‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 10 sur 395 · L TIQUE. .«V · texte numérisé non relu

L TIQUE. .«V

couverte d'arbres résineux et les vastes temples de la reine Cérès, qui étaient environnés d'une nuée immense.

O Musée plein de prudence , tu as déjà appris dans mes vers comment Proserpine , cueillant de tendres fleurs, fut enlevée un jour dans un bois épais; comment Pluton, attelant è son char ses noirs coursiers, ravit la jeune tille d'après la volonté des dieux, et l'emmena de force à travers les flots stériles. Je fus d'avis de ne pas naviguer vers le rivage de l'Ile couvert de maisons splendides où jamais aucun mortel ne put arriver avec un navire; car il n'y a pas de port qui puisse recevoir et abriter les vaisseaux. Mais l'Ile est toute environnée d'une roche immense sous laquelle croissent les dons merveilleux de Cérès. Ancée , le patron de notre noir navire , reconnut la sagesse de mon conseil ; inclinant le gouvernail à gauche , il repoussa aussitôt le navire et le fit rétrograder. Ensuite, de i>eur qu'il ne continuât sa route directement, il le fit tourner vers la droite. Le troisième jour nous parvînmes à la maison de Circé, à la terre de Lycée, et en des lieux de tous côtés environnés par la mer. Dés que nous touchâmes le rivage, inquiets au fond du cœur, nous attachâmes les câbles du navire à des rochers , et Jason envoya du navire ses compagnons chéris pour s'informer quels hommes habitaient cette terre immense et pour connatlre aussi la ville et les mœurs de ces peuples. Comme ils faisaient tranquillement la route , se présenta devant eux la sœur du magnanime Éétc, fille du Soleil, fille de sa mère Astérope et de l'illustre Hypérion , on l'appelle Circé -, elle se dirigea vers le navire. Tous les héros furent fort étonnés en la voyant, car sa tête était couverte de cheveux semblables à des rayons ardens. Son beau visage brillait d'un magnifique éclat; elle jetait autour d'elle toute la splendeur d'une flamme. Quand elle vit Médée couverte d'un voile blanc , car par pudeur elle avait ainsi caché sa face et son cœur était dévoré d'inquiétude , elle eut pitié d'elle et lui parla ainsi :

« Ah ! malheureuse ! quel sort l'a donc réservé Cypris ? car nous n'ignorons pas ce que vous avez fait avant votre arrivée dans notre île; nous n'ignorons pas les crimes que vous avez commis sur notre père, pauvre vieillard, et sur notre frère, que vous avez tué d'une horrible manière. Certes, je ne vous promets pas que vous rentrerez au foyer paternel si vous

ORPHÉE

persévérez tranquillement dans de tel* crimes. Hâtez-vous de vous laver d'une telle ignominie par diverses expiations, ayez recours à l'art d'Orphée dés que vous serez parvenue aux rivages de Maléa. Je vous interdis d'entrer dans notre maison tant que vous serez souillée d'un tel forfait. Je vous enverrai cependant des présens comme à des étrangers , du froment , du vin agréable et des chairs pour votre nourriture. »

Elle parla ainsi et elle reprit son vol vers les cieux. Aussitôt nous vtmes au milieu du navire des vases abondons remplis de nourriture et de boisson. Comme nous préparions notre départ y il s'éleva un vent violent ; nous relâchâmes les cordes , nous traversâmes la mer dans le golfe de Tartése , et nous arrivâmes au colonnes d'Hercule. Nous passâmes la nuit autour du promontoire du roi Denys, car nous avions besoin de prendre de la nourriture. Lorsque la brillante aurore se leva à l'orient , dés le matin, nous sillonnâmes de nos rames agiles les flots de l'océan -, nous parvînmes à la mer des Sardiens cl au golfe des Latins. Nous visitâmes les tles de l'Ausonie et les bords tyrrhéniens. Lorsque nous arrivâmes â la mer retentissante de Lilybée et que nous touchâmes à l'Ile dcTrinacrie, nous aperçûmes les flammes de l'Etna , sous lequel Encelade est écrasé. L'onde terrible bouillonna autour de nous , Charybde résonna dans les profondeurs les plus impénétrables de son abîme, et les flots, s'enflant tumultueusement, rejaillirent jusqu'à nos voiles. Le gouffre tourbillonnant retenait notre navire au même lieu, il ne pouvait ni avancer ni reculer-, il tournait rapidement sur lui-même, attiré et fouetté par l'onde tournoyante du golfe. Le moment approchait où notre vaisseau allait être englouti si la fllle du dieu des mers Eurybie n'eût désiré voir son mari Péléc et ne fût venue doucement du fond de la mer pour sauver d'une perte imminente le navire Argo.

Poursuivant notre course, nous doublâmes non loin de là un rocher élevé : celte roche, brisée à son sommet, s'avance dans la mer en larges cavernes sous lesquelles les flots noirs s'engouffrent en hurlant. C'est là que de jeunes filles, les syrènes , modulent les accens d'une douce voix et charment les hommes par la suavité de leurs chants. Les IWyniens étaient charmés de les entendre ainsi ; ils ne voulaient pas naviguer plus loin et déjà

ils avaient rejeté les rames, et Ancée avait dirigé le navire vers l'écueil le plus élevé lorsque je saisis ma lyre et je leur chantai les chants délicieux que j'avais appris de ma mère. Je touchai fortement les cordes de ma lyre pour en tirer des sons divins : je dis comment Neptune, irrité contre son père Jupiter, frappa la terre de son trident d'or et Ht nattre, à travers l'immense océan des tles maritimes qu'on appela Sardo, Eubéc et Cyprc, battues des vents. Je chantais , et sur leur sommet neigeux les syrènes restaient muettes d'étonnement ; leurs chants avaient cessé. L'une jeta sa flûte, l'autre jeta sa cithare , et elles soupirèrent profondément, car l'heure fatale de leur mort était venue. Du sommet des rochers elles se précipitèrent elles-mêmes dans les ondes mugissantes de l'abîme: leurs beaux corps dont les formes étaient si charmantes furent changés en rochers. Lorsque le rapide Argo eut évité ce péril et ce détroit si fertile en dangers, il sedirigea, les voiles enflées par le vent et les cordes tendues, vers la divine Cercyrc, dans laquelle habitèrent les Phéaciens habites aux lointaines navigations : ils reconnaissaient les lois d'Alcinoûs, le plu> juste des souverains. Nous retirâmes donc les cordes et nous préparâmes des sacrifices à Jupiter toutpuissant et à Apollon dieu du rivage.

Là nous vtmes arriver, naviguant rapidement à force de rames, la flotte d'Eète, composée des Colches, des Erraviens, des Charandiens, des Solymiens; ils venaient à la recherche de Minyas pour ramener Médéc en la présence de son père Eèle cl lui infliger de justes peines pour le crime qu'elle avait commis en tuant son frère. A mesure qu'ils approchaient de l'enceinte du port profane, Médée sentait fléchir ses genoux et la frayeur faisait pâlir ses joues : elle craignait que le roi des Phéaciens , la saisissant malgré elle , ne la fît reconduire dans la maison de son père et qu'il en résultât pour elle des choses inouïes ; mais la parque furieuse ne permit pas ces choses avant que Jason n'eût causé la perte de la maison de Pélias et qu'il n'eût occasionné de grands maux au roi lui-même. Quand Arête, qui a les bras couleur de rose, et Alcinofls, semblable à un dieu , curent appris la volonté de ce roi cruel, ce dernier ordonna aussitôt aux hérauts d'armes d'amener du vaisseau la jeune fille dont il était question et de la livrer à son père pour qu'elle subît de justes peines.

L'ARGONALTIQUE.

Mais Arèle, la reine magnanime, eut pitié de la malheureuse. Adressant à son mari des paroles flatteuses, elle lui parla en ces termes :

« Il n'est pas bien de rompre les mariages, de troubler le lil conjugal et d'éteindre la flamme de l'amour. Vénus s'irrite contre les hommes el les femmes qui commettent de pareilles actions. Mais si cette fille est venue jusqu'ici vierge et n'ayant pas goûté les plaisirs de l'amour, qu'elle rentre dans la maison de son pére eldans les pénales des Colches ; mais si elle a défloré sa virginité, si elle s'est abandonnée aux embrassemens de son époux, que celui-ci la reconduise. »

Elle dit. Alcinotts pesa attentivement la gravité de ces paroles ; il résolut d'accomplir ces choses. Mais Junon ne laissa pas ignorer ce projet à Minyas; ayant revêtu la figure d'un esclave, elle lui rapporta el lui confirma ces intentions. Alors Médée prépara le lit de noces sur la sommité de la poupe ; on l'orna des plus beaux tapis et on étendit la magnifique (oison d'or ; ensuite, ils suspendirent des peaux de bœufs à des piques et ils réalisèrent l'œuvre vénérable du mariage. Et ainsi, Médée la malheureuse jeune fille, Médée vit fanée par l'amour sa fleur virginale. Lorsque les Colches el les Minyens vinrent en présence du roi, Jason accepta la sentence el reçut pour épouse , de la main d'Alcinotis, Médée, qu'il fit de suite embarquer sur son navire. Argo, poussé à force de rames, s'élança en sillonnant. Je te raconterai, o Musée, fils des Dieux , comment ils terminèrent leur

navigation errante , et ce qu'ils eurent encore à souffrir dans la Crète lorsqu'ils aperçurent le Géant. Celui-ci ne permit à aucun navire d'entrer dans le port, et pressés de tous les côtés paf les ondes frémissantes, battus par les noires tempêtes nous avons craint que notre navire rapide ne fûl brisé par les rochers. Péan, qui lance au loin ses traits , du sommet de Délos lança un dard qui se voit encore au milieu des Sporades. C'est de là que les hommes qui habitent à l'entour ont appelé cette île Cranaê. Mais il n'était pas permis même à cet écueil d'être la cause du la perte de Jason , car il portail avec lui le prix de sa sauvegarde. Lorsque nous fûmes arrivés aux cotes de Malas , les Minyens voulurent suivre les conseils de Circé, el persuadués par ses avis, ils voulurent échapper à la colère d'Eéte el de la furie qui punit les crimes -, alors , au nom des Minyens, je fis les sacrifices expiatoires et je suppliai Neptune, qui heurte la terre, de vouloir bien accorder aux héros fatigués un heureux retour dans leur pairie et auprès de leurs parens chéris. Ensuite ils dirigèrent leur navigation vers la ville magnifique de Yolcon; moi je rentrai dans Ténare, battu de vents, pour faire des sacrifices aux rois illustres qui tiennent les barrières de l'enfer souterrain. Parti de là, je dirigeai ma course vers la Thrace neigeuse et dans la région des Libéthres,ma patrie, et je rentrai dans la grotte dans laquelle ma mère me conçut en partageant la couche du magnanime OEagrc.

UN DE I/ARGONAUTiyUE.

HYMNES '

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