SCÈNE TROISIÈME
de vous, c'est à vous que j'ai donné mes premiers sourires, c'est par vous que j'ai compris les premières caresses... ma mère est morte si jeune, et mon père, qui la chérissait, n'a pu lui survivre... C'est triste, n'est-ce pas?
MADAiME DEL M AS, lui donnant un baiser.
/ Pauvre petite, orpheline presque en naissant.
CLARICE
Mais, Dieu vous a gardée, mère, pour me protéger, m'aimer, me donner le bonheur, el, pour que ce bonheur soit complet, il faut que vous viviez cent ans...
MADAME DELMAS, riant.
/ Cent ans !
A dater de ce jour; le passé ne compte pas.
MADAME DELMAS
w Mais, petite folle, si je vivais encore cent ans...
CLARICE
Eh bien! vous me verriez grand'mère, à mon tour, et vous seriez... Ah! ce serait gentil tout à fait.
MADAME DELMAS
£ Allons, tu déraisonnes.
CLARICE
Pas du tout, le ciel vous doit bien cela. Vous êtes si bonne, si aimante, si tendre... Ah! que grand-papa devait être heureux avec vous, et vous heureuse de l'avoir choisi !...
MADAME DELMAS
/ Choisi n'est pas le mot; une demoiselle ne choisit pas, 'elle épouse le mari que sa famille lui donne.
CLARICE, avec Cnesse.
Généralement, peut-être; mais je parle de vous.
MADAME DELMAS
y Moi, comme toutes les jeunes personnes bien élevées : •mon devoir était d'obéir...
CLARICE
Ahl... vous vous êtes fltiariée par obéissance?,.,
MADAME DELMAS, se levant.
CLARICE
MADAME DELMAS
^Absolument *.
Absolument?
/Absolument.
CLARICE, à part.
Il paraît que le mensonge n'est défendu qu'aux petites filles ; les grands parents ne s'en font pas faute.
MADAME DELMAS
f A propos de quoi me fais-tu toutes ces questions?
CLARICE
A propos de la résolution, par moi, bien arrêtée, de vous imiter en tout, et lors qu'on me présentera un mari.,.
MADAME DELMAS
/ Oh ! nous n'en sommes pas là!
CLARICE
Mais nous y viendrons!... et vous le savez, madame, tout ce qu'il y a sous ce beau cylindre de cristal m'est destiné, c'est vous qui l'avez dit : rubans et bouquet blanc, voile nuptial, fleurs d'oranger... en un mot, la parure traditionnelle, portée par la grand'maman le jour de son heureux mariage, revient de droit à la petite lille. Je l'ai essayée, et cela me va parfaitement.
MADAME DELMAS
0^ Encore une fois, nous n'en sommes pas là.
Encore une fois, madame, nous y viendrons, et alors je dirai : Mon devoir est d'obéir, et j'obéis... à condition, bien entendu, que mon flancé me plaira, que je l'siimerai...
* MADAME DELMAS
f Voyez vous cela!
CLARICE
Et qu'il m'aimera... d'aïPOur.M