‹ Les petits poèmes grecsChapitre 141 sur 358 · IN . PRIMA . OLYMPIADE · texte numérisé non relu

IN . PRIMA . OLYMPIADE

LEGATIONEM . AGENTIBYS

CAPITONE . SCIPIONF

ET . GAEOMIO.

11 est évident qu'il s'agit ici d'une série d'olympiades autre que celle des Éléens ; car il ne peut venir à la pensée de personne qu'Adrien vécut dans l'olympiade de Corœbus , sept cent soixante-seize ans avant Jésus-Christ. Il est d'ailleurs impossible de soupçonner une erreur dans l'inscription qui porte , sans altération et sans lacune, ces mots : En tê prôtê Olumpiadi, dans la première olympiade. De quelle olympiade peut-iî donc être ici question , si ce n'est de celle qui fut célébrée à Athènes à l'occasion de la dédicace du temple de Jupiter et de la restauration des jeux olympiques. Pindare luimême ne s'est pas exprimé autrement lorsqu'il parle de la première olympiade qu'Hercule célébra à Pise :

. i . . . . Kai pènta-

eterid' opôs ara estas en eortan

en Olumpiadi prôta

Mais il est temps de revenir aux athlètes et de parler des diverses sortes de combats et d'exercices qui composaient les solennités olympiques.

Entre les différens exercices auxquels les athlètes se livraient pour se donner en spectacle dans les jeux publics, la course, dromosy était celui qui tenait le premier rang :

Ou men yar meizon aneros ophra ken êsin, Ê o, ti possin te rexei kai chersin eêsin.

(Hom. Odyss. liv. 6.)

C'était par la course que commençaient les jeux olympiques, et ce seul exercice en faisait même d'abord toute la solennité. On en distinguait de trois sortes : la course à pied, la course à cheval et la course en char.

Les coureurs se rangeaient tous sur une même ligne, en quelque nombre qu'ils fussent, aprèa

DISSERTATION

avoir tiré au sorl la place qu'ils y devaient occuper. En attendant le signal, ils réveillaient leur souplesse et leur légèreté par divers mouvemens qui les tenaient en haleine , et étaient comme autant d'essais de l'agilité et de la vitesse de leurs jambes. Dès que le signal était donné, on les voyait voler vers le but avec une rapidité que l'œil avait peine à suivre et qui devait seule décider de la victoire ; car , nous l'avons déjà dit , les lois agonistiques leur défendaient sous des peines infamantes de se la procurer par la ruse ou quelque piège tendu à leurs antagonistes.

Les courses à pied étaient de quatre sortes : 1° stadion, celle où il ne s'agissait que de parcourir une fois la carrière , c'est-à-dire cent vingt pas -, 2° diaulos, où l'on parcourait deux fois cet espace -, 3° dolichos , qui était la plus longue de toutes, puisqu'on y parcourait quelquefois vingt-quatre stades, par diverses allées et venues, en tournant douze fois autour de la 'borne qui servait de but -, 4° enfin oplitês , qui était la course exécutée par des hommes complètement armés. De là les noms différens de sîadiodromoi , diaulodromoi , dolichodromoi , oplitodromoi donnés aux coureurs , selon les différentes courses auxquelles ils prenaient part. Les antagonistes se nommaient sunagônistai , antipaloi, etc. S'efforcer d'atteindre des rivaux se disait diôkein-, les laisser en arrière katalamhanein. Celui qui atteignait le premier le but remportait le prix, athlon ou brabeion, qui consistait dans le principe en une couronne de branche d'olivier. La récompense était la même pour les autres exercices.

Il y eut dans l'antiquité , tant chez les Grecs que chez les Romains, des coureurs qui se sont rendus célèbres par leur vitesse. Pline fait mention de Philippide qui, en deux jours, parcourut les onze cent quarante stades (cinquantesept lieues) qu'il y a d'Athènes à Lacédémone. Hérodote rapporte que Philonide , coureur d'Alexandre-le-Grand , fit en un jour douze cents stades (soixante lieues) , en allant de Sicyone à Elis. On appelait ces coureurs êmerodromoi.

La course du cheval monté par un cavalier consistait à parcourir l'hippodrome, tourner la borne et revenir à la barrière une ou plusieurs fois. Quoiqu'elle ne fût pas aussi célèbre que celle des chars, cependant les princes et les rois recherchaient avec empressement la gloire d'y

remporter le prix. On la nommait ordinairement Kèlês (Voy. première Olympique). Les Grecs et les Romains élevaient à grands frais, pour ces sortes de courses, de superbes chevaux et avaient d'habiles écuyers chargés de les dresser. Le vainqueur recevait une couronne et l'on attachait une palme sur la tête du 'cheval. Quelquefois le cavalier menait par la bride un autre cheval, sur lequel il sautait en courant et changeait ainsi plusieurs fois de monture. Les Latins appelaient ces sortes de cavaliers desultores, et les Grecs anabatai.

La course des chars était le plus renommé de tous les exercices et celui qui faisait le plus d'honneur. Les rois eux-mêmes aspiraient à celte gloire avec beaucoup d'empressement , persuadés que le titre de vainqueur dans ces combats ne le cédait guère à celui de conquérant, et que la palme olympique rehaussait de beaucoup l'éclat du sceptre et du diadème.

Les chars avaient la forme d'une coquille montée sur deux roues, avec un timon fort court auquel on attelait deux , trois ou quatre chevaux de front (bigœ, quadrigœ); de là les noms de duômoi , tethrippoi , tetraôroi , etc. Quelquefois on mettait des mules à la place des chevaux, et le char alors s'appelait apênê. Ces chars, à un certain signal , partaient tous ensemble : le sort avait réglé leur place-, ce qui n'était pas indifférent pour la victoire , parce que, devant tourner autour d'une borne, celui qui avait la gauche en était plus près que ceux qui étaient à la droite et qui par conséquent avaient un plus grand cercle à parcourir. On faisait douze fois le tour de l'hippodrome. Celui qui avait le plus tôt achevé le douzième tour était proclamé vainqueur. Le grand art consistait à prendre le point le plus propre pour tourner autour de la borne : car , si le conducteur du char s'en approchait trop , il courait risque de s'y briser ; et s'il s'en éloignait trop aussi, son antagoniste le plus voisin pouvait lui couper le chemin et prendre le devant. Il ne faut pas croire cependant que dans la suite de la course les combattans gardassent toujours le rang dans lequel ils partaient : ce rang changeait souvent plusieurs fois dans un assez court espace de temps, et ces vicissitudes faisaient le plus grand plaisir des spectateurs et redoublaient l'intérêt du combat.

Tous ceux qui aspiraient à la victoire n'étaient point obligés à conduire eux-mêmes leur char •,

SUR LES JEUX OLYMPIQUES

il suffisait qu'ils fussent présens au spectacle ou même qu'ils envoyassent les chevaux destinés à mener le char 5 mais dans l'un et l'autre cas , il fallait d'abord faire inscrire sur les registres les noms de ceux pour qui les chevaux devaient combattre, soit dans la course des chars, soit dans la simple course à cheval.

Les femmes , au témoignage de Pausanias (livre 3e), furent admises par la suite à disputer le prix de la course des chars. Cynisca, sœur d'Agésilas, roi de Lacédémone, fut la première qui , par sa victoire , ouvrit cette carrière aux personnes de son sexe. Les Spartiates lui érigèrent un superbe monument, et une inscription en vers transmit à la postérité la mémoire de son triomphe.

La lutte paraît avoir été usitée dès les premiers siècles de la Grèce. Hercule l'institua aux jeux olympiques , et Thésée aux jeux isJhmiques en même temps. Jusqu'à ce héros la lutte s'était pratiquée sans art et d'une manière toute naturelle -, mais il établit le premier les palestres où des maîtres l'enseignaient aux jeunes gens.

Après que les lutteurs s'étaient frottés d'huile , on les divisait par couple , et ils en venaient aux mains. C'est alors qu'il fallait les voir se mesurer des yeux , puis soudain s'empoigner et s'enlacer mutuellement de leurs bras nerveux , se tirer rudement en avant , se pousser et se renverser en arrière , se serrer à la gorge jusqu'à s'ôler la respiration , se plier obliquement et sur les côtés , s'enlever en l'air, se heurter de front comme des béliers. Pour être vainqueur il fallait renverser son adversaire trois fois. De là les verbes triaxai et apotriaxai, remporter la victoire , et apotriachthênai , être vaincu. On distinguait deux sortes de luttes : orthiapalê, ou orthopalè, où les combattans devaient se tenir debout ; et anaklinopalê , où ils pouvaient à leur choix se rouler sur l'arène. On les nommait alors kulistikoi. Le vaincu reconnaissait sa défaite de vive voix , ou en levant le doigt en l'air \ de là l'expression aire daktulon, confesse-toi vaincu.

Le pugilat pugmê, ou pugmikê , était un combat à coups de poings. Les pugilistes armaient quelquefois leurs mains de pierres ou de masses de meta! , nommées sphairai , et le combat s'appelait alors sphairomachia. Dans les premiers temps , on combattait seulement avec les poings ; l'usage du ceste s'introduisit par la suite.

C'était une espèce de gantelet composé de plusieurs courroies ou bandes de cuir, qu'on fortifiait par des plaques de fer, de cuivre ou de plomb : il se liait à l'entour du bras et servait à rendre les coups beaucoup plus violens. Le grand art dans cet exercice consistait à éviter les coups de son adversaire par un mouvement souple du corps et à ne point porter ses propres coups à faux. On les dirigeait sur le visage de l'adversaire, et les meurtrissures s'appelaient alors upôpia.

Quelque acharnés que fussent les combattans l'un contre l'autre, l'épuisement où les jetait une trop longue résistance les réduisait souvent à la nécessité de prendre un peu de repos. Ils supendaient donc de concert le pugilat pour quelques momens, qu'ils employaient à se remettre de leurs fatigues et à essuyer la sueur dont ils étaient inondés 5 puis ils revenaient une seconde fois à la charge et continuaient à se battre jusqu'à ce que l'un d'eux, laissant tomber ses bras de faiblesse et de défaillance, fît connaître qu'il succombait à la douleur et à l'extrême lassitude , et qu'il demandait quartier, ce qui était s'avouer vaincu.

Le pancrace était un combat composé de la lutte et du pugilat. On le nommait ainsi (de deux mots grecs , pan kratos ) parce qu'il exigeait toute la force du corps. Dans la lutte, il n'était pas permis de jouer des poings , ni dans le pugilat de se colleter; mais dans le pancrace, non-seulement on avait droit d'employer toutes les ruses pratiquées dans la lutte , on pouvait encore emprunter le secours des poings et des pieds , même des dents et des ongles pour vaincre son adversaire.

Le disque (diskos) , sorte de palet pesant , rond et plat , de trois ou quatre pouces d'épaisseur, était fait quelquefois de bois, mais le plus souvent de pierre , de plomb ou de fer. Ceux qui s'exerçaient à ce combat s'appelaient diskoboloi, lanceurs de disque; et le vainqueur était celui qui le lançait le plus loin. On attribuait aux Lacédémoniens l'invention de cet exercice salutaire , dont le but était de rendre les hommes plus propres à porter le poids des armes et à en faire usage.

Le saut {aima) tirait son nom apo tou allesthai. Quelquefois les sauteurs se présentaient les mains vides 5 quelquefois ils portaient dans leurs mains , sur leur tête et sur leurs épaules, des poids de métal ou de pierres nommés ah

DISSERTATION

têres, qu'ils jetaient en Pair, à l'instant où ils s'élançaient, pour donner à leur corps plus d'élasticité. La lice , d'où l'on sautait , s'appelait balêr ; le but, ta eskammena , de sxaptô, creuser, parce qu'on le désignait en creusant la terre ; de là le proverbe pêdan uper ta eskammena, sauter au-delà du but, appliqué aux ex- Iravagans.

Les Grecs donnaient le nom de pentathle à l'assemblage des cinq sortes d'exercices agonistiques mentionnés dans ce vers :

Aima , podôkeiên , diskon, akonta, païen.

Le saut , la course , le disque , le pugilat et la lutte. On croit que cette sorte de combat se décidait en un seul jour et quelquefois même en une seule matinée. Pour en mériter le prix , qui était unique , il fallait être vainqueur à tous ces divers exercices.

Avant la fin du cinquième jour on se rendait en foule au stade pour assister à la proclamation des vainqueurs, qui n'était qu'une répétition générale de ce que l'on avait fait à la suite de chaque combat. En un instant les gradins du cirque , la colline Cronium , le bois sacré de l'Aîtis et toutes les avenues du stade étaient inondés des flots de la multitude , qui se pressait au milieu de l'allégresse universelle et publique. Les couronnes étaient placées dans le stade sur des trépieds d'airain , et les palmes dans des urnes. Alors le son de la trompette se faisait entendre ; aussitôt le silence régnait parmi les spectateurs , et l'un des présidens (ellênodikai) proclamait à haute voix les noms des vainqueurs, tandis qu'un autre leur mettait la couronne sur la tête et dans la main droite la palme de la victoire. A cette vue, des acclamations s'élevaient de toutes parts , des cris mille fois répétés frappaient les airs et faisaient retentir au loin les vallons du Cronium et les rives de l'Alphée ; alors un héraut, précédé d'une trompette , conduisait tout autour du stade l'athlète revêtu d'un manteau magnifique , et répétait à la multitude son nom et celui de sa patrie; partout on lui jetait des fleurs -, partout , sur son passage , les acclamations redoublaient -, partout on lui témoignait avec transports la part qu'on prenait à sa victoire , et le plaisir qu'avait causé le spectacle de son combat. Comme il pouvait remporter plus d'une victoire , il recevait aussi plus d'une couronne et plus d'une palme.

Avant que les vainqueurs quittassent la carrière, un des présidens inscrivait sur le registre public leur nom , celui de leur pays et l'espèce de combat dans lequel chacun avait remporté la victoire-, enfin l'on proclamait solennellement le vainqueur à la course des chars , et son nom était donné à l'olympiade.

Voilà donc quelle était dans le principe la récompense de tant de travaux , une couronne d'olivier sauvage , une simple branche de palmier! Et c'était pour l'obtenir que les Grecs supportaient tant de fatigues , s'imposaient tant de privations ! La politique de ce peuple voulut faire entendre par là que Fhonneur devait en être le seul but , et non point un vil intérêt; il voulut accoutumer ses enfans à ne chercher pour récompense de la vertu que la vertu même. Eh ! de quoi en effet n'auraient pas été capables des hommes qui se seraient habitués à n'agir que par ce principe? C'est aussi ce qui causa Fétonnement de Tigrane , l'un des principaux chefs de l'armée de Xercès, lorsque, entendant raconter ce qui faisait le prix de ces jeux, il s'écria, en s'adressant à Mardonius , général de l'armée persane : k Ciel ! avec quels hommes nous allezvous mettre aux mains ! Insensibles à l'intérêt, ils ne combattent que pour la gloire! » Exclamation pleine de sens et de sagesse , qui fut regardée par l'orgueilleux Xercès comme Tenet d'une honteuse lâcheté.

Longtemps les Grecs bornèrent toute leur ambition à de simples couronnes ; et ce désintéressement leur fut d'autant plus honorable qu'il était un témoignage authentique du cas qu'ils faisaient de la pauvreté , à laquelle ils ne craignaient pas d'associer les dieux qui présidaient à ces combats. C'est ce qui a fait dire à Aristophane , dans Plulus :

O Zeus dêpou pcnelai . kai tout'édê phanerôs sedidaœo. Fi gar eploutei , pôs poiôn autos ton Olumpiakon

agôna.

Ina tous Ellènas apantas aei dï etous pemptou xu-

nageirei, Ane/cerutten ton athlêlôn tous nikôntas, stephanàsas Kotinou stephanô ? Kaitoi chrusô mallon echrèn, eiper

eploutei.

Mais dans la suite les princes et les personnages opulens , qui ne dédaignaient pas de se mesurer dans la carrière, introduisirent des changemens cl firent peu à peu disparaître celte antique cl admirable simplicité. D'abord,.

SUR LES JEUX OLYMPIQUES

on permit aux alhlètes victorieux de fournir des tables magnifiques pour exposer les couronnes 5 celle d'Iphitus était ornée de basreliefs , ouyrage de Colotés , élève de Phidias. Puis, comme la poésie faisait ordinairement Féloge des vainqueurs; chacun d'eux fut jaloux de voir célébrer son triomphe par un panégyriste dont la renommée s'étendît au loin 5 aussi payait-on à grands frais les poètes les plus célèbres et un chœur nombreux de musiciens , qui mêlaient leurs accords mélodieux aux chants des hymnes. Bientôt la sculpture se réunit à la poésie et à la musique pour éterniser ces triomphes. Des statues furentérigées aux vainqueurs dans le lieu môme où ils avaient été couronnés , quelquefois aussi dans celui de leur naissance. La patrie faisait ordinairement les frais d'un monument dont elle partageait la gloire. Le bois sacré de l'Altis était rempli d'une quantité prodigieuse de statues des dieux , des héros , et surtout des athlètes ; on y voyait aussi un grand nombre d'autels et de trophées magnifiques. Si le vainqueur était peu fortuné , il était nourri le reste de ses jours dans le prylanée aux dépens de la patrie , et le trésor lui payait chaque année 500 drachmes , environ 250 francs de notre monnaie. Ils avaient encore la préséance dans les jeux publics , et étaient exempts d'impôt et de toute fonction onéreuse. Tous ces avantages sont énumérés dans ce passage de Xénophanes , de Colophon :

AU' ei men tachutêti podôn niMn Us aroito,

ê pentathlenôn entha dios temenos,

par Pisaoroês en Oiumpiê, eite palaiôn,

ê kai puktosunên alginoessan echôn,

ei te ti deinon aethlon, 0 pankration kaleousin ,

astoisi k' eiê kedroteros pros akra,

kaike proedrièn phanerên en ayôsin aroito,

kaike siteiê dêmosiôn kteanôn

ek poleôs, kai dôron 0 oi keimèlion eiê

eite kai ippoisin tanta g' apanta lachof.

Lorsque l'athlète retournait dans sa patrie , ses parens et ses amis lui formaient un cortège nombreux 5 et à son arrivée ses concitoyens sortaient au-devant de lui pour le recevoir. Monté sur un char à quatre chevaux , et décoré des marques de sa victoire , il entrait dans la ville, non par la porte, mais par une brèche que l'on faisait exprès à la muraille. On portait des flambeaux devant son, char, qui s'avançait lentement au milieu des cris d'allégresse , des fan-

fares des instrumens , des chants de victoire -s précédé et suivi d'un cortège plus nombreux et plus magnifique encore que celui qui l'avait accompagné dans le voyage.

La cérémonie du triomphe athlétique se terminait ordinairement par un festin que le peuple donnait à ses dépens au vainqueur, â ses parens et à ses amis , ou que l'athlète donnait à ses frais -, et alors il régalait souvent une grande partie des spectateurs. Quand le peuple en faisait la dépense, les athlètes étaient traités dans les prylanées. Celui d'Olympie , placé dans le bois sacré de Jupiter, auprès du gymnase, avait une salle pour les festins publics. Lorsque les athlètes en faisaient eux-mêmes les frais , ils choisissaient des lieux proportionnés à la multitude des conviés. Alcibiade , après s'être acquitté des sacrifices dus â Jupiter (car c'était toujours par là que se terminait le cinquième jour des combats) , traita toute l'assemblée avec une somptuosité extraordinaire.

C'était ordinairement au milieu de la joie de ces festins que la poésie célébrait le triomphe du vainqueur et la gloire qui en rejaillissait sur sa patrie et sur ses parens. Aussi l'enthousiasme des convives semblait se communiquer au poëte : son esprit s'enflammait 5 et alors ses chants s'élevaient véritablement à la hauteur de son sujet. Ainsi , quelque magnifiques , quelque sublimes que soient les expressions figurées de Pindare pour représenter la gloire dont se couvraient les vainqueurs , elles ne sont ni outrées ni hyperboliques et ne font que retracer la haute idée que les Grecs eux-mêmes en avaient. Ce peuple éclaire ne concevait rien de comparable : il ne croyait pas qu'il fût permis à un mortel de porter ses désirs plus loin -, et cette opinion subsistait encore du temps de Cicéron et d'Horace. Cicéron , dans ses Tusculanes, assure que la victoire que l'on remportait aux jeux olympiques était pour les Grecs ce que l'ancien consulat dans toute la splendeur de son origine était pour les Romains : Olymplorum Victoria , Grœcis consulatus ille antiquis videbatur. Ailleurs il dit que vaincre à Olympie était presque dans l'idée des Grecs quelque chose de plus grand et de plus glorieux que de recevoir à Rome les honneurs du triomphe : Olympionicam esse , apud Grœcos propè majus fuit et gloriosiùs quàm Romœ triumphasse (pro Flacco , n. 31). Mais Horace parle de ces sortes de victoires dans des termes

DISSERTATION

encore plus forls 5 il ne craint point de dire qu'elles élevaient le vainqueur au-dessus de la condition humaine; ce n'était plus un homme, c'était un dieu :

. . . Pnlmaquenobilis Terrarum dominos evehit ad Deos.

Od. I, lib. I.

Sivo quos Eleadomun redneit Palma cœlesles.

Od. 2, lib. 4.

Cependant le relâchement s'étant introduit dans les courses de chevaux et de chars s'étendit insensiblement aux autres exercices. Ces combats, si illustres par leurs auteurs et si utiles par le but qu'ils s'y proposaient, donnèrent lieu aux maîtres qui les pratiquaient avec plus de succès et qui les enseignaient à la jeunesse, de s'y livrer par ostentation et de faire assaut entre eux pour le simple plaisir de se donner en spectacle et de chercher à divertir le public.

Aussi l'auteur de V Esprit des lois observet-il que, a du temps de Platon, les jeux olympiques étaient encore dignes d'admiration. Ils se rapportaient à un grand objet , qui était l'art militaire. Mais lorsque les Grecs n'eurent plus de vertus ces institutions détruisirent l'art militaire même. On ne descendit plus dans l'arène pour se former, mais pour se corrompre. Plutarque raconte que de son temps les Romains pensaient que ces jeux avaient été la principale cause de la servitude où étaient tombés les Grecs : c'était au contraire , reprend judicieusement notre profond politique , la servitude des Grecs qui avait corrompu ces exercices. Du temps de Plutarque , l'exercice de la lutte rendait les jeunes gens lâches , les portait à un amour infâme et n'en faisait que des baladins. Du temps d'Epaminondas , le combat de la lutte faisait gagner aux Thébains la bataille de Leuctres (liv. 8, chap. 11). »

La cessation entière des jeux olympiques arriva la deux cent unième olympiade , à compter de celle de Corœbus , l'an du monde 3977-, de la fondation de Rome 783, et de notre ère le vingt-huitième. Cette Olympiade se trouve inscrite du nom iïHermogène, de Pergame , qui fut sans doute le dernier vainqueur à la course des chars. Rome , qui jusque-là s'était contentée de vaincre l'univers, vaincue à son tour par le luxe de la Grèce subjuguée, voulut plaire et

avoir ses spectacles , ses cirques , ses amphithéâtres. Tous les regards se tournèrent de ce côté ; les peuples y accoururent en foule pour faire leur cour aux empereurs , et désertèrent insensiblement le stade olympique.

Nous terminerons cette dissertation par quelques réflexions sur la manière dont Pindare divise ses odes en strophes , antistrophes et épodes.

Les odes que les premiers poètes composèrent pour célébrer les louanges de la divinité furent non -seulement embellies par tous les charmes de la poésie mais encore relevées par le son des instrumens les plus harmonieux. Bientôt après , la musique ayant été introduite dans le sanctuaire, la danse ne tarda pas à l'être aussi , parce que ces deux arts se lient intimement l'un à l'autre par l'expression ; aussi trouve-t-on chez toutes les nations au nombre des cérémonies religieuses la danse appelée sacrée.

Cette danse était en usage chez les Juifs dans les fêtes solennelles établies par la loi , ou dans les occasions de réjouissance publique pour rendre grâces à Dieu et pour l'honorer. Après le passage de la mer Rouge et avant la promulgation de la loi , Moïse et sa sœur [chantèrent et dansèrent devant le peuple pour remercier le Seigneur de les avoir arrachés à la vengeance de Pharaon,

Lorsque la nation sainte célébrait quelque événement heureux, où le bras du Tout-Puissant s'était manifesté d'une manière éclatante , les Lévites exécutaient des danses solennelles.

David se joignit à ces ministres sacrés, et dansa en présence de tout Israël lorsque l'arche fut ramenée dans la maison d'Obédédom à Bethléem.

La danse sacrée ne se trouve pas seulement chez le peuple juif, elle était encore pratiquée chez les Égyptiens , qui l'établirent en l'honneur dTsis. On leur doit aussi l'invention de la danse astronomique, qui s'exécutait dans les temples et qui représentait , par des mouvemens variés et certaines figures l'ordre, le cours des astres et leurs différentes révolutions. Platon et Lucien en parlent comme d'une invention sublime.

Orphée , qui avait puisé chez les Égyptiens toutes ses idées sur la divinité et son culte, introduisit aussi chez les Grecs la danse sacrée. Depuis lui, toutes les fois qu'on élevait un autel

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