‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 229 sur 395 · COR Y DO M · texte numérisé non relu

COR Y DO M

On lui a persuadé qu'il pourrait le disputer à Hercule en force et en vigueur.

BATTUS

Ma mère aussi me disait que j'élais un Pollux.

CORYDON

Il a pris sa bêche et emmené vingt brebis.

BATTUS

Je crois que ce Milou persuaderait aux loups de devenir enragés.

CORYDON

Ses génisses semblent le rappeler par leurs mugissemens.

BATTUS

Les malheureuses! elles ont rencontré un bien mauvais berger !

CORYDON

Oui, elles sont malheureuses, elles ne veulent plus paftre.

BATTUS

Celle génisse est bien décharnée! se nourrit-elle de rosée comme la cigale?

CORYDON

Oh! non, par Jupiter : je la conduis lanlol auprès de FOEsurc, et je lui donne de bonnes poignées d'herbe tendre et fraîche; tantôt je la mène dans le bois touffu de Loiymne.

BATTUS

Qu'il est maigre ce taureau au poil roux ! Puissent les cruels Lampriadcs n'en offrir jamais d'autre a Junon !

CORYDON

Cependant j'ai soin de le faire paître à l'entrée du marais, dans les environs du Phisius , et à Néèthe , où abondent les plus belles plantes, le serpolet, la sarriette et l'odoriférante mélisse.

BATTUS

Hélas ! infortuné Égon , les génisses périront tandis que lu cours après une douteuse victoire -, la moisissure souillera cette flûte , ouvrage de les moins.

CORYDON

Sa flûte ! non pas ! j'en jure par les nymphes ! En parlant pour Pise il me l'a donnée , et je sais m'en servir. Je joue fort bien l'air dcGIaucé, celui de Pyrrhus et ceux-ci : — Je célèbre Crolone ; — Zacynlhe est une belle ville ; — Le cap Laciuium , voisin de l'aurore, où l'athlète Egon dévora lui seul quatre-vingts gAlcaux. H y (raina du haut de la montagne, et offrit à Amaryllis un taureau qu'il avait saisi par le pied. Les femmes poussèrent de» cris d'épouvante et le berger se mil à rire.

BATTUS

O trop aimable Amaryllis! jamais je ne l'oublierai. Mes chèvres me sont moins chères que ta mort ne m'a été cruelle. Hélas ! quelle totale destinée m'était réservée!

CORYDON

Du courage, mon cher Battus; le jour de demain sera peut-être meilleur. L'espérance reste aux vivans, les morts seuls n'en ont plus. Jupiter fait succéder le beau temps à l'orage.

BATTUS

Oui sans doute j'espère en l'avenir. Chasse donc tes génisses ; ces misérables broutent les branches de l'olivier. Holà, Léparge!

CORYDON

Hé, Cimétha! vers le coteau!... Ne m'en- (ends-tu pas? par le dieu Pan, si j'y vais!... Encore!... Quels coups tu recevrais si j'avais ma houlette !

BATTUS

Aie !... Regarde, Corydon ; une épine m'a piqué le pied. Que les chardons sont hauts ici ! Maudite génisse, c'est en te poursuivant que j'ai été blessé! Vois-tu l'épine?

CORYDON

Oui; je la liens La voilà.

BATTUS

Que c'est petit ! si peu de chose abattre un

homme!

TIIEOCRITK.

CORYDON

Hattus . ne va jamais nu-pieds sur les montagnes; on n'y trouve que des ronces el des chardons.

BATTUS

Dis-moi , Cor > don. Ion vieux matlre est-il toujours épri* de celle belle nu\ yeux noirs que jadis il aimait tant?

CORYDON

Plus que jamais, le vieux fou. L'autre jour je les surpris dans l'élable se prodiguant de tendres caresses.

BATTIS

Courage vieux paillard ! Défie donc dans leurs amoureux débals, les faunes et les satyres aux jambes grêles.

Ve IDYLLE.

LES CHANTEURS BUCOLIQUES

Combat de deux bergers pour le prix du chant. Il* pagent , l'un ud chevreau, et l'autre un agneau. Morson, prii pour juge, prononce en laveur de Cornai». — Joie du vainqueur.

COMATAS, LACON, MORSON.

COM A TA S

Mes chèvres , fayez Lacon le Sybarite : il m'a dérobé ma toison.

LACON

Quoi î mes brebis , vous ne fuyez pas de celle source? vous ne voyez donc pas Comatas qui in1a volé ma flûte?

COMATAS

Quelle finie, vil esclave? As-lu jamais eu une flûte? N'est-ce pas assez pour toi de souffler avec Corydon dans un pipeau sauvage?

LACON

Celle, excellent jeune homme, que Lycon m'avait donnée. Mais toi , quelle toison t'ai-je dérobée? parle donc, Comatas. Jamais ton maître Eumoras en a-l-il mis une sous lui pour dormir ?

COMATAS

Cette toison bigarrée que m'avait donnée Crocylus le jour oû H sacrifiait une chèvre aux nymphes. Toi , méchant , tu en séchais de jalousie ; enfin lu m'en as dépouillé.

LACON

Non , par le dieu Pan gardien de nos rivages, non . Lacon , (ils de Céléthis , ne t'a point dépouillé de celte toison. Si je mens, puisséj je dans un transport furieux me précipiter du haut de cette roche dans le Cralhis.

COMATAS

i\on, j'en atteste les nymphes du marais, et qu'elles me soient loujours propices ! Non , Comatas n'a pas dérobé ta flûte.

LACON

Si je t'en crois , puissent fondre sur moi tout les malheurs de Daphnis! Mais si tu veux gager un chevreau , et la gageure n'est pas considérable, je te dispute le prix du chant jusqu'à ce que lu l'avoues vaincu.

COMATAS

Allons, le porc a défié Minerve. Voilà mon. chevreau ; dépose un moulon gras.

LACON

Impudent, oû serait l'égalité? Qui voudrait tondre du poil pour de la laine? A côté d'une chèvre, mère pour la première fois , qui voudra traire une misérable lice?

COMATAS

Celui qui est sûr de la victoire, comme loi, insipide bourdon , qui oses défier la cigale. Eh bien ! si mon chevreau ne vaut pas ton moulon , voila mon bouc. Commence.

LACON

Attends donc; le feu n'est pas chez loi. Tu chanteras mieux assis sous cet olivier sauvage, à Centrée du bois. Une source y répand un frais délicieux. La mousse forme un lit bien doux , el les sauterelles font entendre leur murmure.

COMATAS

J'attends; mais je ne puis concevoir que tu oses me regarder en face , toi dont mes leçons instruisirent l'enfance. Voilà le prix que j'en retire. Élevez donc des louveteaux , élevez des chiens pour qu'ils vous dévorent!

LACON

Des leçons ! loi ! et quand donc , je le prie , envieux cl chélif avorton, est-il sorti de la bouche quelque chose de bon et de sage dont jo puisse me souvenir ?

COMATAS

Quand ? mai» le jour où.. . lu sais la douleur doil te le rappeler. Les chèvres bondissaient autour de nous , et le bélier se dressait sur ses pieds de derrière.

LACON

Que ton corps , vilain bossu, n'entre pas sous la terre plus avant que... Allons, viens, commence.

COMATAS

Non, je ne quitterai pas ces chênes ni ce tendre gazon où l'abeille bourdonne autour de sa ruche. Ici deux sources versent une onde pure, les oiseaux font entendre leurs doux galouillemens sur ces arbres, et celle ombre est préférable à la tienne. D'ailleurs ce pin laisse tomber ses fruits.

LAGON

Mais tu te reposeras ici sur des toisons d'agneaux , sur un duvet plus doux que le sommeil. Ces peaux de boucs sentent encore plus mauvais que toi. Demain j'offrirai aux Nymphes une grande coupe remplie d'un lait délicieux et une autre de la liqueur de l'olive.

COMATAS

El loi, tu fouleras ici la molle fougère cl le pouliol fleuri : j'élendrai sous loi des peaux de chèvres mille fois plus douces que (es (oisons d'agneaux. J'offrirai à Pan huit vases de lait et huit ruches garnies de leurs rayons pleins du miel le plus pur.

LACON

Reste donc là-bas à l'ombre de tes chênes favoris, et commence la chanson. Mais qui sera le juge ? Si Sycopos venait !

COMATAS

Je n'ai que faire de lui. Si lu veux appelons ce bûcheron qui fend des tamaris là-bas derrière toi. Je crois que c'est Morson.

LACON

J'y consens.

COMATAS

Eh bien ! appelle-le.

LACON

Dé ! l'ami ! viens nous entendre; il s'agit du prix du chant. Il ne faut, mon cher Morson, ni m ètre favorable, ni protéger Comalas.

COMATAS

Oui , au nom des N mphes, je t'en prie, ami Morson, pas de parlialité pour moi, mais pas d'indulgence pour Lacon. Ce troupeau est celui de Thyrius , et les chèvres que lu vois là-bas appartiennent à Eumarus, tous deux de Sybaris.

LACON

Mais, Iratlrc! quelqu'un te demandait-il si ce troupeau est au Sybarile ou à moi? Dieux! que tues babillard!

COMATAS

Oh! l'homme modeste, je dis la vérité, moi, et je ne suis pas un insolent orgueilleux comme toi qui as toujours des injures à la bouche.

LACON

Auras-tu bientôt fini? Renvoie donc cet homme, lu vas l'assommer du poids de tes paroles. Par Apollon, quel bavard!

COMATAS. a« cfcame.)

« Les Muses me préfèrent à Daphnis; aussi leur ai-jc ces jours derniers immolé deux chevreaux.

LACON

» Apollon m'aime ; aussi j'élève pour lui un superbe bélier, car les fêtes carnéennes s'approchent.

COMATAS

» Mes chèvres, deux exceptées, ont loules deux petits, et c'est moi qui presse leurs mamelles. Ma bergère me voyant l'autre jour s'écria : « Quoi! pauvre chevrier, seul pour tant de soins? »

LACON

» Lacon remplit vingt éelisses de fromages et va ensuite jouer avec son jeune ami.

COMATAS

» Cléarista me jette des pommes lorsque je passe auprès d'elle et murmure de bien tendres paroles.

LACON

» Quand le jeune Cratidas accourl à ma rencontre, je suis (oui joyeux de voir flotter sur ses épaules sa blonde chevelure.

COMATAS

» Ne compare donc pas à la rose l'églantier

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et l'anémone, ce* fleur» couvrent lous les buis-

son».

LACON

» P*e compare pas le gland à la pomme -, l'un a une dure écorce et l'autre la douceur du miel.

COMATAS

» Je donnerai bientôt à ma jeune bergère une colombe qui tous le* soirs se perche sur un genévrier.

LACON

» Lorsque Je tondrai ma brebis noire, j'en donnerai la belle toison à Cratidas.

COMATAS

» Mes chèvres, respectez les rameaux de l'olivier; paissez sur le penchant de la colline, parmi ces bruyères.

lacon.

» Cunarus, Cinétha, loin du chêne! paissez â l'orient comme Pholarus.

COMATAS

» Je réserve pour ma bergère un vase de bois de cyprès et une belle coupe, ouvrage du divin Praxitèle.

LACON

» J*ai pour garder mon troupeau un superbe chien qui ne craint pa» les louP8' Cratidas le mènera à la chasse.

COMATAS

» Agiles sauterelles qui sautillez sur les haies, épargnez mes vignes jeunes encore.

lacon.

» Voyez, cigales, comme mes chants irritent ce chevrier-, ainsi vous irritez le moissonneur fatigué.

COMATAS

« Je hais les renards qui visitent souvent les vignes de Micon et tous les soirs en dévorent le» raisins.

LACON

» Et moi, ces escarbots qui se gorgent des figues nouvelles de Philondasel fuient après à tire d'aile.

COMATAS

» As-tu déjà oublié ce jour où, appuyé contre un ohène, tu élai* soumis au vainqueur?

LACON

» Oui, mais je me souviens du jour où Eumoras garotta et fustigea Comalas avec de dures lanières.

COMATAS

» On se fâche! Morson, le vois-tu ? Va cueillir la scille vieillie autour des tombeaux,

LACON

Moi aussi j'excite la colère-, lu le vois, Morson ? Hâte-loi d'aller arracher la cyclamine sur les bords de Malenle.

COMATAS

» Himère, change les flots en un lait pur; Cralis, roule des ondes de vin, et que le jonc stérile produise des fruits.

LACON

» Que la source du Sybaris soit pleine de miel, et que tous les matins ma bergère y remplisse son urne des trésors de l'abeille.

COMATAS

» Mes chèvres se nourrissent de cytise et d'égile, foulent le jonc et se reposent sur le feuillage de l'arbousier fleuri.

LACON

» Partout mes brebis rencontrent l'odorante mélisse, et pour elles la rose s'épanouit sur le

lierre.

COMATAS

» Je n'aime plus Alcippa; elle a pris ma palombe sans me saisir par l'oreille pour m'embrasser.

LACON

» Moi, j'aime toujours Euméda; toutes le» fois que je joue devant lui de ma flûte, il m'embrasse tendrement.

COMATAS

» Lacon , jamais on n'a vu la pie disputer le prix du chant avec le rossignol, ni le hibou avec le cygne. Toi, tu n'es qu'un sol et un jaloux. »

MORSON.

Bergers , cessez , je vous l'ordonne. Comatas je t'adjuge le mouton : lorsque lu le sacrifieras aux Nymphes, n'oublie pas d'envoyer de sa chair délicate à Morson.

COMATAS

Oh ! oui, je t'en enverrai, j'en jure par le dieu Pan. Maintenant, me» boucs, bondissez de joie; «oyez témoin» de» transport» que me cau»e ma victoire »ur Lacon et le prix que j'ai remporté : ma gloire m'élève jusqu'aux cieux. Courage, mes chèvre», demain je vous laverai toute» dans le» sources du Sybaris. Hé! toi, blanc et pétulant bélier qui menace» de la corne, je te frapperai si tu ose» l'approcher de» chèvre» avant mon sacrifice aux Nymphes. Tu recommences ! Si je ne l'assomme, jeconsen»

qu'on m'appelle Mélanine.

LES CHANTEURS BUCOLIQUES

Dtphnbcbanusl'amoordc Gabtcc pour Polrptaéine; Damétas, l'Indifférence du Cyclopc.

DAMÉTAS, DAPHNIS.

Mon cher Aratus,Daméta» ctDaphni» avaient réuni leur» troupeaux dans le même pâturage; l'un élail enfant encore , et le» joue» de l'autre se couvraient déjà d'un léger duvet. Assis auprès d'une source, au milieu d'un beau jour d'été, ils chantèrent. Daphnis, auteur du défi , commença :

DAPHNIS chante.

« O Polyphème! Galatéc lance des pommes à tes brebis, elle l'appelle berger intraitable, amant insensible; et toi, sans la regarder, indifférent Cyclope, lu fais résonner le» pipeaux harmonieux.

» Elle agace aussi ton chien, de les brebis surveillant fidèle; il gronde contre la mer, les flots bruisscnl doucement, ouvrent un passage à celle nymphe el la laissent voir courant vers le rivage.

» Ahï prends garde, lorsqu'elle va s'élancer de la mer, que ton chien ne blesse son corps d'albâtre.

» Je la vois, elle court, elle folâtre : telle vole nu gré des vents l'aigrette d'acanthe, quand les feux du soleil ont brûlé sa prison desséchée.

» Cette nymphe capricieuse, lu l'adore», elle t'évite; lu la dédaignes , elle te poursuit : la coquette met toulen œuvre pour te séduire.

» L'amour, ô Polyphème! l'amour embellll tout el même la laideur, m

Ainsi chanta Daphnis, et Damétas répondit :

DAMÉTAS.

« J'ai vu , j'en atteste le dieu Pan ! j'ai vu Galatée agacer mes brebis ; oui , je l'ai vue de cet œil unique, œil précieux : Ah ! que les dieux me le conservent!

» Puisse Télème, ce prophèle de malheur, voir dans sa propre famille retomber sur ses fils son funeste présage!

» Mai» pour mieux la piquer je ne la regarde pas; je dis qu'une autre nymphe est l'objet de ma flamme.

» A ces mots, dans son affic le dépit fermente, el curieuse elle s'élance de la mer, promenant ses regards sur mon troupeau el autour de ma grotte.

» C'est moi qui tout bas excite mon chien; il jappait doucement quand je cherchais à lui plaire el mellait sur sa cuisse son museau caressant.

» Lassée de mon indifférence, elle voudra peul-ètre tenter quelque message; mais je ferme ma porte jusqu'à ce qu'elle ait juré de dresser de ses mains, dans cette tic, le lit de l'hyménéc.

» Je ne suis pas aussi dépourvu de beauté qu'on le dit; l'autre jour je me vis dans la mer immobile, et mon œil étincelail dans ce miroir.

» Ma barbe avait quelque chose de mâle; l'onde azurée réfléchissait l'émail de mes dent», supérieur à l'éclat du marbre de Paro».

» Craignant cependant un charme malin , trois fois j'humectai mon sein de salive : c'est la vieille Colytlaris qui m'a donné se secret, lorsqu'elle égayait de» doux sons de sa flûte les moissonneurs réunis chez Hippocoon. »

Ainsi chanta Damétas; il embrassa Daphnis et lui donna sa flûte; Daphnis donna son hautbois à Damétas. Alors les deux jeunes bergers jouèrent des airs mélodieux, el soudain les génisses bondirent sur la tendre verdure Cependant aucun n'avait été vainqueur : il» étaient tous deux invincibles.

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