‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 84 sur 395 · LE CORAIL · texte numérisé non relu

LE CORAIL

Sachez aussi que le corail qui a emprunté toute sa force à Persée, peut délivrer des dards des scorpions et rendre impuissante la morsure mortelle de l'aspic. Phébus à la belle chevelure m'a dit que de toulcs les choses qui naissaient, c'était sans contredit la plus belle de la nature; elle avait été créée par une transformation, ce qui d'abord peut paraître faux, mais ce qui est très vrai. C'est d'abord une herbe verte, elle ne croît pas sur la terre que nous savons êlre la forte nourrice de toutes les plantes, mais dans la mer stérile, comme les algues, comme les mousses délicates. Lorsqu'elle esl parvenue à la vieillesse, ses feuilles sont corrompues par les ondes el elle nage dans les profondeurs de la mer mugissante jusqu'à ce que les flols la rejettent sur le rivage. Ceux qui l'ont vue prétendent qu'ainsi exposée au souffle de l'air elle se durcit. Peu après, son t-corce se solidifiant, elle esl changée en pierre et vous pouvez manier dans vos mains ce qui auparavant était un corps frêle ami de l'eau. Elle garde sa première conformation d'herbe qu'elle avait auparavant, elle garde ses rameaux qui portaient des fruits et la racine même qui lui apportait le suc vivifiant. Elle est en pierre absolument ce qu'elle était en plante. Votre esprit serait enchanté si vous la voyiez; quant à moi, je ne sais quel charme infini descend dans mon cœur toute* le» foi* qu'il m'est donné de la contempler. Mo»

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yeux ne peuvent se rassasier de ce spectacle ; et je suis frappé de stupeur, car il me semble que c'est un prodige étonnant, et, quoique je le croie, j'ai cependant de la peine à m'abandondonner entièrement à cette idée.

On dit que ce fut d'abord la tète de Gorgone dont la vue était si fatale aux humains.

Perséc au vol rapide ne doit pas être considéré comme un monstre, car c'esl lui qui, aux extrémités escarpées del'Allanlidc, tua celle vierge farouche et d'un aspecl infernal. Destinée horrible pour tous ! ceux qu'elle regardait de son œil sanglant, ceux qui contemplaient cet épou-

ebangés en pierre par une volonté fatale ! La robuste Minerve, quelque courageuse qu'elle fût, ne voulut pas la regarder en face ; Perséc, au glaive d'or, ne put être décidé par son frère homme magnanime, à jeler les yeux sur elle, même après qu'elle eut été exterminée. Il lui coupa la lête par ruse : Rapprochant derrière elle qui ne le voyait pas, il lui trancha le gosier avec une arme recourbée. Quoiqu'elle fût morte, sa figure était encore dangereuse à voir, et beaucoup devaient descendre dans la noire demeure de Pluton à cause de sa mort. Le héros souillé de sang, «'approchant du rivage pour se laver dans la mer, dé|X)sa sur les herbes verdoyantes la tête de Gorgone chaude encore et palpitante. Quand il se fut rafraîchi dans les gouffres delà mer, il sortit de cette route trompeuse et de ses périlleuses luttes. Les racines des herbes qui se trouvaient au-dessous de la lètc étaient alors humectées et remplies de sang. Aussitôt les filles de la mer acecourant s'empressèrent de le comprimer; elles le firent si bien que vous auriez cru l'herbe changée en pierre solide, et cela était en effet : elle perdit la verte couleur de l'herbe , il est vrai, mais elle n'en perdit pas la forme ; elle conserva seulement une couleur rouge qui venait du sang. I>e héros intrépide fut frappé de stupeur quand il vil subitement ce grand miracle. La prudente Minerve , fille de Jupiter, accourut alors, l'admira aussi, et pour rendre la gloire de son frère immortelle, elle voulut que le corail eul la faculté de changer toujours sa première nature. La puissante Minerve lui donna aussi l'immense puissance de conserver les hommes qui entrent dans le liquide élément, si quelqu'un pénétrant dans celle roule dangereuse porte avec soi celle pierre merveilleuse, ou traverse la mer enfermé

dans un navire aux flancs solides. Le corail préserve encore les hommes de la lance meurtrière de Mars, de la colère homicide des brigands cl des chiens aboyans de Nérée. Mais il faut qu'ils invoquent en même temps la verte Trilogénie qui excite les tempêtes el qu'ils implorent son appui. Si, en semant, lu le mêles au grain jaune que tu jetteras dans le sillon, il éloignera tous les fléaux de tes guèrêts, tous les insectes qui se glissent dans les épis pour les sucer, el la grêle qui tombe avec rage sur les moissons et ravage les champs par ses traits perfides. Il dissipe en outre tous les vermisseaux qui naissent dans les ulcères ; il préserve également de la rouille éthérée qui tombe du ciel, s'attache aux épis et les ronge. Il met en fuite les phalanges innombrables des rats et des fourmis. Les foudres de Jupiter, respectant la gloire illustre de sa fille, ménageront leschatnps. Le meurtrier d'Argus apporta cet excellent corail aux hommes qui faisaient route. Quant à toi, souviens-loi de le boire avec de bon vin : il est alors infaillible contre les serpens dangereux, comme je te l'ai déjà dit.

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