illustre Pontife fut un de ceux qui contribuèrent le plus à rétablir la paix un moment troublée par des princesses ambitieuses même sous le voile. Il ne montra pas son zèle seulement dans cette circonstance où on le vit avec Grégoire de Tours jouer un rôle important, et obtenir par ses soins et sa prudence un heureux résultat : jamais, toutes les fois que de graves intérêts de l'Eglise ou des peuples le demandèrent, il n’épargna ni son temps ni sa peine. Les plus longs voyages ne lui coûtaient rien quand il s'agissait de se rendre à ces augustes assemblées où se traitaient les plus grandes questions relatives à la foi, à la morale, à la discipline, où tout s’organisait, où tout s’épurait aussi bien dans l’ordre civil et social que dans l’ordre ecclésiastique ; car les conciles étaient à cette époque comme des conseils d'Etat. Syagre porta très-souvent ses lumières etsa haute influence à ses frères dans l’épiscopat réunis en grand nombre à Paris, à Vienne, à Lyon et à Mâcon, où, pleins de l’esprit de l'Eglise toujours amie de la paix et des pauvres, ils s'occupent des besoins de ceux-ci et cherchent à rappro-

cher les rois toujours divisés: La signature de l’évêque d’Autun suit immédiatement celle du métropolitain.

Le pieux roi Gontran eut toujours pour Syagre la plus haute estime, la plus grande vénération et une déférence sans bornes. Il lui en donna des marques en toute circonstance, et encore deux ans avant sa mort, en 591, lorsqu'il voulut l'emmener à Paris pour le baptème de Clotaire, son neveu et son filleul. Mais le plus beau titre de gloire pour Syagre et le plusimposant témoignage rendu à son mérite, furent l'affection et la confiance de saint Grégoire. Ce grand Pape ayant remarqué de jeunes esclaves blonds, au visage doux et pensif, d’une beauté pleine de noblesse et d’attrait, mis à l’encan sur le marché de Rome, conçut aussitôt un projet digne de son zèle immense, celui de gagner à Jésus-Christ un pays qui donnait naissance à cette race d'élite. « Quel dommage », disait-il, « que de tels hommes ne soient pas chrétiens ! » Or, ces jeunes esclaves étaient des Anglo-Saxons. Avant son pontificat, il avait voulu aller en personne leur porter le bienfait de la foi. Mais les Romains craignant de le perdre pour jamais, firent si bonne garde sur les routes qu’il ne put suivre sa magnanime et sainte inspiration. Une fois élevé sur la chaire de saint Pierre, il envoya bientôt (596), pour évangéliser l'Angleterre, le moine Augustin et quelques autres religieux : c’élait là son œuvre chérie. Aussi choisit-il entre tous les évêques des Gaules, Syagre d’Autun, Virgile d'Arles et Didier de Vienne, pour leur recommander ses bien-aimés missionnaires.

Saint Grégoire n’avait pas trop présumé du zèle et de la charité de ces grands évêques : il fut parfaitement compris et secondé par eux. On prétend même que Syagre, non content d'aider de ses secours et d'accueillir pariaitement les missionnaires à Autun, alla beaucoup au-delà de ce qui lui était demandé : il voulut, après être allé avec eux prier aux tombeaux de saint Symphorien et de nos autres saints, les accompagner en personne jusqu’en Angleterre.

Saint Grégoire montra encore combien il comptait sur Syagre pour être secondé dans le gouvernement de l'Eglise des Gaules, par une longue lettre qu'il lui adressa ainsi qu'à Virgile, à Didier et à Ethérius (Ythaire) de Lyon, pour le charger de convoquer régulièrement des conciles, de travailleravec ses trois dignes collègues à extirper la simonie et l’ordination des indignes, à maintenir dans le clergé la plus grande pureté de mœurs et la plus exacte discipline. On voit par cette lettre quel cas le souverain Pontife faisait de Syagre, quelle haute idée il avait en même temps de son crédit et de son influence, combien il l’honoraït ; car il le nomme le premier, bien que les trois autres prélats fussent des métropolitains. C'est lui aussi qu’il charge, par une distinction exceptionnelle, d'envoyer à Rome par l'abbé Cyriaque les actes du prochain concile national dont il avait tant recommandé la convocation. Secondé du puissant concours de Syagre, il ne craint pas de poser une main ferme sur l'Eglise de France. Evidemment l’évêque d’Autun est à ses yeux le premier évêque de cette grande Eglise et tient le premier rang dans son estime. Il sait d’ailleurs que nul ne peut l’aider plus efficacement que ce vénérable prélat, à la fois si saint et si éclairé, qui jouissait dans les Gaules de la plus vaste réputation, y exerçait le plus légitime ascendant et possédait à la cour une autorité sans égale. Cest pourquoi il le charge encore de plusieurs affaires importantes, relatives à d’autres évêques. Enfin, c’est à lui qu’il s'adresse pour arranger avec les rois francs une difficulté concernant la création du diocèse de Maurienne.

Maintenant il nous reste à parler des magnifiques édifices et des fonda-

tions pieuses auxquels se rattache le nom de Syagre. Presque en même temps que Childebert et saint Germain de Paris fondaient la célèbre basilique de Saint-Vincent (depuis Saint-Germain des Prés), qui fut confiée aux religieux de Saint-Symphorien, une église dédiée également à saint Vincent s'élevait aux portes du monastère autunois. Syagre fut sans doute le fondateur de ce monument religieux qui venait s'ajouter à tant d’autres sur ce sol sacré. Il voulait, à l'exemple de saint Germain, associer le culte du jeune martyr d’Autun au culte, alors fort répandu, du jeune diacre martyr de Saragosse. Les premiers rois mérovingiens, lorsqu'ils établirent leur résidence à Chälon, abandonnèrent aux évêques d’Autun le prétoire et le castrum de la cité. C’est là que saint Nazaire avait dédié une basilique sous le vocable de saint Nectaire et en avait fait sa cathédrale. Syagre, qui unissait au zèle pour la splendeur du culte, le goût des arts, l’amour du beau et du grand, mit ses soins et son bonheur à orner le nouvel édifice, à l’agrandir, à le rendre digne de l’illustre église d’Autun et de la superbe cité qu'embellissaient encore les imposantes constructions gallo-romaines. Il y ajouta, du côté de l'Orient, une grande abside qui fut décorée avec une richesse et une splendeur extraordinaires. Les lambris étaient brillants d’or, et partout de magnifiques mosaïques étalèrent leurs dessins variés. On épuisa toutes les ressources de l’art, dans une ville remplie de riches dépouilles de l’antiquité, et où s'étaient conservés des traditions savantes, un goût plus épuré que nulle part ailleurs. Ces traditions, jointes au zèle pour la maison de Dieu, produisirent des merveilles. Aussi la beauté de la cathédrale d’Autun devint dès lors très-célèbre. Non content de décorer magnifiquement la maison de Dieu, notre saint évêque y assura la splendeur du culte par le don de la terre considérable de Laisy.

Déjà sans doute Syagre avait été aidé pour la décoration de son église par la royale munificence de Brunehaut, princesse en qui tout fut grand, les vues, les œuvres, les passions et les crimes ; mais bientôt il le fut plus largement encore pour la fondation de trois établissements religieux dont Pimportance égalait l'étendue, le grandiose et la magnificence. Conformément à la manière d’agir observée autrefois par le grand évêque de Tours, recommandée par le pape saint Grégoire, invariablement suivie par l’Eglise, toujours fidèle à son plan de transformer sans détruire, il voulut tourner au profit de la foi nouvelle les anciennes habitudes développées par le culte des faux dieux, attaquer sur leur propre terrain les croyances païennes, sancCtifier par des édifices chrétiens les lieux souillés par les idoles, et faire de cette manière à Jésus-Christ une réparation plus frappante, plus solennelle. Il construisit donc avec les ruines et sur lemplacement même du temple de Bérécynthe, là où l’on croit qu'était déjà un baptistère, la grande abbaye de Sainte-Marie, appelée aussi plus tard Saint- Jean le Grand, où s’abrita un essaim nombreux de chastes vierges concrées à Dieu ‘. Ainsi une atmosphère, jadis corrompue par les exhalaisons du paganisme, serait purifiée par l’encens de la psalmodie montant sans cesse devant Dieu et par le céleste parfum de cette blanche fleur qu’on appelle la virginité chrétienne ; ainsi disparaîtraient sous des flots de prières et seraient lavées par les innocentes larmes de la pénitence, les taches imprimées sur ce sol par une immonde déesse dont le culte fut trop longtemps une insulte à la vertu ; ainsi seraient rappelés le martyre etla gloire

1. Depuis la Révolution, cette abbaye, après avoir passé par plusieurs phases, est revenue tout récemment à la Mère du Sauveur, sa première patronne, en recevant dans son sein la congrégation des Oblats du Cœur immaculé de Marie

du jeune Symphorien, assez héroïquement hardi et vertueux pour honorer le christianisme et l’humanité, en refusant même en face de la mort son hommage à l’infâme idole. Syagre voulut donner à la nouveile abbaye un nom saint et chéri, afin de rappeler que l’église d’Autun fut fondée par les disciples de Celui qui avait eu Marie pour mère adoptive, et présentei en même temps le plus beau type de la vierge consacrée à Dieu.

Ce n’était point assez pour Syagre d’avoir ouvert un vaste et sain‘ asile aux chastes épouses de Jésus-Christ, le vénérable Pontife voulait encore perpétuer à Autun les traditions de charité venues aussi, comme celle de la virginité chrétienne, d'Ephèse et de Smyrne. C’est pourquoi il fonda un hospice, saint asile ouvert aux malades, aux pauvres, aux voyageurs, aux nombreux pèlerins qu’attiraient les miraculeux tombeaux de saint Symphorien et de saint Cassien. Ce nouvel établissement était également voisin d’un temple, celui de Minerve, à ce que l’on croit, ou selon d’autres celui d’Apollon, afin de remplacer la sagesse antique, orgueilleuse, froide, sèche, sans entrailles, par l’humble et douce charité évangélique, toujours compatissante et active. Le pieux édifice occupait, d’après la tradition, le lieu même où fut la demeure de Fauste et d’Augusta, où saint Symphorien reçut le jour et plus tard le baptême, où s’éleva dans Autun, sous le vocable du prince des Apôtres, le premier autel en l’honneur de Jésus-Christ. Le nouveau palais des pauvres, édifié par la charité, reçut le nom de l’apôtre d’Autun, victime lui aussi de ce sublime amour de Dieu et des hommes qu’on appelle le zèle sacerdotal. Les souvenirs chrétiens se pressaient donc autour de l’hospice ou xenodochium de Saint-Andoche ! comme dans l’abbaye de Sainte-Marie ; ils y faisaient aussi oublier les souvenirs païens ; ils purifiaient, ils consacraient ce sol autrefois profané.

Enfin ce fut sur les ruines du temple et de l’école druidique de Saron que Syagre érigea le vaste monastère, monument d’une imposante grandeur, paisible retraite ouverte à une de ces colonies d'hommes d'élite, à qui saint Benoît venait de donner un code admirable et d'apprendre à mener sur la terre une vie presque céleste, utile aux hommes, glorieuse à Dieu, où s’unissaient par une heureuse alliance, pour conduire le chrétien à la perfection évangélique, la solitude et la vie commune, le travail, l’étude et la prière. La nouvelle abbaye ne pouvait recevoir un autre nom que celui du grand Saint qui avait fondé le premier monastère des Gaules, évangélisé le pays éduen et brisé en cet endroit même la vieille idole gauloise. Syagre fit pour l’évêque de Tours ce qu'Euphrone avait fait pour saint Symphorien : l’un et l’autre voulurent consacrer par de pieux monuments ce sol tout plein de deux mémoires inséparablement unies, celle de l’apôtre et celle du martyr. Deux abbayes s’élevèrent à côté l’une de l’autre, la fille de saint Euphrone et sa digne sœur, l’abbaye de Saint-Martin.

Le monastère deSaint-Martin fut construit pour recevoir trois cents moines. L'église était bâtie en gros blocs de pierre detaille, comme les portes de la cité. Le vieux temple de Saron, converti par saint Martin en une église sous le vocable de saint Pierre et de saint Paul, entra, comme un souvenir, dans la construction nouvelle. Le mur oriental fut démoli et remplacé par une abside à voûte basse, rappelant les catacombes. D'ailleurs l'édifice ressemblait assez aux anciennes basiliques du quatrième siècle. Il avait en dedans cent huit pieds de long sur cinquante-quatre de large, et offrait trois parties distinctes. La première partie, — un portique avec colonnes et un grand

1. L'hospice Saint-Andoche devint plus tard une abbaye de religieuses Bénédictines.

arc à plein cintre, — était séparée de la seconde par un mur transversal percé de trois portes, dont l’une, celle du milieu, était surmontée d’une peinture dédicatoire où l’on voyait la royale fondatrice, Brunehaut, offrant de la main droite des religieux, et de l’autre, le monastère à saint Martin et à saint Benoît. La seconde partie, ou corps de l'édifice, était divisée, par deux rangs de colonnes de marbre, en trois nefs correspondant aux trois portes et terminées chacune par une abside. La troisième partie, ou le sanctuaire, était séparée de la nef par une balustrade en marbre, au-dessus de laquelle s’élançait l’arc triomphal soutenu par deux magnifiques colonnes également en marbre. La voûte de l’abside présentait de brillantes mosaïques sur des fonds d’or et d'azur ; l’arc triomphal, des arabesques et des bas-reliefs ; et la nef, des lambris à compartiments dorés. Le pavé du sanctuaire était en mosaïque, et celui de la nef en marbre. L’autel, petit et fort bas, comme les autels antiques, érigé par saint Martin dans le temple de Saron, était adossé au mur terminant l’abside. La sainte Vierge, dont le culte avait été apporté en ces lieux, avec une si tendre vénération, par des apôtres tenant de si près à saint Jean, ne pouvait être oubliée dans la nouvelle église : on lui dédia la crypte, chapelle souterraine et funéraire , rappelant la Confession où l’on recueillait les précieux restes des martyrs. Là elle semblait veiller, comme une bonne mère, sur le sommeil de ses enfants couchés dans leurs lits de pierre en attendant le réveil de l’éternité. Heureuse et consolante pensée de mettre ainsi sous la protection et comme sous l’œil de la douce Mère de Jésus, alma Redemptoris mater, les morts qui dorment dans la paix du Seigneur !,

Quelque temps après, le-souverain Pontife, pour récompenser un prélat si grand par ses lumières, ses vertus et son zèle, par les services qu’il avait rendus à l'Eglise, par les bonnes œuvres dont il avait été le promoteur ou l'instrument, et qui depuis longtemps possédait toute son estime, toute sa confiance, lui accorda le pallium ; mais Syagre ne jouit pas longtemps de la décoration privilégiée que lui avait envoyée le vicaire de Jésus-Christ, Un an après, en 600, il alla recevoir de Jésus-Christ lui-même la récompense éternelle. Aucun évêque de cette époque, si féconde pourtant en Saints, ne jouit parmi ses contemporains et ne laissa dans la postérité une plus grande réputation de science et de vertu. Fortunat de Poitiers fait de lui le plus grand éloge; il le qualifie de très-digne et très-saint évêque. Adon de Vienne l’appelle un homme de la plus éminente sainteté. Un concile de Metz lui donne aussi le titre de Saint ; et, citant un ancien canon relatif aux Juifs, il ne s'appuie que de l’autorité de Syagre, comme si le concile dont il s’agit et où siégeaient cependant plusieurs métropolitains, se füt résumé tout entier dans la personne de ce grand prélat qui était à la tête de tout l’épiscopat des Gaules. Sans jamais flatter les passions des princes, il sut employer et n’employer que pour le bien son immense crédit auprès d'eux.

CULTE ET RELIQUES

Saint Syagre fut inhumé dans l’église de l’hospice Saint-Andoche qui était une création de sa charité et qu'il avait doté de ses propres biens. Père des pauvres, il avait voulu sans doute reposer au milieu de sa famille adoptive. Là, tous les jours, ceux qui lui devaient un asile et des secours aimaient à prier sur sa tombe et bénissaient sa mémoire. On y conserva la plus grande partie de

1. Depuis la Révolution, les débris de la grande abbaye de Saint-Martin sont devenus la propriété du grand séminaire.

ses chères et précieuses reliques, entre autres sa tèle qui fut enfermée plus tard dans un reliquaire d'argent en forme de buste, donné par l’abbesse de Saint-Jean le Grand. Car on lit dans l’obituaire de Saint-Andoche, vers l'an 4400, au 25 mars : « Jeanne de Montigny, abbesse de Saint-Jean d'Autun, qui a donné le chief d'argent où est mis le chief de Monsieur saint Syagre ». Le Val-de- Grâce, à Paris, possédait aussi quelques reliques insignes de notre saint Evèque. Dans un hameau de la paroisse de Grury, il y avait une chapelle sous son vocable, à la nomination de la famille de Jarsailion. La paroisse de Maltat fêtait comme patrons saint Syagre el saint Sulpice.

Extrait de Saint Symphorien et son culte, par l'abbé Dinet,.

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