SCÈNE HI
SAINT-GODICHE, FRÉDÉRIC *, puis MANCHETTE, CORSMANN et COUVRE-CHEF.
FRÉDÉRIC, entrant et présentant nn plateau.
Une lettre et le programipe des courses ! (Salnt-Godiche prend *ar le plateau la lettre et le programme.) Le chapelier, le chemisier et le bottier de monsieur sont là...
' SAINT-GODICHE, décachetant la lettre.
Dans un instant.
* De Saint.Godiche. Frédéric.
FRÉDÉRIC, à part, en sortant.
Poseur, va!...
SAINT-GODICIIE.
De l’oncle Yerduroii! (ii parcourt la lettre.) Ail! fichtre! ah! bigre! il arrive avec sa fille... ces provinciaux vont tout gâter... Avec leurtournure, ils trahiront mon origine... Diable! diable!., les mal recevoir est impossible... J'ai souvent recours au bonhomme... Il a le sac, le bonhomme! Enfin, je redoublerai d'adresse. Maintenant, (lassons aux courses, (n parcourt lo programme des courses.) Fille de l'air... Absinthe-Suisse... Vert-degris... Don Carlos... Maintenant, voyons le handicap !^Cour^isane... Marion Delorme... 'La grande duchesse de G érolstein... Trop de Fraîcheur, la Fée des pellicules... C’est bien ! j’en sais assez... (il sonne.)
FRÉDÉRIC
Vous sonnâtes, monsieur?
SAINT-GODICUE.
Faites entrer ces messieurs.
FRÉDÉRIC
A vous, monsieur Manchette. (Le chemisier entre.)
SAINT-GODICIIE *.
Voyons, monsieur Manchette, que m’apportez-vous là?
MANCHETTE
Une douzaine de faux-cols et uneflemi-douzaine de cravates.
(il sort d’un carton d'dnormes fani-cols et dos cravates très-dtroites.)
SAINT-GODICIIE.
Que diable voulez-vous que je fasse de cela?... C’est bon pour mon coiffeur qui sort d’ici !
MANCHETTE
Mais, monsieur, vous m’avez demandé des cols et des cravates à la mode... On feit les faux cols aussi grands et lescravates aussi étroites.
SAINT-GODICHE
Vous ne me comprenez pas... Je trouve ces cols trop petits et ces cravates trop larges.
MANCHETTE
Pourtant!
SAINT-GODICHE
Le vicomte de La Branche porte des cols plus grands et des cravates plus étroites... je ne- puis donc accepter... n’insistez pas... vous perdriez ma pratique, et, avec la mienne, celle de tous les gentilhomraes de Paris.
MANCHETTE, "à part.
Diable! (eu sortant.) Comme c’est amusant!
FRÉDÉRIC
Voyons, monsieur Corsmann, à vous!
* .Manchette, de Saint-Godiche.
î« LES PETITS CREVÉS
'* SAINT-GODieilE *.
Eh bien! monsieur Corsmann, que ra’apportez-vous?
COBSMANN.
Chabordo des potineste monsieuro. “
SAINT-GODICHE
Ah! ah! mes bottes pour la chasse,.. les bouts me paraissent peu à la mode.
CORSMANN.
Beu à la motel... Si, monsieuro, c’être tit à faità la mote... J’atîré lifré les pareilles au tue de... gomment tonc!... Che n’me rabelle chamais son nom... Au tu'ede... au tue de...
SAINT-GODICHE
Cela me suffit, (a part.) Je ne sais pas pourquoi j’ai commandé ces bottines... je ne chasse jamais ; enfin ! ça fait bien sur une étagère. (Haut.) Vous savez que je ne fais pas de mystère du tout, moi... je ne suis pas cachottier... Aussi je ne vous défends pas de dire à votre duc que vous avez fourni des chaussures pour la chasse au comtedeSaint-Godiche...*’*Non, c’est que vous savez, il y a des gens si bôtes... Vous remettrez ces bottines à mon domestique... (Corsmann sort.)
FRÉDÉRIC
A vous, monsieur Couvre-Chef.
SAINT-GODICIIE, au chapelier ***.
Et VOUS, monsieur Couvre-Chef?
COUVRE-CHEF
Voici le chapeau commandé par monsieur.
SAINT-GODICIIE.
Voyons! (h prend le chapeau.) C’est un peu petit, cela. Dites donc, monsieur Couvre-Chef, on va se moquer de moi ?
COUVRE-CHEF
Monsieur, c’est la dernière mode !
SAINT-GODICHE
La dernière mode... la dernière mode... je ne veux pourtant pas paraître ridicule... Je no mettrai jamais cela; nous ne sommes pas en carnaval.
COUVRE-CHEF
Je vous assure, monsieur...
SAINT-GODICHE
Vous m’assurez, vous m’assurez... Je vous répète, moi...
COUVRE-CHEF, l’interrompant.
Tenez, monsieur, on fait encore plus petit.
Voyons... pour qui ça? Quel est l’imbécile qui...
COUVRE-CIIEF.
^^a foi, je ne sais pas... mais je vais vous le dire... Le mon-
* Corsmann, de Saint-Godiche. — ** Do Saint-God;chc, Coi'sman. — *** De Saint-Godiche, Couvre-Chef.
sieur qui a choisi ce chapeau a remis sa carte pour qu’on le lui apportât.
SAINT-GODICHE, lis.mt U carte.
Fichtre ! Monsieur Couvre-Chef, vous coiffez un ambassadeur! (Mettant le chapeau sur sa tête.) Tiens, j’ai la môme tôle que l’ambassadeur... Dites donc, monsieur Couvre-Chef, laissezmoi ce chapeau et reprenez l’autre.
COUVRE-CHEF
Qu’à cela ne tienne... j’en ai de tout pareils au magasin.
SAINT -GODICHE, se regardant.
Cela ne manque pas de chic. (Couvre-Chef son.)