SCENE XUL Les MâsiEs, Aubertin, Léonce
AuBERTiN {entrant avec Laure et voyant Blandinet dam les bras de son frère). Voyons ! ne te désole pas ! tout peut se réparer!
LÉONCE et Henriette. M. Aubertin !
Aubertin {tirant un papier de sa poche, à Blandinet). Tiens ! signe-moi ça !
Blandinet. Quoi ?
Aubertin. Un acte d'association *
Blani)INet. Encore! {Lui sautant au cou,) Âh! Gusta\ e ! {A part, pleurant et s'esmyant les yeux at€t les actes (ï association.) Et j'ai dit qu'il ne reviendrait pas! Ah ! il faut croire aux amis !
AcBERTiN. Maintenant, voici Laure qui attend que tu Teuilles bien demander sa main . . .
Blandinet. Oh ! ça ne se peut plus ! Léonce n'a pas de dot . . .
AuBERTiN. Pardon, il en a une ... il a pour dot les cinquante mille francs que tu voulais me prêter . . .
Blandinet {vivement). Ne parlons pas de ça!
AuBERTiN. Parlons-en au contraire ! je les lui constitue comme apport !
Blandinet {à part). Mon Dieu ! que les hommes sont bons !
Laure. D'ailleurs, je me trouve assez riche pour deua ... et s'il le faut, je me priverai . . .
Blandinet. Te priver ! pauvre petite ! {A part.) Mon Dieu ! que les femmes sont bonnes !
AuBERTLN. Et puis tout n'est peut-être pas désespéré, M. Tumeps, ton banquier, vient d'être an'êté à la frontière de Belgique . . .
LÉONCE. M. Tumeps . . .
Blandinet. Tu sais ... les trois cent mille francs ? . . .
LÉONCE. Mais ils ne sont plus chez lui . . . muni de votre procuration, je les ai retirés avant-hier ... ils sont à la Banque !
Tous. Ah !
Blandinet. Est-il possible! je suis ... je suis riche! Mizabran ! je vous rendrai vos deux termes!
MizABRAN. Ça ne presse pas . . . demain.
Blandinet {à Joseph). Joseph ! je double vos gages ! (A sa femme.) Tu auras des diamantâ ! {A Léonce^ Un cabriolet !
AuBERTiN. Eh bien ! tu es content !
Blandinet. Oh ! oui ! {Le regardant.) Cestr à-dire, non!
Tous. Pourquoi donc ?
Blandinet. Ah 1 pourquoi ! parce que j'ai fait une chose . . . que je ne vous dirai jamais ! Ah ! Gustave 1 mon vie'/x Gustave, je suis un gueux! ... un misérable ! j'ai
douté de l'amitié, de ma femme, de mon bottier ... or ange!
MiZABiîAN (se rapprochant). Oh ! monsieur . . .
Bl AND INET. Pas VOUS . . . ma femme ! de Monsieur Brébant.
François. A propos ! j'ai mangé des crevettes, je m'en souviens !
Blandinet. Là ! c'est bien fait ! enfin, j'étais devenu méchant, soupçonneux. (A Z^aure.) Je ne croyais plus à nos petits oiseaux !
Laure. Oh ! comme vous deviez être malheureux !
Blandinet. Oh ! oui ! mais je suis corrigé maintenant . . . Aussi qu'on vienne me demander un service ! qu'on vienne m'empninter de l'argent ... et on verra !
François (bas et vivement). Chut ! Tiburce i
Blandinet. C'est bien pour lui que je dis ça, ce brave garçon ! voyez-vous, mes enfants, j'ai bien réfléchi, je connais le monde à présent . . . depuis cinq minutes ! Eh bien ! en supposant qu'il y ait quelques hommes qui ne soient pas complètement parfaits . . . c'est une supposition ! pour être heureux, il faut savoir faire deux choses . . .
François. Ouvrir les yeux et fermer les serrures . . .
Blandikst. Non ! . . . fermer les yeux ... et ouvrix les maios.