‹ Les petits poèmes grecsChapitre 163 sur 358 · DES JEUX ISTHMIQUES · texte numérisé non relu

DES JEUX ISTHMIQUES

Les jeux isthmiques , ainsi nommés de Fisthme de Corinthe qui joint le Péloponèse au reste de la Grèce , se célébraient dans cet isthme, près d'un temple de Neptune et d'un bois de pins consacré à ce Dieu. Ils furent institués en l'honneur de Palœmon ou Mélicerte , fils d'Athamas , roi de Thèbes, et d'Ino, qui, pour échapper à la fureur de son mari , se précipita avec Mélicerte dans la mer, où Neptune les reçut au nombre des divinités. Le corps de Palœmon , porté par un dauphin jusque sur le rivage de Corinthe, fut recueilli par Sisyphe, roi de cette ville , qui lui rendit les devoirs funèbres et consacra des jeux à sa mémoire, environ 1350 ans avant Jésus-Christ.

Une autre tradition nous apprend que Thésée fut le fondateur de ces jeux qu'il consacra à Neptune. L'opinion la plus probable est que leur origine remonte à l'époque de Mélicerte , mais qu'ils reçurent en effet de Thésée une organisation nouvelle.

De tous les peuples de la Grèce , les Eléens seuls étaient exclus de cette solennité. Une formule d'imprécation des plus terribles leur en interdisait l'approche. Ces jeux se célébraient tous les trois ans, ou, selon d'autres, de cinq en cinq ans. Interrompus quelque temps par l'oppression violente que Cypséîus , roi de Corinthe , fit peser sur ses sujets , ils furent repris dans la suite avec plus de splendeur et de magnificence. Les désastres de Corinthe ne les interrompirent nullement, en attendant que cette ville sortît de ses ruines , les habitans de Sicyone se chargèrent de leur célébration.

Des couronnes de pin et ensuite d'ache ou de persil flétri étaient le prix des vainqueurs 5 on supprima par la suite le persil, et le pin reprit ses droits.

Les Romains , après leurs victoires , sous le consul Mummius , 144 ans avant Jésus-Christ, élevèrent la magnificence de ces jeux au plus haut degré de splendeur.

A HERODOTE, THEBAIN.

Thèbes au bouclier d'or, ô ma mère! je quitte tout lorsqu'il s'agit de toi. Pardonne, pierreuse Délos , si je suspends les chants que je t'ai destinés-, les gens de bien ont-ils rien de plus cher, rien de plus vénérable que leurs parens ? Modère donc ton impatience , île chérie d'Apollon 5 bientôt avec l'aide des dieux j'aurai accompli ma double promesse -, bientôt à la tête d'un chœur que formeront les habitans de la maritime Céos, je chanterai Phébus à la longue chevelure et l'isthme de Corinthe qui , semblable à une digue , s'élève fièrement au milieu des deux mers. Déjà l'isthme , dans ses jeux solennels , a ceint de six couronnes le front des enfans de Cadmus : leurs victoires ont étendu au loin la gloire de ma patrie , de cette illustre Thèbes , où Alcmène mit au monde ce fils intrépide, qui fit trembler jadis le chien terrible de Géryon.

Maintenant je vais célébrer la gloire d'Hérodote , qui , sans le secours d'une main étrangère, a conduit à la victoire son char attelé de quatre coursiers agiles 5 et pour que mes louanges lui soient plus honorables , je veux le chanter à l'égal de Castor et d'Iolas. Héros fameux, tous deux habiles à diriger un char rapide, ils firent également la gloire de Lacédémone et de Thèbes, leurs patries. Mille fois on les vit triompher aux jeux solennels de la Grèce et orner leurs demeures de trépieds, de vases et de coupes d'or, fruits délicieux de leurs victoires. Ce fut dans ces luttes glorieuses qu'ils firent admirer leur adresse et leur courage , tantôt nus au milieu de rudes combats , tantôt à la course, revêtus d'une pesante armure ou couverts d'un bouclier retentissant.

Avec quelle impétuosité leurs bras nerveux lançaient-ils le javelot rapide ou le disque de pierre ! Alors les cinq jeux n'étaient point réunis sous le nom de pentathle, un prix particulier récompensait chaque genre de combat. Que de couronnes de feuillage ombragèrent

ISTHMIQUES

leurs fronts près de la fontaine de Dircé et sur les bords de l'Eurotas , lieux à jamais célèbres , qui virent naître le fils d'Iphiclès (1) , issu du même sang que les enfans de Sparte , et le fils de Tyndare, descendant de ces Achéens qui peuplèrent le sol escarpé de Théraphé.

Héros immortels ! agréez mon hommage. En consacrant cet hymne à Neptune Isthmien et aux rives d'Oucheste qui lui est chère , j'unirai les louanges d'Hérodote à celles d'Asopodore, son illustre père. Je Yeux aussi célébrer Qrchomène, berceau de ses aïeux, qui l'accueillit si bien lui-même lorsque, après un naufrage sur une mer orageuse , il fut réduit à la plus horrible détresse. Maintenant son heureux destin lui a rendu sa première prospérité.

Le mortel qui s'est instruit par les leçons de l'adversité a acquis pour l'avenir une sage prévoyance. Quand la vertu doit sa gloire à d'honorables dépenses ou à de nobles efforts , il est juste de ne lui point envier ses succès et de lui accorder les louanges qu'elle a méritées. D'autant plus qu'il est si facile au sage de récompenser les pénibles travaux des athlètes par un éloge dont la patrie partage également l'honneur. Il est pour les mortels différentes récompenses de leurs fatigues : le berger, le laboureur, le chasseur, le nautonier n'ambitionnent pas la même; tous cependant font les mêmes efforts pour repousser la misère et la faim. Mais celui qui est sorti victorieux de la lice ou des combats meurtriers reçoit sa plus douce récompense s'il entend ses concitoyens et les étrangers répéter son nom et ses exploits.

En célébrant la victoire que vient d'obtenir à la course des chars un ami , un concitoyen , il faut aussi rendre de solennelles actions de grâces au fils de Saturne, au puissant Neptune qui ébranle la terre et qui préside à ces nobles exercices. Je n'oublierai pas non plus tes fils, ô Amphitryon! le golfe de Minya, le bois d'Eleusis consacré à Gérés et l'Eubée, lieux témoins des victoires d'Hérodote à la course. Enfin je rappellerai, ô Protésilas! le monument que, près de Pylacé, érigèrent en ton honneur les belliqueux Achéens. Mais c'est en vain que je voudrais embrasser dans les bornes étroites d'un hymne toutes les victoires que Mercure, arbitre de nos jeux, a accordées aux coursiers et au char d'Hérodote : ce qu'on

est obligé de taire n'en est pas moins hono rable.

Puisse-t-il, élevé au plus haut point de gloire sur les ailes brillantes des Muses à la voix éclatante , déposer un jour dans Thèbes aux sept portes ces palmes qu'il aura cueillies aux champs de Py tho , ou à Olympie , sur les bords rians de l'Alphéeî Mais si l'homme jaloux d'enfouir dans sa maison d'obscurs tré sors , par un rire moqueur insulte à mes chants, qu'il sache que son âme descendra sans gloire dans la nuit de l'Erèbe.

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