COMMENT PRENDRE SOIN DE LA FAMILLE
COMME le jeune couple sortait de l'église, après la cérémonie nuptiale, un vieil ami de la famille s'empressa de dire au nouveau marié, tout rayonnant: «Prends bien soin de ta femme )) !
— «Mais ne prendra- t-elle pas soin de moi, elle aussi?» répliqua timidement ce dernier.
Ne riez pas! Le nouveau marié avait raison. En effet, vous devez vos bons soins à votre mari, comme d'ailleurs à tout autre membre de la famille, chère petite femme.
«Je n'avais jamais compris les sentiments intimes d'un père, jusqu'au moment où les enfants vinrent en courant à ma rencontre, le soir où je retournai de faire la classe, après la mort de mon mari», disait une veuve, mère de quatre enfants, dont le plus jeune avait six mois.
«Oui, je redevins institutrice. J'enseignais avant de me marier.
«Sans doute que je continuerai à nourrir mon bébé. Toutes les quatre heures, comme vous savez.
«Je le répète, jamais je n'avais compris les sentiments intimes d'un père, jusqu'à ce jour où les enfants vinrent en courant à ma rencontre ! »
Mentalité du père
N'oubliez pas quelle peut être la mentalité du chef de famille. C'est le père, en effet, qui supporte la chaleur et le poids du jour. C'est lui qui assume les lourdes responsabilités de la vie domestique. Il arrive à la maison fatigué. Son désir est de vous plaire le plus possible. De votre côté, vous ne devez rien négliger pour lui être agréable en tout. Rien de plus important ni de plus agréable que de le bien accueillir, de lui procurer un maximum de bien-être, de le maintenir dans un heureux état de santé et d'esprit. Et l'un des moyens les plus sûrs de lui faire entendre qu'il est le bienvenu, c'est d'être vous-même dans un état soigné et de faire en sorte que la maison soit en bon ordre. Un intérieur propre, bien tenu, avec un bon feu pétillant et quelques décors agréables, ne fût-ce qu'un petit miroir bien en place ou quelques fleurs dans un vase attrayant, ne fût-ce encore qu'une simple théière bien luisante: en voilà assez pour que le mari ressente que sa présence fait plaisir. Oubliez les épreuves du passé! Peu importe ce qui arrive, si vous conservez votre égalité d'âme!
Qui vient prendre le thé?
«Qui vient prendre le thé?» demanda un jeune marié à sa femme qui venait de passer sa robe neuve, et de mettre sur la table une des plus belles nappes du trousseau.
«Toi», répondit promptement la nouvelle mariée.
Elle avait négligé, depuis quelque temps, de s'occuper de ces petits détails. Toutefois, une bonne amie venait de lui rendre visite, ce jour-là, et cette confidente avait trouvé la jeune femme par trop négligée dans sa tenue. De plus, la visiteuse n'avait pas manqué de dire à la ménagère novice qu'elle «allait s'attirer des désagréments )) . En personne sage, la jeune femme avait profité du conseil si gracieusement donné.
«Tiens,. . . je croyais que tu aurais de la compagnie», dit-il.
«Assurément que j'en aurai. N'es-tu pas ma meilleure compagnie?)) repartit-elle.
Distrayez le Papa des soucis qui l'assaillent. Oubliez vous-même, et aidez-lui à oublier les mécomptes et les désagréments de chaque jour. Ne craignez pas de donner un coup de main aux autres. Pendez son habit. Cela ne vous fera aucun mal, à moins que l'habit ne soit trop pesant! D'autre part, cependant, ne manquez, pas d'habituer votre mari à vous rendre de petits services. Surtout, n'allez jamais refuser lorsqu'il s'offre à vous prêter main-forte! Au contraire, sachez encourager de telles prévenances.
Ses pieds sont-ils mouillés? Donnez-lui des bas secs et des pantoufles. Voyez-vous, c'est lui qui est le Chef de la Famille; c'est lui qui vous sert de rempart.
Les pieds
«Combien de fois devrai-je vous répéter qu'un marcheur n'a pas plus d'endurance que ses pieds — ses pieds — ses pieds ? », fait dire Kipling à son vieux sergent. Dans le soin que vous prenez de la famille, commencez par les pieds. Vous savez quoi faire. Cependant, ne vous chargez pas vous-même de cette besogne; surveillez-la seulement. Montrez à votre entourage comment on prend soin de ses pieds. Dès que vos enfants sont assez vieux, n'oubliez pas de leur inculquer de justes notions à cet égard. Il faut que les pieds soient tenus propres, confortables, bien chaussés. Avez-vous un endroit spécial où chacun peut aller nettoyer et cirer ses chaussures? Tant mieux, si vous avez su affecter quelque coin à cet usage. Qui tricote et ravaude les bas? Les matelots de la flotte anglaise savent tricoter, rapiécer et raccommoder aussi bien que qui que ce soit. Sur la ferme, ou n'importe où, rien n'est plus utile pour les jeunes gens et les jeunes filles, que de savoir manier l'aiguille.
Justice égale pour tous
Que tous ceux qui vous entourent, aient justice égale. Voyez que vos jeunes filles rendent service à leurs frères, et que ceux-ci en fassent autant à l'égard de leurs sœurs. Ce qui importe encore davantage, voyez que tous ensemble, garçons et filles, vous donnent un coup
de main. Dès Page de quatre ans, ies enfants commencent à vouloir aider maman et aider papa. Laissez-les faire. Laissez-les vous aider et prendre l'habitude de vous être secourables durant toute leur vie. Ne les découragez pas. Durant les cinq premières années, il se peut que l'aide fournie ne soit pas des plus appréciables, mais songez donc aux soixante-cinq ans qui suivent! «Aux âmes bien nées, la valeur n'attend pas le nombre des années», a dit le poète! Laissez donc toujours chaque membre de la famille chercher à plaire et à aider à son voisin.
Les vieux parents
Peut-être le cercle de famille comprend-il une personne âgée, quelque vieux parent. Ceux de la génération passée commencent toutefois à se faire rares. Quel bienfait pourtant, pour les enfants, que la présence au foyer d'un grandpère ou d'une grand'mère! Les vieillards ont besoin de plus de chaleur, de plus de tranquillité, de plus de considération que les personnes d'un autre âge. Encore faut-il ne pas oublier que leur nourriture doit être simple, saine et facilement disgestible. Le matin, leur repos doit être plus long que le nôtre. Jean peut facilement monter le déjeuner à la chambre de grand'mère, et combler celle-ci de mille autres attentions. Le soir, environ une demi-heure avant qu'il aille se coucher, Mariette n'oubliera pas de mettre une brique chaude, bien enveloppée,
dans le lit de grand-père. Tous et toutes doivent se montrer particulièrement courtois envers ceux qui ont vieilli. Ils n'aiment pas autant que nous le changement. Un jour viendra, cependant, où Jean appartiendra lui aussi à l'ancienne génération. Toujours il y a trois générations en vue, et nous devons nous efforcer de demeurer en contact intime les uns avec les autres.
Pas d'ostracisme pour les enfants
Ne bannissez pas trop les enfants. Ne soyez pas de celles qui disent: «On peut voir les enfants, mais non les entendre». Laissez-les donc parler, s'ils ont quelque chose à dire. Les petits enfants disent souvent des choses agréables, en même temps que profondément vraies. Vos enfants sont assurément bien doués. Ne pouvez-vous pas découvrir vous-même les dons que la Providence leur a si généreusement prodigués? Amenez-les avec vous quand vous sortez; laissez-les s'occuper à leur guise de ce qui leur plaît; ne les rendez ni stupides ni gâtés.
Pour ce qui est du bébé, chacun, cela va sans dire, se fait un agréable devoir d'aider la maman. Dans chaque famille, on devrait considérer comme un privilège, le fait de se rendre mutuellement service.
Les repas
Une bonne nourriture exerce une influence considérable sur la santé. Les repas doivent
être réguliers, suffisamment complets, nourrissants, variés, bien apprêtés et pris lentement. Rien de plus difficile à changer que nos habitudes de manger. Aussi bien, surveillez-vous dès le début. Mangez lentement. Aussitôt que leur dentition commence, enseignez aux enfants à se servir de leurs dents pour mastiquer convenablement leur nourriture. Tenez bien propres les dents de vos enfants, jusqu'au jour où ils pourront eux-mêmes se servir d'une brosse à dents et faire la toilette de leur bouche. Quant à la régularité dans les repas, chaque membre de la famille doit se mettre à table quand la cloche sonne. Il ne faut pas faire attendre la maman. Elle a vu que tout soit bien chaud. Le papa dira les grâces, ou encore ce sera l'un des jeunes. Inculquez la politesse à vos enfants. Rien de plus admirable que de posséder de belles manières, encore que celles-ci sont par elles-mêmes précieuses pour celui qui les pratique, et qu'elles constituent, pour le caractère, la conduite et le succès, une aide on ne peut plus appréciable. C'est par la bonne tenue, les bonnes manières et le bon langage, que l'on a chance de voir croître son salaire.
La plupart d'entre nous, Canadiens, avons hâte de nous mettre à table. Nous savons toutefois qu'il faut rester sur notre appétit. Qu'on n'aille donc pas continuer de manger jusqu'à ce qu'on ne puisse prendre une bouchée de plus ! Si vous vous sentez complètement rassasié,
c'est un signe évident que vous avez trop mangé. N'allez pas entreprendre un travail ardu, juste après les repas. Aidez à la maman à débarrasser la table et à laver la vaisselle. Si ce n'est pas votre tour à donner un coup de main, vous pouvez alors lire durant quelques minutes.
Le sommeil
Et il y a le sommeil dont il faut tenir compte. Le bébé dormira vingt-deux heures sur vingtquatre, puis dix-huit ou vingt, jusqu'à ce qu'il ait atteint environ un an. Le papa doit avoir un minimum de huit ou neuf heures de sommeil — disons, de 10 heures du soir à 7 heures du matin; ou de 8 heures du soir à 5 heures du matin, si l'on est cultivateur. Il faut au moins que la maman dorme neuf heures, tout comme son mari, bien que dix heures soient mieux encore. Peut-être la maîtresse de maison pourrat-elle s'arranger de manière à dormir une heure, l'après-midi. Les petits enfants requièrent quatorze ou quinze heures de sommeil. Jusqu'à l'âge de huit ou dix ans, ils doivent dormir douze heures ou plus, de même que faire un bon somme dans le cours de l'après-midi. On ne devrait guère envoyer les enfants à l'école avant huit ans révolus. A l'âge de douze ans, fillettes et garçonnets ont assez de onze heures de sommeil; toutefois, ils ne doivent pas veiller comme papa et maman avant d'avoir atteint environ dix-huit ans. Les leçons qu'on ne peut
apprendre avant de se coucher (en supposant, cela va sans dire, que l'écolier étudie durant tout le temps dont il dispose), peuvent aller au lendemain.
Les enfants qui dorment longtemps et qui dorment bien ont ordinairement les nerfs solides et une bonne santé. Plus tard, quand ils grandiront, ils posséderont des réserves d'énergie et pourront supporter comme il convient les fardeaux de la vie.
Les vêtements
La question du vêtement n'est pas sans avoir d'intimes relations avec celle de la santé. Si les pieds sont tenus bien chaudement, et si vous portez un sous-vêtement de laine (les combinaisons sont fort commodes) sur la peau, vous avez à peu près l'essentiel, et, pour le reste, vous pouvez vous habiller à votre guise. Le castor porte sa fourrure douze mois par année, et il ne prend jamais de froid. Sans doute que durant l'été il passe une bonne partie de son temps sous l'eau. Si vous avez trop chaud, vous pouvez changer vos flanelles d'hiver pour d'autres plus légères, vers le 24 mai. N'oubliez pas, toutefois, que des sous-vêtements en laine douce et moelleuse sont ce qu'il y a de mieux, si vous tenez réellement à éviter les comptes du médecin. On doit changer de sous-vêtements une fois par semaine. Si le thermomètre s'élève jusqu'à 90° Fahrenheit, vous pouvez porter du coton sur
la peau durant ces quelques jours d'extrême chaleur. Quand vient l'hiver, cependant, n'allez pas suivre certaines modes insensées, et surtout ne permettez pas que vos enfants se promènent nu-jambes. Les fillettes, autant que les garçonnets, ont besoin de vêtements chauds. La santé d'une jeune fille peut être ruinée à tout jamais, par suite d'insuffisance dans le vêtement.
Ventilation
Chaque jour vous devez laisser l'air frais envahir votre maison, pénétrer dans chaque pièce et dans chaque coin. Ne vous asseyez pas dans une pièce renfermée et mal ventilée. Chaque maman devrait être capable d'ouvrir n'importe quelle croisée de la maison, en ne faisant usage que de deux doigts. Les fenêtres des chambres à coucher devraient être ouvertes durant les heures de sommeil — grandes ouvertes durant l'été, et un tout petit peu durant la saison froide. Quand la température est très rigoureuse, on constate toujours un courant d'air frais, tout près d'une fenêtre. Toutefois, cet air ne vient généralement pas de l'extérieur et en conséquence ce n'est pas de l'air frais.
Habitudes
Des habitudes régulières sont essentielles, si l'on veut jouir d'une bonne santé. Le lever et le coucher doivent avoir lieu à des heures régulières. La literie ne doit pas être trop pesante. Assurez- vous que chaque membre de la
famille a une heure fixe pour aller au cabinet d'aisances, et que personne ne néglige ce soin important. C'est le meilleur moyen de prévenir la constipation. La santé dépend presque toujours du degré d'attention que l'on accorde à ces habitudes qui doivent être régulières.
Bains et dents
Chacun doit se baigner tous les jours. Si toutefois vous ne pouvez présentement atteindre cet idéal dans le milieu où vous êtes, faites du mieux que vous pourrez et ne négligez rien pour en arriver au bain journalier. Avec une chambre de bains, cependant, (chambre que l'on trouvera avant peu, nous l'espérons, dans chaque demeure canadienne), vous pouvez faire en sorte que chacun prenne son bain tous les jours. Allouez à chacun une heure fixe pour se baigner. Avec une chambre de bains, le problème de monter l'eau au deuxième est réduit à sa plus simple expression. Si possible, ayez au premier une couple d'endroits où l'on puisse se laver la figure et les mains, et où chacun soit libre de se laver les dents au moins deux fois par jour. Surveillez bien les dents des enfants, qu'il s'agisse de la première ou de la seconde dentition. Des dents propres ne carient pas.
Toute personne adulte a besoin de trois tasses d'eau par jour. Le meilleur temps pour boire, c'est avant déjeuner, dans le cours de l'avantmidi et vers le milieu de l'après-midi. C'est là ce qu'ont peut appeler votre bain interne. Si
une seule tasse sert pour tout le monde, insistez pour que chacun lave parfaitement cette tasse avant et après usage.
Poids et taille
Tous les mois, si possible, ou, au moins, deux fois par année, notez dans votre Agenda ou Journal, ou encore sur le dos d'un calendrier,* la taille et le poids de chacun de vos enfants. Vous vous rendrez ainsi compte du degré de leur croissance.
Conseils de bonne hygiène
Encore est-il non moins important de connaître le poids des autres membres de la famille. Quand le poids est normal, c'est un signe de bonne santé. Tout le monde devrait se bien porter, et, pour chaque indisposition, il y a une cause. Prenez le mal de tête, par exemple. La cause la plus commune de la céphalalgie provient de la fatigue des yeux. Conséquemment, ayez recours à un oculiste. N'allez pas vous fier à un bijoutier, ni à un colporteur, ni à un marchand général, mais consultez plutôt un médecin qui est en même temps spécialiste des organes visuels. Rien n'est aussi précieux que la vue. Si vos yeux sont en mauvais état, rendez-vous auprès d'un spécialiste ou d'un bon oculiste. Ne négligez pas un œil qui louche, un œil de travers, comme on dit, surtout s'il s'agit d'un enfant. Voyez immédiatement un oculiste, dès que vous vous apercevez de la lou-
chérie ou strabisme. Autrement, il sera trop tard.
Ne négligez pas, non plus, une oreille qui coule, ou des maux de gorge récurrents. Assurezvous également si vos enfants ne respirent que la bouche ouverte, sans se servir de leur appareil nasal. Consultez votre médecin de famille. La santé est d'une importance capitale. Tenez- vous toujours bien droite, soit que vous marchiez, soit que vous soyez assise. Faites attention à l'affaissement des épaules, n'ayez pas le dos rond.
Les exercices en plein air sont nécessaires à la santé. Les enfants ont besoin de jouer. Le jeu constitue une partie de leur patrimoine. S'ils sont bons, les enfants de votre voisin devront toujours être les bienvenus pour partager les jeux de vos propres enfants. Mettez les jeunes en branle. Il faut que les enfants jouent. Voyez donc, s'il vous plaît, à leur montrer comment ils peuvent s'amuser.
Il faut s'égayer
Chaque maman doit faire une marche tous les jours. Et la courte promenade qu'elle préférera sans doute, ce sera, si elle le peut, de se rendre jusqu'au champ ou jusqu'au sentier; ou encore de descendre la rue pour aller au devant de son mari, et revenir avec lui. Le Papa se fera une joie de construire un banc bien confortable, juste en dessous du vieux hêtre ou du gros érable, que l'on trouve sur la ferme, à environ un quart de mille de la maison. C'est sous
cette protection de verdure que la maman aimera venir se reposer, durant les jours d'été.
Mais ce n'est pas tout. Il faut que, de temps à autre, le Papa et la Maman prennent la clef des champs, comme on dit. Aussi bien, ayez donc toujours quelque petit congé en vue, lors même que ce serait un an d'avance. Où se font les pique-niques dans votre région? Invitez vos voisins, et rendez-vous tous ensemble à ces belles fêtes champêtres. Les cultivateurs savent comment organiser des réunions de ce genre, et les citadins n'aiment rien tant qu'un pique-nique à la campagne.
Amusez-vous. Changez le cours de vos idées. Lisez quelque bon livre. Prenez un repos bien mérité. Rien de plus déprimant que de toujours travailler sans jamais une minute de repos. Qu'est-ce qui vous plaît davantage? La musique? Le théâtre? Les voyages? Les amusements sportifs? Epargnez, et satisfaites votre goût.
Mais il n'y a pas que votre corps que vous devez tenir en alerte. Vous avez, à l'égard de vos facultés intellectuelles, des devoirs aussi sacrés que salutaires. Ne permettez donc pas que votre esprit décline et, par-dessus tout, ne vous faites pas l'assassin de vos propres énergies mentales!
C'est pourquoi — pour la santé du corps et de l'esprit — nous devons tous ensemble nous écrier: Vivent les vacances!
HËLEN MacMURCHY.