‹ Les petits poèmes grecsChapitre 233 sur 358 · FÊTE D'ADONIS · texte numérisé non relu

FÊTE D'ADONIS

Corgo et Praxinoé s'égaient sur le compte de leurs maris; elles se rendent ensuite au palais de Plolémée , où Arsinoé célébrait la fêle d'Adonis avec une grande magnificence. Chemin faisant, les deux amies s'entretiennent des belles actions du prince. Louanges d'Adonis chantées par une Argienne.

GORGO? PRAXINOÉ, EUNOA, UNE VIEILLE, 1er ÉTRANGER, 2e ÉTRANGER.

GORGO

Praxinoé est-elle au logis?

EUNOA.

Vous voici bien tard , chère Gorgo ! Oui ,

elle y est.

PRAXINOE.

Je suis émerveillée de te voir. Eunoa, donne un siège , mets-y un coussin.

GORGO

Il n'est pas nécessaire.

PRAXINOÉ.

Assieds-toi donc.

GORGO

Heureuses les âmes sans corps ! Praxinoé , quelle peine pour arriver ici I Je suis excédée. Partout des quadriges, des gens à chlamyde, à bottines , des soldats sous les armes ; partout une foule immense; et quel trajet! J'ai cru n'arriver jamais.

PRAXINOÉ.

C'est mon imbécille de mari qui est venu

me loger au bout du monde , dans un antre plutôt que dans une maison, c'est pour nous séparer , je crois. Qu'il aime à me contrarier ! Oh ! c'est ma mort que cet homme-là.

GORGO

Ma chère, ne parle pas ainsi de ton mari devant cefenfant; vois comme il te regarde.

PRAXINOÉ.

Zéphyrion, mon fils, va, ce n'est pas de papa que je parle.

GORGO

Par Proserpine-Î cet enfant comprend Il

est beau, ton papa.

PRAXINOÉ.

Dernièrement ;, comme on dit, son père allait acheter du nitre et du fard pour moi , et ce grand génie m'apporte du sel.

GORGO

Mon mari Dioclidas, ce bourreau d'argent , n'en fait pas d'autres. Il acheta hier sept drachmes cinq toisons , vrai poil de chien , besaces en lambeaux, haillons pièce sur pièce. Mais prends ton voile et ta mante , et allons au palais du grand roi Plolémée, voir la fêle d'Adonis. On m'a dit que la reine a préparé une pompe solennelle.

PRAXINOE.

Chez les grands tout est grand. On conte ce qu'on voit à ceux qui n'ont rien vu.

GORGO

Il est temps de partir. Il est toujours fête pour les oisifs.

PRAXINOÉ.

Eunoa , de l'eau. Qu'elle est lente I Le chat veut se reposer mollement. Remue-loi donc! Vite de l'eau; c'est de l'eau qu'il me faut d'abord. Avec quelle grâce elle l'apporte ! Allons, verse; mais, maladroite, pas si fort. Malheureuse, vois comme ma robe est trempée I C'est assez-, je suis lavée comme il plaît aux dieux. La clé de cette armoire ? Donne-la moi,

GORGO

Cette robe à longs plis te sied à merveille , Praxinoé. Dis-moi , qu'en vaut l'étoffe ?

IDYLLES

PRAXINOE.

Je t'en prie , ne m'en parle pas , Gorgo ; une ou deux mines d'argent fin, peut-être plus encore , sans la broderie , qui m'a coûté un travail infini.

GORGO

Bu moins, tu dois être contente.

PRAXINOÉ.

Il est vrai. Mon manteau et mon voile, place-les avec goût. Je ne t'emmène pas , mon fils , il y a des loups et les chevaux mordent les petits enfans. Pleure tant que tu voudras, je ne veux pas te faire estropier. Partons. Holà! nourrice , fais jouer l'enfant , appelle le chien et ferme la porte.

Grands dieux: quelle foule! Comment traverser ? c'est une vraie fourmilière.

O Ptolémée ! depuis que ton père s'est élevé au rang des dieux , que de bienfaits tu verses sur nous ! Le voyageur aujourd'hui marche en sûreté, sans craindre de hardis fripons, de vrais Egyptiens. Comme auparavant manœuvraient ces hommes exercés à la ruse , tous de la même trempe , tous d'intelligence !

Ma chère Gorgo , qu'allons-nous devenir ? ce cheval se cabre! qu'il est rétif!... Sotte Eunoa, veux-tu reculer!... Il va tuer son maître!... J'ai bien fait de laisser mon fils à la maison.

GORGO

Rassure-loi , Praxinoé , il nous ont dépassés et sont déjà près de la place d'armes.

PRAXINOÉ.

Enfin , je respire ! Le cheval et le froid serpent , voilà ce que j'ai toujours craint depuis mon enfance. Hâtons-nous , car la foule s'approche.

GORGO

La mère , venez-vous du palais ?

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