‹ Les Petits du premier, opéra-bouffe en 1 acte, paroles de M. William Busnach.Chapitre 6 sur 20 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

TRAPOLIN, MARION.

TRAPOLIN.

Il est excessivement distingué, ce Monsieur... tu le connais, Marion?

MARION

C est Monsieur Jolifer, le meilleur maître d’armes de la capitale ; ah i c'est une fine lame... allez faudrait pas loucher en le regardant! vous l’avez entendu, une, deux, plus personne! *

TRAPOLIN. •

Pas possible!

MARION

U parait!... mais dites donc, Monsieur, qu’est-ce que c’est que tous ces joujoux là, hein? vous allez donc devenir papa?

TRAPOLIN.

Certainement, Marion; je vais être pana de deux jolis enfants.

MARION

Comment! deux à la fois?

Hélas! Marion, ces enfants -là ne sont pas mes fruits... Cest toute une histoire.

MARION

Ah! Monsieur, contez-moi ça...

, TRAPOLIN.

J obtempère à ton désir!... tu sauras donc que j’ai épousé il y a six mois une charmante fenàme, une neuve presque veuve encore... non, une veuve presque neuve, puisqu’elle avait perdu son mari immédiatement après la lune de miel... Cette bonne Aurélie, elle se nomme Aurélie, est bien cer-

tainemenl la marchande de soieries la plus heureuse de Lyon, et même des environs... Seulement, elle passe toutes ses journées à pleurer... C’est à peine si elle s'arrête à l'heure des repas... Les inondations du Rhône ne sont qu'une plaisanterie auprès d’elle.

MARION

Tiens... voilà qui est bizarre 1

TRAPOLIN.

Bien souvent je lui avais demandé la cause de ces pleurs que je qualifiais d’intempestifs... jamais je n’avais pu obtenir la moindre explication... je suis heureuse, mon ami, parfaitement heureuse, se contentait de me répondre Aurélie et elle refondait en eau! ma foi, j’avais fini presque par m'habituer à cet état... humide... Quand je partis ces jours derniers pour Pans... or, ce matin je reçus une lettre timbrée de Lyon...

MARION

Même qu’après l’avoir lue, vous êtes sorti tout troublé en faisant des grands bras.

TRAPOUN.

Il y avait bien de quoi... faire de grands bras! cette lettre venait de ma femme et m’apprenait enfin le secret de cette douleur inexplicable... Tiens v je vais le lire ce passage. (Lisant une lettre qu’il tire de sa poche.) «Oui, mon excellent Alhanase, mon premier mari avait eu d’un autre mariage deux adorables enfants... que je n’ai qu’à peine connus... mais que j’adore néanmoins... quand ce pauvre M. Vermillon s’endormit du sommeil éternel, ils lurent la consolation de mon chagrin... Lorsque je vous épousai, je pensai d’abord à les garder près de moi, mais je craignis que cet accroissement de famille ne vous effrayât. »

MARION

Ah! Monsieur, je comprends... vous êtes son second mari et ces enfants là sont les petits du premier.

TRAPOUN.

C’est cela! Elle a dit le mot, ce sont les petits du premier... Elle est bêle, mais elle a dit le mot. Chère Aurélie... Elle doutait de mon cœur... (Continuant.) «Depuis que je suis à Lyon, je n’ai pas vu ces deux amours d’enfants, et si vous voulez me rendre la plus fortunée des épouses, Athanase, vous me les ramènerez avec vous... Une de mes amies... madame Thimonet, 27, rue Clocheperce, vous indiquera leur adresse... Je vous embrasse mon tendre Athanase... etc, etc. »

MARION

Et ces deux chérubins?

TRAPOLÏN.

Je deviens leur père, Marion, ou plutôt leur repère! je les adopte 1... ces joujoux sont pour eux, car je veux qu’ils m’aiment tout de suite... j’ai calculé qu'ils doivent avoir à peu près quatre ou cinq ans, ils s'amuseront comme deux petits diables... Je suis sûr qu’ils sont gentils comme tout.

MARION

Vous ne les avez donc pas vus ?

TRAPOLÏN.

Pas encore... celte dame Thimonet chez qui je suis passé tout-à-l’heure n’était pas chez elle... je lui ai laissé une lettre indiquant mes intentions, et sans doute leur bonne va bientôt m’amener mes nouveaux enfants. Dès que j’en aurai pris livraison, je repars pour Lyon... Ah! au tailt Marion, descends donc parler au voiturier...

MARION

Celui qui part de chez nous?

TRAPOLÏN.

Oui, dis-lui de me réserver deux places dans la palache ni part à six heures.

MARION

Deux places, mais vous serez trois.

TRAPOLÏN.

C’est vrai, mais comme je compte, pendant toute la route, serrer ces petits amours contre mon estomac paternel, ça m’économisera une place.

MARION

C’est bien. Monsieur!... mais si par hasard la palache était déjà pleine ?

TRAPOLÏN.

Alors, comme presque toutes les voitures qui font le voyage, descendent dans cette auberge, tu t’adresserais à un coucou à deux places.

MARION

Oui, Monsieur, j’y vais.

TRAPOLÏN.

Et n’oublie pas aussi, dès que lu verras arriver les deux enfants, de m’avertir tout de suite.

MARION

Oui, Monsieur, c’est convenu.

TRAPOLÏN.

Allons, va, Marion, va... (Marion sort.)

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