‹ Les Petits Poèmes grecsChapitre 92 sur 395 · SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HOMÈRE · texte numérisé non relu

SUR LA VIE ET LES OUVRAGES D'HOMÈRE

Les cheveux soit parlais en lioucles naturelles : l'une d'elles se relève et laisse le front à découvert. Des rides sillonnent son front et creusent ses joues ; elles semblent moins l'effet de la vieillesse que les traces du malheur et des fatigues de la vie.

L'ensemble n'a cependant pas l'expression de la tristesse , mais celte du calme et de la contemplation.

Si cette tète n'est qu'une création de l'art , on doit admirer le ciseau qui sut donner une telle physionomie au poêle divin.

Si ce n'est point le vrai portrait d'Homère , on ne peut nier que le génie de l'artiste ait vraiment créé une tétc homérique.

Outre l'Iliade et l'Odyssée, on attribue à Homère trente-trois hymnes , dont on croit que deux seulement lui appartiennent : on peut en trouver les preuves dans la seconde édition de YHymne à Cérès de Rùhnken. Ilgen , Matthias et Hcrmann ont essayé, dans les éditions qu'ils ont publiées de ces hymnes, de les rendre à leurs divers auteurs. Sur ce' point ils ne peuvent s'appuyer que de conjectures trèsvagues et qu'il est permis de ne pas admettre. Nous donnerons la traduction de ces hymnes ainsi que celle de la Ractrachomyomachie, en les laissant à Homère. Quant aux épi grammes et petits poèmes , ils ne portent aucun caractère d'authenticité : les recherches que l'on ferait sur ce point n'amèneraient aucun résultat , cl les sujets ne valent pas la peine qu'on s'occupe sérieusement de leur trouver un auteur.

L'histoire des poésies homériques est aussi curieuse et appuyée de témoignages plus certains que l'histoire m lime d'Homère.

Selon quelques auteurs, Lycurgue aurait le premier réuni les poésies d'Homère*. Ayant voyagé durant plusieurs années dans l'Asie Mineure , berceau des arts et de la poésie grecque , il passa à son retour par l'Ile de Chio et conversa avec Homère , (rente-neuf ans après la création de l'Iliade. Il parvint à retrouver des fragmens épars du poêle, fragmens qu'on ne connaissait alors que sous le nom de Rapt de Briséis , de Pâleur de Dioméde , de Rançon d'Hector, de Jeux sur la tombe de Pairocle. Il copia de sa main toutes ces portions séparées, les joignit habilement ensemble et publia ainsi dans le Péloponèse la première édition du poêle. Trois cents ans plus tard , Pisislrate , tyran d'Athènes, joignant l'iutelligcncedes lettres à l'amour du pouvoir , fonda à Athènes la première bibliothèque publique. Solon , Uipparque et d'autres savans concoururent alors a une nouvelle édition d'Homère qui y prit la première place. De oe jour la gloire du poêle fut proclamée, elle devint nationale*. Ceux qui contestent l'existence d'Homère attribuent à Pisistrale la première édition de cette collection des ehanlshéroï-

1 EHUn, llisl. Varr. Llb. 7, r. 4.

* Uiogco. Lacrc in Solonc. l'Ulo in Itvpp.

ques de la Grèce , et considèrent le règne de Pisislrate comme l'époque à laquelle ils furent réunis en un manuscrit complet. Son fils Hipparquc ordonna même qu'ils fussent récités lous les ans à la fête des Panathénées , comme capables de ranimer les nobles senlimens el les souvenirs héroïques. Ce fait est rapporté dans VHipparque, dialogue attribué a Platon- Cicéron l'a confirmé en laissant à Pisislrate , secondé du poëte philosophe Solon , le mérite d'avoir rétabli l'ordre dans les poèmes d'Homère.

Lors de l'incendie d'Athènes, pendant l'invasion de Xerxès, l'Iliade et l'Odyssée passèrent en Perse et prirent place dais la bibliothèque de Suze . où la conquête d'Alexandre vint les trouver. L'édition particulière rectifiée par A rat us et qui prit leuomd'Aratéenne pourrait être indiquée à cette date. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'Alexandre fil beaucoup pour la gloire d'Homère. Il chargea Anaxarque et Callistène de réviser les recueils de Lycurgue el de Pisislrate , et son instituteur A rislote mit la dernière main à ce beau travail. Le concours de ces trois hommes justement célèbres donna naissance à une édition infiniment précieuse des œuvres d'Homère , connue sous le nom d'Édition de la Cassette 1 .

Plus tard , Lénodote d'Éphèse fut chargé par le premier des Ptolémées de revoir et de publier le texte d'Homère. Enfin , la dernière édition de rello haute antiquité est celle que le critique le plus judicieux de son temps , Arislarque , fit paraître sous les auspices de Philométor. Deux mille ans ont passé depuis celle époque, et cependant elle a servi de modèle a toutes les collections des ouvrages d'Homère dans lo moyen âge el dans les lemps modernes.

Puis vint l'école d'Alexandrie qui se dévoua à l'étude et aux commentaires des oeuvres d'Homère. Les recherches furent palientes et dictées par un culte exagéré devenu du fanatisme. Il ne nous en est parvenu que de faibles lambeaux , dans les citations des Scholiastes et d'Eustathe, ou simplement les titres de quelques ouvrages que nous ont transmis Athénée , Etienne de Bysance, Harpoeration , Suidas, Ammonius. Selon les savantes observations de Dugas-Monlbel , les travaux faits 9ur Homère pouvaient se diviser en quatre classes, les Commentaires, les Explications les Dissertations , et enfin les Recherches sur les poésies d'Homère. Quelquefois ces recherches avaient pour objet des parties purement spéciales. Antisthèncs avait composé divers traités sur quelques personnages des deux poèmes , tels que Cbalcas , Ulysse , Télèmaque, Hélène , Pénélope , le Cyclone, etc. Apollodore , Apollonius et Ménogène avaient travaillé sur le catalogue des navires. Héracléon l'Égyptien avait fait un commentaire sur le dix-huitième chant de l'Iliade. Xicanor avait traité de la ponctuation ; Philoxène, des signes critiques ; Ptolomée Pindarion avait écrit sur

1 Flutarch. in Alexiuri.

àOTICK

le véritable caractère de la poésie homérique ; Plolomée Épilbétès sur les Messuirc décrites dans Homère; Érodianus, PloJémée, AscalonèleetTyrannion, sur la prosodie, c'csl-à-dire sur l'accentuation des mots. Enfin, Hermas et Stratoclès s'étaient occupés de la tactique de l'auteur de l'Iliade.

Si nous suivons la série des temps et que nous examinions les éditions les plus précieuses qui ont été faites des œuvres d'Homère, nous trouverons que la première édition d'Homère, depuis l'invention de l'imprimerie , édition toute grecque et qui est en même temps une des plus magnifiques et des plus rares , est celle de Démélrius Chalcondyle d'Athènes et de Dénié trius de Crète. Elle parut à Florence le 9 décembre 1488 en un volume in-folio. Elle avait été conférée avec le commentaire d'Euslalhe ; on y a joint les deux vies d'Homère attribuées à Plularque et à Hérodote.

Cette rare et précieuse édition fut fidèlement reproduite en 1504 par les presses des Aides à Venise, en deux volumes in 8° ; mais la seconde aldine de

1 Si 7 offre dans le texte des différences sensibles que reproduisent les éditions subséqueutes jusqu'à celle de 1528 inelusivemennt.

Plu9 tard, Henri Etienne, à l'aide d'un aucien manuscrit et des commentaires d'Eustalhe , recueillit un certain nombre de variantes qu'il jeta en marge ou développa avec ses propres conjectures dans les notes de son bel ouvrage Poetœ grœci principes herotci carminit, 1566.

Elles avaient été précédées de deux traductions latines de l'Iliade, l'une en verset l'autre en prose, publiées avant le texte grec lui-même : celle en vers de Nicolas Valle, qui ne comprend que les chants 2,4, 5, 13, 18, le commencement du 19, les 20, 22 et

2 4 , parut eu 1 4 7 4 ; celle de Laurentius Valle, en 1 4 7 7 , sous le titre suivant :

Ilomeri poetarum supremi Mas per Laurentium Valltnt in lalinum sermonem traducta féliciter incipit. Brixie Vllï kalend. december, MCCCCLXXril.

En 1 530, Jehan Samxon donna la premièrcjtraductiou française de l'Iliade : il l'avait entreprise par l'ordre de François I" ; elle parut sous ce titre :

« Iliadcs de Homère , poêle grec et grant historiographe , avecques les prémisses et commencements de Dupont de Coulonne, souverain historiographe , additions et séquences de Darès Phrygius et de Dictys de Crète , translatées en partie de latin en langage vulgaire par Mestre Jehan Samxon , liceniiéen loys, lieutenant du bailli de Touraine, en son siège de Chalillon sur Indre. Jehan Petit avec privilège. »

Ce ne fui que plus d'un demi-siècle après que parurent en grec les œuvres d'Homère avec les commentaires entiers d'Eustatbc, sous ce titre : Homeri Mas et Odyssea grœce eu m commentariis grœcis Eusthaiii, archiepiscopi thessaloniensis , Ronur,

| apud Btadum tl Gontam , 1542 et 1550, 4 volumes in-folio. Celte édition, la seule complète des com- I mentaires d'Euslalhe, a pendant longtemps été con- | sidérée comme un chef-d'œuvre de saine critique et ! de littérature. A l'aide du temps on a découvert de j nombreuses fautes dans le texte , une stérile abon- I dance dans le commentaire.

Six ans après cet Homère de Rome, parut à Leydc ! une édition estimée, à laquelle on joignit une édition I latine et les scolies très-concises de Didyme, le tout j formant 2 volumes in- 8°.

En 171 1 , Josué Barnès reproduisit l'Homère grec j et latin de Didyme à Cambridge, avec ses propres i «'ommentaires , sous ce titre : Homeri Mas et Odyssea, grœ-colatina , cum scolis Didymi , neenon notis perpetuis Josue Barnes , 2 volumes in-4°.

Au milieu du 1 8e siècle, parut l'Homère de Qarke : Homeri Mas et Odyssea , cum opusculis gracolatinis ex eiitione et cum notis Samuelis Clarhe, Londres, 1734, in-4°, 4 petits volumes. Malgré les récriminations de Wolff, qui, dans ses Prolégomènes, a accusé Clarke d'altérations téméraires dans le texte , cet Homère a pris place dans les bibliothèques comme une édition remarquable.

De 1759 à 1 764 parut a Leipsick, en 5 volumes in-8°, une nouvelle édition d'Homère [recommandable par sa fidélité au texte primitif: elle était d'Ernesli , un des savans les plus illustres de la Saxe.

L'érudition allemande ne se borna pas là. A l'aide des recherches laborieuses , des fragmens compilés de toutes parts , des scolies chargeant le texte , des notes hérissant chaque vers et d'un cortège pompeux de commentaires qui de la science intelligente passe à une sorte de patiente niaiserie , le célèbre Hugue , le doyen de l'université de Gœllingue , publia une nouvelle édition d'Homère en 8 volumes in-8°, égalant en grosseur et en texte 8 volumes in-4°. Ce résultat d'une émulation certainement louable est-il utile à la gloire d'Homère? Nous ne savons; maison doit regretter tant de loisir et tant de science prodigués durant des années précieuses sans que le domaine de l'intelligence des hommes ail été augmenté d'une idée.

Nous arrivons à une œuvre complète et qui révéla à l'Europe des richesses qui lui étaient ignorées. Un helléniste célèbre, Villoison, envoyé à Venise pour y rechercher les matériaux de l'ancienne littérature, trouva dans la bibliothèque de Saint-Marc un manuscrit du 10e siècle renfermant une Iliade toute grecque avec les leçons de soixante des plus fameux critiques de l'antiquité , tels qu'Arislarque cl Lénodote. Les variantes des éditions données dans les villes de Chio, de Sinopc et d'Argos y avaient été jointes et le rendaient ainsi doublement précieux. Ce manuscrit fut publié et constitua Y Homère fi'ariorum , le plus complet et le plus important , mais non pas encore ' le plus pur de lexte.

Page 1