THÉC DAPHMS
Et moi , le seul de tout Je te demande à toimême.
LA BERGÈRE
Que faire, mon ami? L'hymen etl rempli de tant de peines !
DAPHMS.
L'hymen n'a ni douleur ni peine . il n'offre que des plaisirs.
LA. BERGÈRE
Mais les femmes, dit-on, tremblent devant leurs maris.
DAPHMS.
Dis plutôt qu'elles régnent sur eux : que peut redouter la beauté ?
LA BERGÈRE
Je crains d'accoucher : la blessure d'Ilythie est cruelle.
DAPHMS.
Mais c'est Diane la protectrice qui préside aux accouchemens.
LA BERGÈRE
Si je deviens mère, je perdrai ma beauté.
DAPHMS.
Tu la retrouveras dans tes enfans.
LA BERGÈRE
Si je consens, quel présent de noces me donneras-tu?
DAPHMS.
Tout, troupeau, bois, pâturages.
LA BERGÈRE
.Inro de ne pas m'abandonner après notre hymen.
DAPHMS.
J'en atteste Pan! Non, jamais je ne t'abandonnerai , dusses -tu me bannir de ta présence.
LA BERGÈRE
Me donneras-tu un lit nuptial, une maison, uno bergerie ?
DAPHMS.
Oh ! oui , je te donnerai un lit nuptial et c'est pour toi que je fais patlre ce beau troupeau.
;ritk.
LA BERGÈRE
Que dirai-je a mon père? Oui, que lui dirai-je?
DAPHMS.
Il approuvera ton hymen quand il saura
mon nom.
LA BERGÈRE
Dis-le moi ton nom : le nom de l'objet aimé est toujours agréable.
DAPHMS.
Daphnis, fils de Lycidas et de Noméa.
LA BERGÈRE
Ta famille est honnête ; la mienne ne l'est pas moins.
DAPHMS.
Pas auianl . car tu es la fille de Ménalque.
LA BERGÈRE
Montre-moi les bois ; où est ta bergerie?
D4PHMS.
Viens cl lu verras mes hauts cyprès toujours verts.
Paissez , mes chèvres ; je vais voir les champs de mon berger.
DAPHMS.
Paissez, mes troupeaux-, je vais montrer mes bois à ma bergère.
LA BERGÈRE
Que fais-tu donc? Pourquoi cette main sou» mon voile?
DAPHMS.
Je veux voir ces pommes arrondies.
LA BERGÈRE
O Pan! je suis toute troublée! Retire
donc ta main !
DAPHMS.
Rassure-toi, ma jolie bergère; pourquoi trembler? Tu es trop timide.
LA BERGÈRE
Tu me jettes sur la terre humide! Ah ! mes beaux habits sont perdus!
DAPHMS.
Cette toison les garantira.
Tu as arraché ma ceinture ! Mais que veuxtu donc faire ?
DAPHNIS
Consacrer à Vénus ma première offrande.
LA BERGÈRE
Arrête, malheureux! quelqu'un vient ; j'entends du bruit.
DAPHN1S
Ce sont les ormeaux qui célèbrent notre hymen.
LA BERGÈRE
Tu as déchiré mon voile ; me voilà nue.
DAPHNIS
Je t'en donnerai un aulre plus grand.
LA BERGÈRE
Oui ; lu me promets tout maintenant , peutêtre après tu ne me donneras rien.
DAPHNIS
Ah! que ne puis-je Taire passer mon ftme tout entière dans la tienne!
LA BERGÈRE
O Diane! ne te fâche pas! Je te suis infidèle.
DAPHNIS
J'immolerai une génisse à l'Amour, un taureau & Vénus.
Je suis venue vierge et je m'en retourne épouse.
DAPHNIS
Epouse et mère au lieu de fille inutile *, ton sein nourrira nos enfans.
Ainsi murmuraient tout bas ces jeunes amans au milieu de leurs doux ébats. Le couple furtivement uni se relève : la bergère retourne vers ses brebis la rougeur sur le front, mais la joie dans le cœur ; et Daphnis , fier de sa conquête, rejoint gatment ses taureaux.