‹ Les petits creves piece en quatre actesChapitre 31 sur 65 · TOUTES DEUX · texte numérisé non relu

TOUTES DEUX

Ah! vous revenez * ?

VERDURON", continuant.

Oui, mesdames, je m’ sommes dit comme ça ; Yerduron, mon bon, v’ià soi-disant cinquante ans et demi que t’as envie d’ r’voir la capitale... Eh ben! puisque tu y es, faut la voir... J’ons acheté une paire de souliers neufs, même qu’ils me blessent un brin à la cheville!... et j’ons commencé notre promenade par ce qui nous intéresse censément le plus... par les halles!... Ah! c’est crânement beau! j’pouvons point dire le contraire... c’est crânement beau !

COCOTENSÜCRE, poussant le coude b Mandarine.

Vous êtes à Paris depuis peu?

VERDURON.

Depuis hier seulement ! j’avons quatre jours pour tout voir... l’Exposition comme le reste. Demain matin, jhrons de bonne heure saluer les abattoirs... Ah! saperlotte!... c’est crânement beau tout de môme!... Je soinmes pas si ben outillés que ça dans Lorient.

MANDARINE

Dans l’Orient?

VERDURON. *

Oui, dans Lorient... Est-ce que vous connaissez Lorient?

COCOTENSÜCRE.

Oh! très-peu, très-peu!... par les récits des voyageurs et des romanciers,

VERDURON,

Un fier pays, dame!... et un beau climat! (il ?ccouc sa jambe.

* Viid.. Cocot., .Mand,

COCOTENSUCRE, bas à Mandariiw.

Oh! ma chère, un Turc, c’est un Turc déguisé, qui voyage incognito!... Monsieur Mtoise et fait le nigaud pour qu’on ne se doute pas de ses qualités.

VEBDURON, k part.

Qu’est-ce qu’elles se disent donc tout bas?... C’estyégal!... c’est des belles femmes.

Air : La Agneaux vont en plaine (Piano de lierthe).

Pour lors, à mes oreilles,

D’Lorient à Saint-Malo,

On vantait tant d’merveilles (6ii),

Que j’somm’s v’nus illico.

COCOTENSUCRE, arec mystère.

Incognito?...

MANDARINE, do même.

Incognito?...

VERDURON, k part.

Incognito! Qu’est-ceque c’est que ça?... C’est une gentillesse, sans doute!. .. J’ voulons leur rendre la monnaie d’ leur pièce.

Même air.

Oui-dat pour des merveilles J’en vois, et c'est ben beau !

J’n’en verrons pas d’pareilles Aux abattoirs tantôt!

(a Cocotcnsuere, en lui prenant la taille.)

Incognito!

(Mémo jeu avec Mandarine.)

Incognito !

COCOTENSUCRE, bas k Mandarine.

Enfin! voilà donc une aventure! Qui sait, un mari, peutêtre ! '

MANDARINE

Pour qui?

COCOTENSUCRE.

Pour moi.

MANDARINE, vexée. , /

Oh! j’ai autant de droits que toi! D’abord, c’est moi qtii 1 ai aperçu la première.

LFS miTS cnKYKS

COCOTF, NSUCRE, tirant son mmiriniir ilo sa pacli.’.

Eh bienl... à deux de jeu.

MA.VDAHINlî.

Soit! (Elles reviennent vers Veriliiron.) '■

VERDURON, h part, soeonant la jambe.

Satanés souliers!... ils no se doutent pes combien qu’v me gênent à la cheville *... (Apercevant les <loux reuuues qui se rapproclienl.) Ah!... les v’iàquiso iVpprochent!... Sapeilottel... qu’ça sent bon! c’est du musc!... Ah! c’est celle-làl... pour le moins... c’est une parfumeuse!

MANDARINE

Si j’osais, monseigneur, vous inviter à venir demain passer la journée à ma maison de campagne... à Colombes... tout près de Paris...

flOCOTENSUCRE.

Fait-elle des manières, parce qu’elle a une pauvre petite bicoque sur un pouce de terrain...

VERDURON.

Merci... vous ôtes bien aimable.'... mais j’ n’avons que quatre jours à dépenser et si j’allais en passer un dieux vous...

COOOTENSUCRE.

Quant à moi, noble étranger, si vous daignez m’honorer d’une visite, vous serez- toujours le bienvenu.

' VERDURON, à part.

Sont-elles aimables, donc!... sont-elles aimables!... Ah! si j’avions Mur deux liards de fatuité!... CHaut.) Merci!... Vous êtes ben bonne !... mais comme j’ vous l’avons dit, j’ n’avons point une minute à perdre... V’ià qui s’ fait tard, j’allons r’ trouver mon héritière, ma fille, quoi! mon Églantine.

MANDARINE

Oh! le joli nom pour une princesse!

VERDURON.

Ma fille... une princesse?... Ah! elle est ben digne d’ètrc princesse, elle est assez jolie pour ça !

COCOTENSÜCRE, d’un ton trè>-càlin.

Mais enfin, permettez-nous d’espérer que nous nous reverrons.

VERDURON, commençant i s’émonstiller.

Saperlotte! comme vous dites ben ça!... Ehl lai la! Eli! la! la !

MANDARINE, d’nn ton Irès-c.alme.

Je serais enchantée de recevoir votre visite, si cou rte qu’elle fût!

VERDURON.

Eh! là ! là! Eh! là! là!(A tontes doux.) Écoutez!... Vous êtes trop, honnêtes!... et pour n’être point votre inférieur en politesse... eh ben!...

* Mand„ Verd., Çoeot.

LES PETITS CEEVKS

COCOTENSUCHE.

Vous consentez?...

MANDARINE

Vous acceptez?...

VE-RDUnON, k part.

Eh! là! là!... C’est des si rà nos !... tiiaut.) Eh ben... (a pari et remnant la jambe.) Sapcrlolle, comino y me f»ônent à la cheville! (Haut.) Eh ben, c’est dit, j'fcroris' une farce!... j’ferons semb!ant de m’èlre ëgaré... comme qui dirait d’n’avoir pu r’trouver mon chemin... efj’irons vous souhaiter le bonjour.

MANDARINE, amoureasemoat..

Vous êtes un amour!..,

COCOTENSÜCRE.

Je suis folle do vous... N’oubliez pas votre promesse...

VER DURON.

Soyez sans crainte aucune... quand j’avons donné notre parole...

, MANDARINE

Merci !

COCOTENSÜCRE.

Merci I

VERDURON, à pari, secouant la Jambe.

Saperlotte! comme y me gênent à la cheville!

Vous n’étes pas habitué à ce genre de chaussure, mon trésor! .. Voulez- VOUS que j’envoie à votre hôtel chercher vos babouches?

VERDURON, na comprenant pas.

Mes ba?... quoi?...

MANDARINE

Vous regrettez votre palanquin?

VERDURON.

^ Mon pa?... quoi?

COCOTENSÜCRE.

Qii’il est original !

VERDURON.

Je r’grettons mes sabots tout bêtement.

COCOTENSÜCRE, à part.

Enfin!

MANDARINE, h part.

Il est à moi!

COCOTENSÜCRE.

Au revoir, soleil de mes jours! étoile de mes nuits!

MANDARINE

Au revoir, âme de mon âme!

VERDUUON, h part

Le soleil !... les étoiles !... ràme, de son âme! (Haut.) Au revoir, mes belles dames, au revoir... (Elles s’en ront bras dessus bras dessous, en lui envojranl des baisers.) Porlez-vous ben surtout... La santé, il n’y a encore que ça pour n’êlre pas malade, voyezvous!

Am :

VERDURON.

Vous me quittez bien vite.

Mais je garde l’espoir De vous rendre visite Ainsi qu’à l’abatioir I

ENSEMBLE

VERDÜRON.

. Vous me quittez bien vite.

Etc., etc.

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