LES PETITS PU PREMIER
PLACIDE
Oh ! monsieur papa !
MARTIAL
Mon charmant papa !
PLACIDE, le tirant & lui.
Ah ! que je vous peigne,
Papa, mon bonheur...
MARTIAL
Que je vous étreigne,
Papa, sur mon cœur.
Voyez mon ivresse.
MARTIAL
Voyez ma tendresse.
PLACIDE
Ah ! de ma faiblesse Soyez le soutien !
MARTIAL
Qi-e votre richesse Nous aide sans cesse !
PLACIDE
Qu’à notre jeunesse Il ne manque rien!
ENSEMBLE
Papa ! papa ! papa 1 papa !
Ah ! je le sens là J’adore déjà Notre cher papa 1
(Ils s'arrachent Trapolin qui passe des bras de l’un dans les bras * de l’antre.)
MARTIAL
Repass’ moi l’papa.
• PLACIDE
Tu prends tout l’papa.
MARTIAL
Laisse’ moi du papal...
Il m’ faut du papa!
TRAPOLIN, se débattant.
Papa! papa! papa! papa!
Qu’est-ce que cela Avec ce feu là Ou m’étouflera !
PLACIDE
Le plaisir dans vos yeux pétille !
TRAPOLIN.
Mais...
MARTIAL
Vous ne vous attendiez pas A voir famille Si gentille.
TRAPOLIN.
Non...
PLACIDE
Quel trésor vous aurez làl Vous devez être heureux j’espère . Puisque dans vos bras nous voilà !
Restons toujours comme cela Car lorqu’on n’a rien fait pour ça 11 est bien plus doux d’être père.
MARTIAL et PLACIDE, le poursuivant de nouveau.
On vous aimera,
On vous chérira,
On vous partagera Et votre richesse Et votre tendresse,
Sur nos cœurs sans cesse On vous pressera Et l’on s’écriera Papa ! papa ! papal papa !
A moi, à moi le papa !
TRAPOLIN.
Avec ce jeu-là Papa ! papa ! papa ! papa !
On m’élou liera Finissons cela.
PLACIDE
Encore un baiser, papa !
• TRAPOLIN.
Ah! ça, voyons! voulez- vous bien finir, hein? qu’est-ce que vous demandez?
MARTIAL
Comment! ce que nous demandons 1
Mais nous demandons Monsieur Trapolin, négociant de Lyon, pour le moment à l’Iiôtcl du Plat-d’Étain à Paris...
MARTIAL
Ayant épousé la veuve de Monsieur Vermillon...
PLACIDE
Lequel Vermillon était notre premier père... Le second ce sera vous, généreux homme !
MARTIAL
Pourquoi avez- vous l’air hébété comme ça?
PLACIDE
Le fait est qu’il a l’air passablement abruti.
MARTIAL
Ce Monsieur Trapolin, c'est bien vous?
TRAPOLIN.
Je crois qu’oui... car enfin je ne sais plus trop où j’en suisl Voyons, voyons, mais ça n’est pas possible! vous ne pouvez pas êtie les deux amours d'enfants que j’attends si impatiemment 1
MARTIAL
Excuso, papa futur ! les amours d’enfants c’est bien nous 1 Primo, moi, Martial Vermillon, tambour-major dans le royal Vermandois I
PLACIDE
Deuxièmo... moi Placide Vermillon, employé dans les gabelles et octrois de Paris...
MARTIAL Ct PLACIDE.
Ah!
TRAPOLIN.
Eh bien ! pour une tuile , voilà une ardoise qui me tombe d’un septième! et mon ballon et mon cerf-volani! c’est agréable, voilà dix-sept livres de perdues! sapristi!... mais Aurélie aurait bien dû m’avertir... Je m’aperçois que j’avais mal calculé.
TLACIDE.
Dites donc, papa, ça n’a pas l’air de vous combler de joie de nous avoir près de vous !
MARTIAL
Le fait est que celte réception pourrait difficilement être qualifiée de chaleureuse !
TRAPOLIN.
Dam! vous comprenez! ça n’est pas du tout la même chose î Je complais sur deux mioches en bourrelet, ct il m’arrive deux obélisques... ça change bien la situation, et je renonce à me charger de vous !
PLACIDE
Qu’est-ce qu’il dit! qu’est ce qu’il, dit?
MARTIAL
Renoncer... non d’un petit bonhomme de pain d'épice!
Ne le fâche pas , Martial! (A part.) Il est d’un vif! (A Martial.) Il ne sait plus ce qu’il dit, mais c’est la joie, vois-tu ! (A Trapolin.) Ne plus vous charger de nous, mais vous ne le pouvez papa de mon cœur ! Vous avez écrit à madame Thimonet
IG
que vous deveniez noire père... vous savez bien qu’un honnête homme n’a que sa parole.
TftAPOLIN .
C’est bien pour ça que je la reprends, ma parole!
MARTIAL
Ta, ta, ta, ta... Tout ça c’est des bêtises... moi, on est venu me chercher de votre part à la salle de police... où je me trouvais par hasard...
PLACIDE
Moi, on est venu me chercher à la barrière des Bonshommes où j’étais de service...
PLACIDE et MARTIAL, ensemble.
On nous annonce que nous allons quiLler Paris avec un papa tout neuf...
MARTIAL
Alors, à cette nouvelle, je réponds au sergent qui étai’ en train de me recoller aux arrêts pour le lendemain et jours consécutifs, qu’il peut aller voir chez le capitaine si j’y suis... Insubordination envers son supérieur, c’est-à-dire treale-huit ans de galères à peu près...
PLACIDE
Moi, j’étais en train de visiter une laitière dont les boites au lait exhalaient une étrange odeur d'alcool... A celte nouvelle, je lâche ma visite et laisse passer la laitière et sa marchandise... Infraction aux règlements, c’est-à-dire cinquante sept ans de prison pour le moins.
PLACIDE et MARTIAL, séparément.
Ainsi, vous voyez-bien qu’il faut absolument que vous nous emmeniez avec vous I
TRAPOLIN.
Les bras m’en tombent!... mais qu’est-ce qu’ils me racontent, avec leurs galères, leurs prisons...
MARTIAL
C’est votre faute.
PLACIDE
Parfaitement votre faute !
TRAPOLIN.
Au fait, ils ont peut-être raison, c’est un peu ma faute!... Allons, voyons! Eh! bien, puisqu’il u’y a pas moyen de faire autrement, nous partirons ensemble.
PLACIDE
Ah! mon bon petit papa !... vous êtes vilain, mais vous êtes bien gentil.
MARTIAL
Ça c’est vrai.
TU APOLlîî.
Soyez prêts dans une heure.
MARTIAL
Comment ça une heure! mais à peine aurons-nous le temps de passer chez le colonel.
TRAPOL1N.
Quel colonel ?
PLACIDE
Eh bien, scn colonel.
MARTIAL
Sans doute, mon colonel.
PLACIDE
Il n’a pas l’air bien fort, notre nouveau papa.
TRAPOL1N.
Oh! je comprends... tu veux lui faire tes adieux, j’approuve cette idée respectueuse.
MARTIAL
Comment ça, mes adieux ! ah! ça, dites donc papa, est-ce que vous vous figurez que la patrie va lâcher comme ça un gaillard de cet acabit-là ! mais ii faut que vous m’achetiez un homme.
TRAPOLIN.
Eh bienl en voilà bien d’une autre à présent.
MARTIAL
Oh! ça ne sera pas bien cher.. . Je n'ai p'us que six ans et demi à faire.
PLACIDE
Dites donc, papa...
TRAPOLIN.
Quoi! Est-ce qu’il te faut un homme aussi, à toi?
PLACIDE
Moi! non... non ça n’est pas un homme qu’il me faudra, mais c’est pour plus tard ça ! allez-vous-en d’abord avec Martial, c’est le plus pressé! Et dépêchez-vous un peu, hein... vous ôtes à lambiner...
MARTIAL
Le fait est que, soit dit sans vous fâcher, vous avez l’air d’un fameux clampin, hein, papa!
TRAPOLIN.
Qu’elle drôle d'idée elle a eu là Aurélie! (Attentif.) Eh bien, allons-y chez ce colonel. Ah! sapristi... et le voiturier... comme c’est gai! moi qui ai retenu une voiture à deux places... je me disais; j’en mettrai un sur mes genoux...
MARTIAL
Eh bien ! je suis tout prêt à occuper ce'te place.
PLACIDE
Moi aussi papa !
TRAPOLIN.
Ils sont charmants! onze jours de coucou avec deux bonshommes comme ça sur les jambes, c’est ça qui serait commode! (Allant à la fenêtre.) lié ! conducteur. .. un coucou à trois places, n’est-ce pas?... C’est entendu... bien! ...
PLACIDE
Mais dépêchez-vous donc un peu, papa !
. TRAPOLIN.
En voilà un petit qui m’agace... Dis donc, sera-t-il raisonnable au moins ce colonel?
MARTIAL
C’est probable, voyez-vous , parce qu’au fond il sera nchanté de se débarrasser de moi !
TRAPOLIN. . .
Est-ce que lu serais un mauvais sujet par hasard? ah ! c’est ça qui serait gentil de ta part! (Us sortent par le fond.)
- MARTIAL, en sortant.
Au revoir, Placide, à tout-à-l’heure!