FRÉDÉRIC, ROSALIE
FRÉpÉniC, nn plumeau sous le bras et rangeant les sièges.
Vous direz ce que vous voudrez, c'est un fichu métier que d’étre cocher chez un fils de famille qui fait la noce.
Je vous conseille de vous plaindre... si vous croyez que ça m’amuse d’étre ici... femme de chambre, chez une demoiselle à la mode, mademoiselle Cocotensucre ! Allez, entre femme de chambre et cocher, la différence n’est pas grande et la besogne est bien partagée.
FRÉDÉRIC
Oh! partagéel partagéel... Il y a des nuances .. Ainsi, quand monsieur va au théâtre, il faut l’attendre dans la rue sur mon siège.
ROSALIE
Moij j’attends bien madame ici...
FRÉDÉRIC
Oui, sur un fauteuil, sur un bon fauteuil.
ROSALIE
C’est une position moins élevée!
• Rosalie, Frédéric.
FRÉDÉRIC, baassaDt les cpanlos.
Des mots!... Ohl la! la! des mots !
On fait ce qu’on peut!
FRÉDÉRIC
Et quand monsieur soupe chez Bignon, au café Anglais... à la Maison d’or, car Dieu sait s’il a des préférences! ou quand il taille un baccarat chez des amis... qui est-ce qui l’attend jusqu’à quatre heures du matin? Moi! toujours moi !... Et ça, qu’il neige, qu’il gèle, qu’il pleuve Ou qu'il fasse soif... Tandis que vous, si vous attendez madame... Du moins, vous êtes à 1 abri, dans un appartement bien chaud... où vous pouvez dormir d’un œil.
ROSALIE
Des deux yeux!
FRÉDÉRIC
Là ! je ne vous le fais pas dire... et pour qui les profils? Quand un de ces petits crevés qui pullulent, vient demander madame Cocotensucre et qu’elle nV est pas, qui est-ce qui reçoit les jolies pièces de^vingt francs, pour avoir seulement la peine d’introduire monsieur au salon, et de lui donner le droit d’attendre madame? Vous, toujours! Ah! quelle baraque! Cocher pour tout faire !... Ce n’est pas assez de soigner Bibi, de l’étriller, de l’éponger, il faut encore que, chaque fois que votre madame Cocotensucre donne un .souper, je vienne vous aider... comme ce soir; un souper où les dames se mettent en grisèltes, et les hommes en je ne sais quoi !
ROSALIE
Consolez-vous, c’est le dernier de la saison. Nous voici au mois d’avril!
FRÉDÉRIC
Tenez, Rosalie, vous êtes une bonne fille, et je vais vous faire une confidence !
Laquelle?
FRÉDÉRIC
Voilà : j’en ai assez de servir chez M. de Saint-Godiche... et comme, à force de faire des économies sur l’avoine de Bibi, j’ai mis de côté quelque argent. Je vais... sufiill... j’ai mon idée.
ROSALIE
C’est ça, votre confidence?
FRÉ DÉRIC
Mais oui, mais oui.
ROSALIE
Elle n’est pas aussi longue que la rue de Rivoli... Chut! voici madame! (lU se romitU'nt à faire les derniers apprêts.)