SCÈNE X
Les Mêmes, moins FRÉDÉRIC et ROSALIE.
COCOTENSUCRE, se levant.
Mesdames, messieurs!
SAINT-GODICIIE.
Quel air solennel!
COCOTENSUCRE, très-sériense.
Le moment est venu de vous faire part ,à vous, messeigneurs, d’une décision que nous avons prise, ces dames et moi, jusqu’ici vos esclaves dociles!
GRIMASSIEIIX
C’est une reconférence.
DE LA BRANCHE
Mais nous ne sommes pas à l’Athénée?
MANDARINE
Silence !
.. COCOTENSÜCRE, continnant.
Depuis longtemps... (nous sommes quelquefois si bêtes!...) nous supportons vos blagues, nous vivons avec vous, nous nous allichons avec vous... au point que les petits journaux et les petits journalistes nous traînent dans le macadam!... n,f, ni,, c’est fini!... Nous ne voulons plus tolérer ça... ce souper est le souper des adieux... Nous vous prions de rentrer cnez vos parents et de vouloir bien désormais vous abstenir de nous saluer comme ça... du bout des doigts... (Elle imiio le geste.) quand vous nous nous rencontrerez.
SAINT GODICHE
Tu es folle! (a ses amis.) Elles sont folles 1
COCOTENSUCRE, continuant.
Pas le moins du mondel En voici la preuve... L’Exposition est ouverte, et comme les millionnaires de tous les pays du monde civilisé vont débarquer à Paris, nous allons, une fois débarrassées de vous, nous faire épouser par les produits les plus riches de la Russie, du Brésil, de l’Égypte, de la Turquie, de l’Amérique et de la Tarcouniel
C’est une trahison!
DE LA BRANCHE
Une infamie 1
BRISOUILLARD.
Une rupture, quoi?
COCOTENSUCRE.
Le spirituel Brisouillard a dit le mot. Une rupture, oui, messieurs, une rupture complète!
SAINT-GOÜICIIE
Vous êtes cruelle, Cocotensucrel
COCOTENSUCRE.
Pauvre ami, vous en mourrez?
SAINT-GODICHE, pleurant.
Non, j’en ferai une maladie, c’est sûr! O mes nobles aïeux!... ayez pitié de moi 1
BRISOUILLARD, k moitié gris.
Moi, je chercherai l’oubli dans l’ivresse; je me griserai tous les jours pour avoir soif le lendemain.
COCOTENSUCRE.
Et croyez bien qu’il n’y a là-dessous aucun chantage 1... Mes nobles amies ici présentes et moi, nous avons adopté à l’unanimité et signé de môme un règlement aux statuts auquel nous ne ferons aucune infidélité.
BRISOUILLARD.
Il a de la chance, le règleqient!
TOUS*
Oh! oui!
COCOTENSUCRE.
Unanimité touchante!... En voici les principaux articles.
COQIIARDI.
Voyons les articles, avec un petit trémolo à l’orchestre, S. V. P.
- GREDINETTE
Article : Pondant toute la durée de l’Exposition, c’est-àdire du lef avril au 31 octobre, les soussignées s’engagent à ne pas revoir les sieurs Grimassieux, de la Branche, Goqhardi, Brisouillard et Saint-Godiche.
GRIMASSIEUX.
Mais c’est épouvantable !
COCOTENSUCRE.
Silence !
PAMÉLA
Article 2 : A mademoiselle Paméla est accordée la liberté de chercher un mari chez les Européens. Mademoiselle Mandarine est spécialement chargée des Asiatiques. Mademoiselle Cocolensucro a dans ses attributions l’Amérique du nord et l’Amérique du sud. L’Afrique est à la discrétion de mesdemoiselle Gredinette et Ay-Chiquilal...
MANDARINE
Article 3 : Il est expressément défendu aux soussignées de chasser sur les terres réservées à leurs amies, à moins qu’il ne se présente qu’un seul et unique étranger pour elles toutes !
• On se lève de table pour venir sur le devant de la scène. — Les domestiques emportent la table. — Pam. Mdnd. Gred. .\y-Oh. Cocot. St-God. Bris. Coq. Grim. de la Br.
ÎO
SAINT-GODICHE
Il faut tout prévoir!
COCOTENSUCRE.
Article 4 : Celle dos soussignées qui violera l'un ou l’autre des articles ci-dessus, sera condamnée à apprendre le roman de Rocambole par cœiir!
TOUTES
Horrible!... horrible!... horrible!...
Mesdames, vous avez juré et signé. Encore une fois, tiendrez-vous votre serment, ferez-vous honneur à votre paraphe? LES DAMES, d’un ton dramaliqae.
Oui! oui!
SAINT-GODICIIE.
C’est atroce! vous n’avez pas do cœur!
LES HOMMES
Non, pas de cœur!
GRIMASSIEUX.
Pas plus de cœur que... je ne trouve pas le mot, mais je sais bien ce que je veux dire.
COCOTENSUCRE
Ce n’est pas le sentiment qui nous manque, allez!., c’est..
(Elle montre par un geste que c'est l’argent qui lenr manque.)
Air : On a cTça (Cellot.)
Dans notre cassette vide, IlülasI où rien n’sonne plus, Nous voulons, d'facon rapide, Entasser de bons écus;
Sans mic-mac,
Quel tic-tac I
On dira d’un air cupide :
Cric et crac! j EU’sontl’sac.
(5ts, ensemble.)
SAINT-GODICHE
Vous nous abandonnez au moment où l’étranger, le riche étranger envahit la France!... Eh bien! il n’y aura pas que des étrangers, il y aura aussi des étrangères! et nous allons, ces messieurs et moi, déployer pour elles toutes nos séductions.
COCOTENStCRE.
Pauvres femmes! Ah! que je les plains!...
SAINT-GODICHE
Et quand vous nous verrez au pouvoir des jolies ennemies de la France, vous pleurerez, la jalousie vous tortillera le cœur, vous grincerez des dents, vous nous regretterez et nous serons venges !
C’est convenu! En altenilant, puisque demain nous ne vous connaissons plus...
COCOTKNSUCRE.
• Allons-y tristement du chœur des adieux!
Air ; Montjoie et Charlemagne. (Roland à Roncevaux.) LES HOMMES, très-dramatiquement.
Quoi ! c’est une rupture ?
LES FEMMES, très-dramatiquement.
Oui, c’est une rupture I
LES FEMMES
Avec des pleurs aux yeux Faites vos adieux,
C’est une rupture I Y’a trop longtemps qu’ça dure.
Bref, loin de ces lieux.
Tâchez d’être heureux I
LES HOMMES
Avec des pleurs aux yeux Faisons nos adieux.
C’est une rupture I Y’a trop longtemps qu’ça dure.
Bref, loin de ces lieux.
Tâchons d'être heureux I
RIDBAO