SCÈNE V
François, TIBuRCk, puis Léonce
François. Ici! approche! garnement! bohème!...Tu as donc du crédit sur la place! Tu trouves donc des imbéciles qui acceptent ta signature ? .
Tisurce. Dame, papa !
François. Tu te seras adressé à des usuriers.
Tisurce. Oh! non!... j'avais absolument besoin de deux mille francs !
François. Pour quoi faire? pour manger des dindes truffées ?
Tisurce. Je ne crois pas...
François (s'asseyant près de la tuble). Parle... après, je te jugerai !
Tisurce. On m'indiqua un marchand de meubles . .. un brave et digne homme ...qui m'offrit de me prêter cette somme ... sans intérêt.
FRaNÇois (étonné). Ah! c’est bien!
Tisurce. Attendez... il n’y mit qu’une condition. . c’est que je lui achèterais trois commodes .. . qui le gênaient dans son magasin ...
François. Il n’y a rien à dire .. . c'est du commerce ...
Tisurce. Ce brave homme me fit souscrire une lettre de change de quatre mille francs !
François. Tu m'as dit de deux mille...
Tisurce. Oui... mais les commodes .. ,
François. Deux mille francs !... trois commodes !...
Tisuncs. Les commodes sont très chères à Paris. . . quand on n'en a pas besoin.
FRANÇOIS. Après ?
Tisurcr. L'échéance arriva . .. je ne payai pas...
François. Il fallait m'écrire !
Tisurce. C'est ce que je fis . . . Vous me répundites : “Je la connais, celle-là . . . à toi de tout cœur?”
FRanÇois (après un mouvement ile regret et d'une voix mal assurée). Après?
Tisurcr. Le marchand de meubles devenait intraitable . .. lorsque je fis la connaissance d’un marchand de châles... un homme très ronû ...il me compta tout de suite mes quatre mille francs #ins intérêt ..,
Frances, Aïe!
Tircre. Seulement il me fit comprendre qu'il serait bien aise de me vendre un cachemire de l'Inde! Je n’en avais pas -.. j'y consentis . . . je lui souscrivis une lettre de change de huit mille francs.
François. Malheureux ! quatre mille francs de cachemire !
Tisurce Il y en a à tout prix! celui-là est superbe !
François. Tu me le donneras . .. nous verrons quand tu te marieras, à le placer dans ta corbeille .. .
Tipurce. C’est trop juste! (Posant un papier sur la table.) Le voilà !
François (le prenant). Qu'est-ce que c'est que ça? une reconnaissance du mont-de-piété! (WMarchant sur lui avec menace.) Misérable! Ah! tu mets au mont-de-piété!
Tisurce (résoläment). Oui, mon père, les jours où j'ai faim !
François. Quoi? faim !...et tes leçons? tes répétitions
Tisurce. Je vous ai trompé . . . je n’en ai pas!
François. Alors, de quoi as-tu vécu depuis deux ans?
Tisurce. Ah! ça, je n’en sais rien... mais il y à des jours où je me suis couché sans avoir. .. je buvais ma carafe...
François. Comment! Ah! mon Dieu!... (1 part, très ému.) Mon pauvre enfant! mon petit Tiburce ! su carafe !.., (Le regardant.) Comme il est maigre! (/aut.) Tiburce!
Tinurce, Papa?
FRANÇOIS (lui ouvrant ses bras). Vins donc!
TiBuRCE (l'embrussant). Oh! (Léonce entre.)
Léoxce. Tiens!
FRANÇOIS (pleurart). C’est bien mal de ne pas m'avoir écrit... Léonce!...
Léoxce. Mon oncle?
François. Pourrait-on se procurer tout de suite trois ou quatre biftecks et une bouteille de bordeaux ?
Léonce. Très facilement . . , si vous voulez passer dans la salle à manger . .. Joseph va vous servir...
François. Ce n’est pas pour moi... je n'ai pas faim.
Tisurce (ému). Ch ! moi non plus!
François. C’est possible . . . mais je veux que tu manges! je veux que tu te refusses !
Tisurce. Pour veus obéir! ...
François. Donne moi le bras...je veux te regarder manger ... Pauvre enfant! (Lui tâtant le bras et à part.) Comme tout cela est maigre, mon Dieu ! que tout cela est maigre! ... (/{ le regarde, l'embrasse, puis le prenant pur-dessous le bras.) Viens! (JL sort avec T'iburce par la gauche.)