‹ Les petits poèmes grecsChapitre 236 sur 358 · DEUXIÈME ÉTRANGER · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ÉTRANGER

Paix donc , bavardes impitoyables , qui roucoulez comme des tourterelles vos syllabes traînantes.

GORGO

Par Tellus ! d'où sortez-vous donc , l'ami ? Que vous importe notre babil? Commandez à vos esclaves. Voudriez-vous par hasard dicter vos lois à des Syracusaines? Sachez que nous sommes Corinthiennes d'origine, aussi bien que l'illustre Bellérophon, et que nous parlons la langue du Péloponèse. Eh bien ! défendezvous à des Doriennes de parler dorien ?

THÉOCRITE

des doux sucs de l'olive -, la terre et les airs ont apporté leur tribut.

» Là s'élève avec art un berceau de verdure où s'entrelace l'aneth odorant-, au-dessus voltigent les Amours enfantins, comme on voit les jeunes rossignols perchés sur des arbustes, essayer leurs petites ailes en voltigeant de branche en branche.

» Oh ! que d'ébène et d'or I et ces deux aigles de l'ivoire le plus pur, portant sur leurs ailes déployées le jeune échanson du fils de Saturne! Ces tapis de pourpre sont plus doux que le sommeil ! s'écrieraient Milet et Samos même.

PRAXINOE.

0 Proserpine! garde-nous d'un nouveau maître -, un seul nous suffît. Mon ami , sachez que je ne vous crains pas.

GORGO

Tais-toi , Praxinoé! la célèbre Argienne dont le talent l'emporte sur celui de Sperchis va chanter les louanges d'Adonis. Je suis sûre qu'elle va commencer 5 voilà qu'elle prélude. Quel plaisir !

ARGÉA chante.

(( Toi qui chéris Golgos , Idalie et la haute Érix, Vénus, dont les faveurs ont plus de prix que l'or, après douze mois révolus , les Heures nous ont ramené Adonis des bords de l'avare Achéron. Les Heures chéries ont rendues tardives , se désirs ; toujours elles apportent aux mortels quelque don consolateur.

» Vénus , reine de Cypre , aimable fille de Bioné, c'est toi qui donnas l'immortalité à la mortelle Bérénice, en versant sur son sein l'ambroisie goutte à goutte. Touchée de tes soins généreux , déesse aux noms divers, Arsinoé , fille de Bérénice , non moins belle qu'Hélène, couvre de richesses ton jeune amant/

» Ici , autour d'Adonis , on voit réunis les fruits les plus beaux de nos vergers, de frais jardins encaissés dans l'argent, et des vases d'albâtre étincelans de dorures pleins des parfums de Syrie ; tous les mets que ces jeunes beautés préparent sont formés avec des fleurs de blanche farine de pure froment , du miel et

, que les dieux rendent enfin à nos

» Au-dessous est un lit pour Vénus ; le bel Adonis occupe l'autre, Adonis époux à dixhuit printemps -, ses baisers ne piquent point : à peine ses lèvres se dorent d'un tendre duvet, Vénus , réjouis-toi d'avoir un tel époux !

» Quand au lever de l'aurore , la terre demain sera encore mouillée de rosée, nous irons toutes ensemble le porter avec pompe sur les bords des flots écumans,et, les cheveux épars, la robe flottante, le sein découvert, nous entonnerons l'hymne solennel:

((Toi seul, ô Adonis! toi seul des demidieux , obtins l'insigne don de passer du Ténare au séjour des vivans. Ils n'ont point eu cet honneur le fier Agamemnon , Ajax au cœur bouillant , Hector le plus illustre des vingt fils d'Hécube, Patrocle, Pyrrhus heureux vainqueur de Troie-, ni avant eux, les Lapithes , les enfans de Deucalion, de Pélops , ni les Pélasges , ces fondateurs de la nation grecque : tous ont subi la loi commune des mortels.

» 0 Adonis ! sois-nous propice maintenant et toujours. Nos cœurs se sont réjouis de ton arrivée-, fais qu'ils se réjouissent encore à ton retour. »

GORGO

Praxinoé, quel chant! Femme heureuse!

Oh! oui, heureuse de son admirable talent I Quelle voix mélodieuse!... Mais il est temps de partir : Diodidasest à jeun , et quand il a faim, malheur à qui l'aborde !

Adieu bel Adonis -, viens encore quand Phebus aura fini son cours , viens apporter la joie et le bonheur.

IDYLLES

XVIe IDYLLE

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