‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 215 sur 395 · FIN D'ALGER · texte numérisé non relu

FIN D'ALGER

IBYCUS,

TRADUIT PAR M. ERNEST FALCONNET

VIE D'IBYCl S.

Ibycus étail fils de Polysellc ; il naquit durant la cinquantième olympiade dans la ville de Rhegium en Sicile. Encore enfant il Tut transporté dans l'Ile de Samos, lorsqu'elle était gouvernée par le père de Polycrate et lorsque Crésus régnait encore en Lydie. 1^ Grèce était alors dans toute la gloire de la civilisation ; les philosophes et les poêles illualraient leur patrie : Ibycus suivit leurs leçons , il s'inspira de leurs œuvres cl publia d'abord des épigrammes. D'après Cicéron, elles étaient trop licencieuses : les historiens en ont pris texte pour lui attribuer des mœurs immorales. Suidas et Athénée ajoutent qu'il inventa Vibycinon , instrument de musique guerrière dont les Romains et les Gaulois se servaient dans tes combats : il est encore l'auteur d'une musique religieuse dont l'usage se conserva dans les temples après sa mort. Tous les livres qu'il composa élaient écrits dans le dialecte dorique. Suidas en compte sept. Un poiime où il décrivait en vers harmonieux le double enlèvement de Ganymèdecl de Tithon jouissait entre tous les autres d'une grande renommée. Le temps ne Ta pas épargné : il ne nous reste que des fragmens épars dans quelques auteurs.

Ibycus péril d'une manière étrange. Plularque nous a conservé sa mon, et les poètes en ont fait souvent le sujet de leurs compositions. Schiller l'a reproduite en une admirable ballade. Un jour Ibycus était sorti seul de Samos : plongé dans ses rêveries poétiques , il se trouva tout d'un coup engagé dans une profonde solitude. Des brigands s'élancent sur lui, le dépouillent , le terrassent et se disposent a le tuer pour effacer la trace du crime. En cet instant une nuée de grues Qlail à tire-d'aile au-dessus de la tête du malheureux Ibycus. Il les voit, el cherchant des témoins et des vengeurs , il s'écrie : n Oiseaux prolecteurs de l'innocence et d«» la vertu, soyez les témoins fidèles de ma

mort. » A peine a-t-il dit ces mots qu'il tombe sous le poignard des assassins. Son vœu fut acompli : la Justice au pied boiteux mais sûr lui amena ses vengeurs. Un des assassins entrant dans la ville de Samos, el voyant des grues qui traversaient le ciel , s'écria comme par raillerie : « Voilà les témoins de la mort du poêle Ibycus. » Celte parole les trahit : arrêtés par ordre des magistrats, ils avouèrent leur crime et furent punis. Ausonc par allusion à cet événement merveilleux et plein de poésie a écrit ce vers.

lovais ut periil v index fuil alttvoUni gru».

Nous ne savons rien de plus sur la vie d'Ibycus , et ses fragmens peuvent à peine nous faire comprendre quelle était la nature de son style : ses idées sont douces et suaves, l'expression pleine de charmes, le ver» mélodieux et facile.

IRAGMENS DIBïCUS.

Charmant Euryale , germe précieux , sorli du sein de* Grâces aux beaux yeux d'azur, à la chevelure brillante, Vénus a sans doute pris soin de voire noble enfance, c'est la déesse de la persuasion qui vous éleva elle-même sur des lits de fleurs cl de roses.

Apporte/ à la jeune vierge de ces pemmex délicieux , gâteaux odorans faits avec le miel si doux.

Quand vient le printemps, on voit croître sur les bords sinueux des fleuves l'arbre modeste qui porte le coing, dans les lieux charmans où sont les jardins des vierges, où le pampre précieux des vignes serpente en croissant. Moi que l'amour ne laisse reposer en aucun temps, que Borée tourmenlc de sa foudre éternelle lorsque envoyé par Vénus il sèche cruellement les cœurs des Thraces et le mien , je meurs sans pouvoir être satisfait auprès de la vierge aimable que je désire.

ALCMANE,

TRADUIT PAR M. ERNEST FALCONNET

VIE D'ALCMANE.

Alcmanc, fils de Damanlc, vivait dans la quarante-troisième olympiade du temps de Pillacus. Il naquit à Sardes, capitale de la Lydie, où régnait alors Ardius. Selon Elicn , il avait été esclave d'Agèsis, qui lui donna sa liberté à cause de la douceur et de la beauté de son génie : celte circonstance est commune a beaucoup de poètes et se renouvelle fréquemment dans l'histoire de l'antique esclavage. Héphcstion le fait inventeur d'une mesure de vers appelée alcmaïque de son nom. Il écrivit dans le dialecte dorique. Il était voluptueux et adonné aux plaisirs des feslins. Ses poésies chantaient les ebarmes de l'amour, exprimant ainsi l'étal habituel de son âme. Il aima tendrement une jeune fille nommée Mégaloslrata, nymphe charmante aux cheveux blonds, qui lui récitait les vers inspirés par les Muses. Des six livres de poésies presque toutes éroliques qu'il composa , il ne nous reste que ces fragment.

FRAGMENS D'ALCMAISE.

Dans la salle se voyaient sept lits et sept tables , couvertes de beaux tapis, chargées de lin et de sésame. Sept jeunes filles y étaient |

assises : dés qu'elles nous voient, abandonnant leur ouvrage imparfait, elles s'élancent comme de faibles poules qui cherchent & échapper par la fuite au vautour qui fond sur elles.

Quand l'oiseau du printemps annonce la On des rigueurs de l'hiver, la multitude s'assemble sur le coteau échauffé par le soleil. Là , dans des concerts solennels, le peuple joyeux fait circuler à la ronde la coupe d'or profonde comme celle des pasteurs : cependant l'amour suivant les ordres de Cypris distille goutte a goutte l'amour dans mon sein. Mégaloslrata, nymphe charmante aux blonds cheveux, vient me réciter des vers que lui ont inspirés les Muses bienfaisantes. O Calliope ! fille immortelle do Jupiter, inspirez-moi de même des chants aimables , un hymne qui lui plaise et soit digne d'être chanié par ses jeunes compagnes. O la plus belle des Lydiennes! les Grâces vous reçurent dan) leur sein charmant , quand vous êtes tombée du sein de votre mère. Tendre Gythérée, vous abandonnez toutes les délices de Chypre et de Paphos que les flots environnent : votre aimable Adonis n'est plus! Que faire pour vous consoler? Pleurez, ô jeunes filles de Lydie ! déchirez vos tuniques. Qui rendra à Vénus son Adonis! qui attendrira pour moi Mégaloslrata !

FIN D'AI.CIIMANK.

BACCHYLIDE,

TRADUIT PAU M. ERNEST FALCONNET

VIE DE BACCHYLIDE.

Bacchylidc, selon Slrabon , était neveu de Simonide. Il était né dans la ville d'AIcmènes en Béolic et vivait dans la quatre-vingt-unième olympiade. Plularque, dans son livre de VExil, prétend que ce fut dans le Péloponèsc que Bacchylidc se livra à la composition lyrique. Les auteurs nous apprennent qu'il avait composé des hymnes opopemtiques dans lesquels il racontait les voyages de Bacchus sur la terre. Horace a imité de lui et presque entièrement traduit sa belle ode Pastor cùm traheret per fréta natibus; Bacchylidc lui-même dans cette poésie if avait fait que rendre en grec la prophétie de Cassandre. Ammien Marcellin nous raconte que l'empereur Julien aimait tellement Bacchylide qu'il puisa dans ses vers tout un plan de conduite et qu'il adopta surtout ses principes sur la chasteté. Les interprètes de Pindare nous avouent que les Pythiques de Bacchylide avaient hautement la préférence sur les siennes au jugement d'Hiéron. Mous ne savons rien de plus de la vie de Bacchylide. Il ne nous reste de lui que les fragmens qui suivent.

POÉSIES DE BACCHYLIDE.

Page 1