‹ Les petits oiseaux; comédie en trois actes. Par MM. Eugène Labiche et Delacour [pseud.] With English notesChapitre 20 sur 52 · SCÈNE VL · texte numérisé non relu

SCÈNE VL

Blandinet, puis Léonce.

Blandinet (seid). Je n'ai pas de chance aujourd'hui . . . ceci n'est rien ... eh bien ! ça me taquine ... il faudrait donc renoncer à croire aux bottiers. ..je ne crois déjà plus aux re»;taurateurs . • . (// se débarrasse des chaussures, qu'il place sur la chaise à gauche.) Et ma femme qui ne revient pas . . . (Regardant à sa montre et soupçonneux.) Deux heures de bain, c'est bien extraordinaire ... il faut avouer que je suis d'une bonne pâte ... Je laisse Henriette aller, venir, sortir, rentrer . . . une femme plus jeune que moi . . . beaucoup plus jeune ... et jolie ! ... et coquette . .. jd le suppose . . . car je ne m'en suis jamais aperçu . . . mais feile achète des diamants, des dentelles . . . pour plaire à qui ? Allons voilà que je soupçonne ma femme à présent ! c'est cet animal de Frt.nçois qui me fourre ses idées dans la tête 1

Léonce (entrant par le fond). Je viens de chez l'agent de change . . . voici le montant des vingt-cinq Lyon. (Il lui remet tn portefeuille.)

Bland^et. Merci ! (/? met le portefeuille dans la poche de son habit, qu'il boutonne par un mouvement dé réflexion.) Mon ami, j'ai à te parler. Léonce. Moi aussi, mon père.

Blandinet {fdlant chercher une bottine et revenant près desonfds). Laisse-moi commencer ... Léonce, tu ne sais pas une chose . . . Ton bottier te vole ... et le mien aussi . . . ces messieurs nous donnent de la vache . . . LÉONCE (indifférent). Vraiment!

Blandinet. J'en suis sûr ... tu acceptes tout de confiance . . . c'est une faute . . . avec ces gens-là, il faut se défier . . . c'est comme a^ ce les restaurateurs . . . Sans cela ils te comptent des crevettes . . . comprends-tu ! on ne mange pas de crevettes ... et il vous font payer trois francs de crevettes !

LÉONCE. Quelle histoire me faites-vous là !

Blandinet. Je te préviens ... tu es jeune ... tu peux encore prendre l'iiabiiude de te méfier . . . tandis que moi • . . Voyons, a toi . . . qu'est-ce que tu as à me dire ? (/.' lui donne la bottine et va s'asseoir près de la table.)

LÉONCE {alkmt poser la bottine sur la chaise et revenant Rasseoir de l'autre côté de la table). Il s'agit d'un projet dont j'ai déjà parlé à ma mère.

Blandinet. Ta mère ! {A part, regardant sa montre.) Deux heures et demie de bain ! . . . c'est bien étrange !

LÉONCE. J'aime Mademoiselle Aubertin !

Blandinet. Laure . . . elle est charmante . . . elle nourrit des petits oiseaux.

LÉONCE. Mon rêve serait de l'épouser.

Blandinet. Dame ! mon ami, si c'est ton goût . .

LÉONCE. Hier, j'en ai touché-' deux mots à son père . , . et il m'a dit que je pouvais espérer . . .

Blandinet. Comment ! son père . . . c'est impossible I

LÉONCE. Quoi donc?

Blandinet. Dans sa position.

Léonce. Mais il me semble que a position de Monsieur A.ubertm ...

Blandinet. Lui ! il est ruiné . . {Il se lève.)

Léonce {se levant). Comment!

Blandinet. J'en sais quelque chose . . .je dois lui prèter cinquan^/e mille franc-s demain matin.

LÉONCb. Ce n'est peut-être qu'un embarras monsen^ tané.

Blandinet. Certainement ... je ne soupçonne pas Aubertin . . . c'est un ami . . . mais tu as une belle doî ... et des espérances ! ... et on pourrait croire . . . François ne manquei-ait pas de croire... que Monsieiu" Aubertin spécule eur ton amour pour sa fille.

LÉONCE {indigne). Oh ! mon père ! . . .

Blandinet. Ce n'est pas moi . . . c'est François qui parle ... la petite est jolie et il s'en sert comme d'une amorce . . .

LÉONCE. Est-ce bien vous? si bon ! si bienveillant?

Blandinet. Mon ami ... je connais les hommes . . . depuis hier soir . . .

LÉONCE. Pouvez-vous parler ainsi d'un vieil ami ?

Blandinet. Ce n'est pas moi . . . c'est François . . .

LÉONCE. En vérité mon père, vous m'affligez . . .

Blandinet. Mais que veux-tu que je te dise ? . . . c*e«t François . . .

LÉONCE. Prêter de pareils sentiments à une famille que depuis mon enfance vous m'avez appris à aimer et à respecter. . .

Blandinet. Mais encore une fois . . .

LÉONCE (en sortant par la gauche, 'premier plan). Ah ! tenez je ne vous reconnais plus . . .

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