H Y LAS
Hercule, accompagnai! I Jason à la conquête de la Toison d'or, »Vla.l embarqué avec ton cher llylas sur le navire Argo. Dans la l'roponlidc , llylas ra chercher de l'eau el esl entraîné par des Nymphes au fond d'une source. Hercule, turk ui de l'absence de son jeune ami , le cherche partout , et après mille courses inutiles, il va par terre rejoindre a Colchoa Jason, qui déjà l'accusait de lâcheté.
Quel que soit l'immortel qui donna la vie à l'Amour, ce n'est point pour nous seuls , 6 Niciîis! que cet enfant fut créé, comme nous le .croyons peut-être; ce n'est point nous non / plus qui les premiers avons senti l'attrait de la beauté , nous simples mortels , ignorons du lendemain.
^fccrtTIs^d'Amphifryon , cet Hercule au cœur indompté , qui terrassa le lion terrible de Némée, Hercule aimait le jeune Hylas à la longue cl blonde chevelure. Il l'instruisait avec la même sollicitude qu'un tendre père instruit son fils bien-aimé , et par ses leçons il lui ouvrait cette noble carrière oû lui-même il s'était rendu si illustre. Afin que cet enfant, façonné à son gré et toujours à sa suite, devint un homme accompli , jamais il ne le quittait , ni au mo-
THEOCRITE.
moment où l'Aurore, montée sur son char attelé de quatre chevaux blancs , s'élançait vers le palais de Jupiter, ni lorsque le blond Phébus, arrivé à son midi, lançait sur les mortels des rayons brûlans, ni lorsque les jeunes poussins, appelés par les battemens d'ailes de leur mère, regardent en gazouillant la solive antique qui leur sert de couche.
Le lils d'Éson allait voler à la conquête de la Toison d'or, suivi de l'élite de» princes de la Grèce qui pouvaient le seconder dans son audacieuse entreprise, quand arriva dans la riche lolcos le fils d'Alcmène et de l'héroïne Médèe; Hylas raccompagnait, et tous deux prirent place sur l'élégant Argo. Ce navire, comme un aigle rapide, glissant sur les mers, évite les Iles Cyanécs alors errantes et depuis immobiles, et touche à la redoutable rive du Phase. Mais au lever des filles d'Atlas, quand vers la fin du printemps, les moissons encore tendres fournissent aux jeunes agneaux une nourriture salutaire, l'élite des héros aimés des dieux se ressouvient du but de sa navigation et remonte sur l'Argo qui, secondé pendant trois jours par le Notusel lcZéphyre, franchit le détroit qu'Hellé rendit fameux, et aborde dans la Proponlide, vers ces lieux où le bœuf du Cianois ouvre de larges et pénibles sillons dans des plaines fécondes.
Là, descendus le soir sur le rivage, les uns apprêtent le festin , d'autres, plus nombreux, pour faire un lit commun moissonnent l'herbe abondante de la prairie voisine, le butome aux feuilles allongées et l'épais cypére.
Hylas, chargé d'une urne d'airain, va chercher l'eau qui doit rafraîchir Hercule et le fier Télamon tous deux compagnons d'armes, tous deux assis toujours à la même table. Bientôt il découvre une source au pied de la colline où croissent en abondance des plantes odoriférantes , la chélidoine azurée , la verte arianle , le sélinum fleuri , et l'agrostis tortueux.
Au sein des ondes se jouaient des Nymphes folâtres, divinités redoutées des laboureurs, Eunico , Molis et Nichèa au regard doux comme le printemps.
Déjà l'élève d'Hercule avait approché l'urne au vaste contour, déjà , penché sur les bords de la source, il la plongeait dans l'eau frémissanlo, quand [brûlant pour lui d'un amour violâHl les trois Nymphes le saisissent par la main er J'cn!ralnent au fond des ondes dont sa chute
ternit un instant la limpidité : telle une étoile se détachant du ciel tombe dans la mer, et alors le pilote s'écrie : «Aux voiles, matelots! parlons, les vents sont favorables. »
Cependant les Nymphes consolaient par de douces paroles le jeune enfant qu'elles tenaient sur leur genoux et qui fondait en larmes. Mais Hercule, troublé de l'absence de son ami, prend son arc recourbé comme celui d'un Scythe, la massue dont son bras esl toujours armé, et court à sa recherche. Trois fois d'une voix forte il appela Hylas, trois fois Hylas répondit, mais sa voix arriva faible à travers les ondes , et quoique près , elle paraissait lointaine. Comme un lion à flottante crinière, qui, alléré de sang, a entendu un faon crier au loin sur la montagne, s'élance de sa tannière, croyant déjà saisir une proie assurée -, tel Hercule , cherchant le jeune Hylas , errait dans des déserts hérissés de ronces , et parcourait d'un pas rapide un immense pays.
Qu'on souffre quand on aime! Que de montagnes il franchît ! que de forêts il traversa , oubliant et Jason et ses nobles projets!
Le navire se prépare à lever l'ancre; au milieu de la nuit , les voiles sont prêtes à être livrées aux vents, on n'attendait plus qu'Alcide qui , furieux, errait partout sans repos et sans fruit -, un dieu barbare irritait les douleurs de son cœur ulcéré.
Ainsi le bel Hylas fut mis au rang des immortels.
Cependant les héros grecs osent verser sur le fils d'Amphitryon des reproches déshonorans, ils l'accusent d'avoir déserté le navire Argo et ses trente rangs de rameurs. Mais lui vint les rejoindre par terre à Colchos , cl jusqu'au Phase inhospitalier.
L'AMOUR DE CYNISCA.
Kschine te plaint i son ami Thyonicbus de l'inconstance de Cynisca , et lui déclare qu'il reut aller sur les mers chercher un remède à ses chagrins.Thjfonii bus lui conseille d'offrir tes services a l'toloinée , roi d'ÊgjpU*. Éloge de ce prince.— C'est dans la Jeuoessc qu'il faut entreprendre do grauds
ESCHINE, THYONICHUS.
KSCIU.XE.
Bonjour, Thvonichus.
THYONICHUS.
Je le salue , Eschine.
ESCHINE
Qu'il y a longtemps que je ne t'ai vu!
THYONICHUS.
Oui, il y a bien longtemps. Mais quel soin le chagrine?
ESCHINE
Mon cher Thyonichus, je ne suis pas bien.
THYONICHUS.
Voilà sans doule pourquoi ce visage amaigri, celle barbe négligée el ces cheveux en désordre. Tel était t l'autre jour, ce pythagoricien , le fronl pôle , les pieds nus , ne possédant rien , et qui se disait citoyen d'Athènes. S'il était amoureux, lui, c'était je crois d'une poignée de farine.
ESCHINE
Tu me railles , mon ami ; cependant la belle Cynisca m'outrage ; j'en deviendrai fou , si je ne le suis déjà.
THYONICHUS.
Tu es donc toujours le même , mon cher Eschine? calme ou furieux, selon la circonstance. Dis - moi néanmoins le sujet de ta folie.
ESCHINE
Un Argien, le cavalier Ihessalien Apis et le fantassin Cléonicus, dtnent chez moi à ma campagne. Je leur sers deux poulets et un cochon de lait; le vin, plein du parfum delà grappe nouvelle, était un vrai Byblos de qualrc ans. L'ognon et l'huître fraîche nous altéraient cl rendaient le vin plus doux. Comme il se faisait tard, on propose de boire à celle qu'on aime; peu importe le nom, mais il faut en déclarer un quel qu'il soit. D'abondantes libations accompagnent le nom de l'objet aimé proclamé au milieu de la joie la plus folle. Cynisca , assise à mes colés , garde le silence. Conçois-tu dans quel trouble j'étais ? « Tu ne parleras donc pas?» lui dis- je alors. «As -tu vu le loup ? » lui demande un de» convives en plaisantant. Alors sa figure s'est enflammée et on y aurait pu allumer la mèche d'un flambeau.
Ce loup est le lils du voisin Lobés, jeune, grand et beau , dit-on ; c'est pour lui qu'elle brûle de l'amour le plus violent. On m'avait
jadis conlé leurs feux, mais hélas! malgré l'expérience que devrait me donner la barbe qui ombrage mon menton , je négligeai cet avis.
Déjà le vin nous échauffait , quand l'habitant de Larisse, dans sa gatté trop vive, entonna , sur un air Ihessalien, la chanson de mon loup. Tout à coup Cynisca pleura comme le jeuneenfant qui désire sa mère. Ami, tu me connais, je suis bouillant , prompt, el sur-le-champ je lui appliquai sur la joue un violent soufflet qu'un second accompagna soudain ; mais relevant sa robe, elle se sauve bien vile: « Auteur de tous mes maux, lui criai-je, je ne te plais donc pas ! I n autre est plus heureux ! Va donc serrer dans les bras celui pour qui tes joues sont sillonnées de larmes. » Telle que l'hirondelle qui apporte de la nourriture à ses petits el s'envole ensuite du nid pour en apporter une nouvelle, telle, et plus rapide encore, Cynisca s'élance de son siège , franchit les deux portes et se met à courir. Le taureau , comme on dit , est lâché dans la forêt.
Voilà deux mois que je ne l'ai vue, el depuis ma barbe croit comme celle d'un Thrace.
Cynisca est maintenant toute au loup; ce n'est plus que pour le loup que sa porte est
ouverte la nuit. Moi, je ne suis rien; ainsi qu'un malheureux habitant de Mégare, on me rejette à la dernière place. Si du moins je pouvais maîtriser mon trouble ! mais , 6 mon ami ! je suis comme le rat qui a goûté de la poix , el je ne connais pas de remède à mon fatal amour. Simus , du même âge que moi et qui aimait la fille d'Epichalrus , après avoir navigué quelque temps , est revenu consolé. Comme lui , je veux courir les mers, et si ton ami n'est pas au premier rang, il saura du moins ne pas être au dernier.
THYONICHUS.
Que tes vœux soient remplis, mon cher Eschinc ! Mais si tu es réellement décidé à prendre les armes, Ptoléméc te recevra sous ses drapeaux. Ce prince sail payer le courage.
ESCHINE
Quel accueil fait-il à l'homme libre ?
THYONICHUS.
Un accueil excellent. Ce roi est bon, aimable , gracieux , ami des Muses ; il sait connaître un ami fidèle el distinguer son ennemi. Il est généreux aussi ; jamais il ne refuse de ren-