TRADUITES PAR GREGOIRE ET COLLOMBET
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PREFACE
Il n'existe en français qu'une version de Synésius ; elle a pour tilre : Les hymnes de Synese Cyrenean , evesque de Ptolemaide , traduits du grec en françois par laques de Courtin de Cissé , gentilhomme percheron-, Paris, Gilles Beys, 1581 , in-16, à la suite des Eûmes poétiques du même auteur. Ce volume est rare ; il y en a un exemplaire à la bibliothèque de la rue Richelieu. Comme tous les poètes du seizième siècle , Courtin de Cissé traduit son modèle en vers aussi intelligibles à peu près que le texte ; on jugera au surplus de son mérite par l'hymne suivant , qui est le huitième :
Je mari'rai céte fois Ma haute-chantante voix A la chanson dorienne De ma harpe aonienne.
En ton honneur bienheureux , En ton honneur merueilleux , 0 fils de la Vierge mère , De la Vierge singulière.
Or chasse d'autour de moi Toute peur et tout émoi.
Garde , ô mon roy ! que ma vie Au mal ne soit asseruie, Soit que le soleil doré Orne le ciel azuré , Soit que lassé de sa course Il cherche l'onduleuse source Epans sur moi le raion De l'ineffable surgeon.
Mes membres armez de force Bastent contre toute entorce, Que ma jeunesse et mes faits Viuent en honneur parfaits.
Ains que la douce vieillesse D'une tremblante foiblesse Face chanceler mes pas Pour me conduire au trépas, Fay qu'en heureuses iournées l'allonge maintes années, Mariant à la santé Un auis sage arrêté.
Prens en ta garde, mon Frère , Lequel tu as, ôbon Père, Quand ia l'Enfer pallissant
Le retenoit languissant,
Fait retourner de nagueres
Dessous les célestes sphères,
Et as étanché les pleurs
Qui témoignoient mes douleurs,
Et la déuorante flame
la maîtresse de mon ame,
Le tirant de l'autre bord ,
Desia proye de la mort ,
Pour l'amour de moi , ô Père !
Qui t'en auoi fait prière.
Que ma seur et ses enfans Soient à iamais triomfans , Et dessous ta main tranquille Garde touiours sa famille.
Aies , 6 Seigneur ! pitié De ma fidelle moitié ; Que par toi elle soit pure De maladie et d'iniure, Tres-chere , semblable à moi , Quelle , loialle en sa foi , Entre-tienne d'un cueur sage Les accors du mariage, Chastes, purs, fuians touiours Les impudiques amours , Et son ame hors de la serre De celte fâcheuse terre.
Chasse de moi tout mal-heur, Chasse de moi la douleur, Et qu'auec la troupe sainte Qui ne sent la fiere attainte De la mort , ni du destin , l'aille, louangeant sans fin Ta deité debonnere, Auec celle de ton père.
Que ie puisse encor tenter Mon lut à fin de chanter Un hymne plein d'excellence A ta diuine puissance, Peut estre que quelquefois D'une plus hautaine voix Pour tes louanges redire , le repincerai ma ljre.
Il existe plusieurs traductions latines de Synésius la plus connue est celle du P. Péteau -} mais en pré-
NOTICE SUR SYNÉSIUS
sence du grec de notre poëte et de son vague platonisme, le latin du célèbre jésuite ne lève pas toutes les difficultés.
Nous avons suivi , pour cette édition, le texte que M. Boissonnade publia en 1825 dans son volume des Lyrici Grœci (Paris, Lefévre, 1 vol. in-18). Le Synésius moderne, plus complet que celui du P. Pé tau , occupe une grande place dans ce recueil , et va de la page 97e à la 160e. M. Boissonnade a bien voulu revoir nos épreuves , c'est-à-dire nous communiquer avec une rare bienveillance des remarques abondantes et précieuses que nous avons fait passer dans notre travail et qui sont pour nous une garantie.
Aux hymnes de Synéskis nous avons ajouté un hymne de saint Clément d'Alexandrie , qui se trouve
imprimé à la suite de plusieurs éditions de notre auteur. Nous avons suivi le texte publié récemment en Allemagne par M. Ferdinand Piper, et enrichi de savantes scholies. Le petit in-8° de M. Piper a pour titre : Titi Fïavii Clemenlis hymnus in Christun-, Salvatorem. — Severi Sancti Endelechii carmen bucolicum De mortibus boum , edidil, vertit, iliustravit Ferdinandus Piper ; Gottingae , Douerlich,
Un ancien éditeur disait , en parlant de l'hymne de saint Clément :
« Quin etiam Clementis Alexandrini hymnum satis » insignem , quoniam ejusdem est et generis et car- » minis , ad finem velut epimetron adjecimus. »
C'est aussi la raison pour laquelle nous plaçons à la fin de cet ouvrage l'hymne de saint Clément.
NOTICE SUR SYNÉSIUS
Un caractère remarquable du ive siècle , de cette époque environnée de si près par la barbarie , c'est que les génies suscités par le christianisme se produisaient à la fois sur tous les points du monde romain. Cet idéalisme qui remplaçait la mythologie , et dont Grégoire de Nazianze offrit de si beaux modèles dans ses vers, ne se montre pas avec un éclat moins original dans les hymnes de Synésius, évèque de Ptolémaïs et contemporain de Chrysostôme. Ses ouvrages sont un monument curieux de la civilisation qui régnait encore au quatrième siècle dans laCyrénaïque, contrée de l'Afrique méridionale anciennement oclonisée par les Spartiates , quelque temps rivale de Carthage , tombée dans la suite sous la domination des Ptolémée d'Egypte, et léguée par l'un d'eux en héritage aux Romains qui d'abord la déclarèrent libre et ne tar dèrent pas à la soumettre aux préteurs de l'île de Crète.
Cette fertile région que Pindare , dans ses vers , a nommée le Jardin de Vénus, et qui fil longtemps une partie du commerce de l'Orient, avait perdu beaucoup de sa splendeur : « Je pleure, disait Synésius, sur cette terre illustre de Cyrène qu'ont habitée les Carnéade et les Aristippe. » La capitale même était dépeuplée et presque en ruine, mais on comptait encore dans la province quatre grandes villes, Bérénice, Arsinoé, Apollonie et Ptolémaïs.
Ce fut là que, vers le milieu du quatrième siècle, naquit Synésius, d'une famille riche et illustre. Il ne fut pas , comme la plupart des orateurs chrétiens de son temps, préparé à l'enthousiasme par la solitude et les pratiques austères. Quoique le christianisme se fût
depuis longtemps répandu dans la Cyrénaïque, Synésius ne reçut d'abord que l'éducation philosophique. Il alla dans Alexandrie écouter les leçons de la célèbre Hypatie, qui, belle, éloquente,v ertueuse, enseignant à ses auditeurs charmés les vérités de la géométrie , semblait une Muse plus sévère suscitée pour la défense du paganisme.
Après les écoles d'Alexandrie, Synésius visita celles d'Athènes, cherchant la sagesse que se disputaient les partis et les sectes philosophiques ou religieuses.
De retour dans sa patrie , il continua les mêmes études. Ses concitoyens, accablés de maux par l'administration de l'empire et les invasions des Barbares, le députèrent à la cour d'Arcadius, vers l'époque où Chrysostôme venait d'en être banni. Synésius y prononça, devant le faible empereur, un discours sur les devoirs de la royauté, monument d'une philosophie libre et pure. Il ne craint pas d'y censurer le luxe de la cour de Bysance et la honteuse lâcheté qui faisait confier les dignités du palais et de l'armée à des étrangers, à des chefs d'origine barbare. C'étaient d'autres réprimandes que celles de la chaire chré tienne. Elles pouvaient être plus utiles au peuple, en réveillant le patriotisme et le courage.
Sysénius était marié, possesseur de vastes domaines, souvent occupé de fêtes et de plaisirs. La chasse et les travaux des champs ne lui prenaient pas moins de temps que la philosophie de Platon : « Mes doigts, dit-il lui-même, sont moins occupés à tenir la plume qu'à manier les dards et les bêches. »
NOTICE SUR SYNESIUS
Dans ce loisir, la fortune et la réputation de Synésius devaient attirer sur lui les regards de l'égiise chrétienne , toujours animée du prosélytisme qui lui avait soumis l'empire romain. Synésius était trop éclairé, peut-être trop mondain, pour partager les rêveries de quelques-uns de ces platoniciens qui, dans Alexandrie et dans Athènes, croyaient perpétuer le paganisme . en le transformant par un mélange bizarre d'abstractions et d'illuminisme ; mais il tenait fortement à quelques idées métaphysiques peu d'accord avec la théologie chrétienne. En croyant à l'immortalité de l'âme il ne pouvait admettre l'éternité des peines. Il adoptait les idées pures des chrétiens sur l'essence divine, mais il blâmait ou dédaignait leurs querelles sur les dogmes sacrés de leur foi, et dans le calme de sa raison et de son heureuse vie, on ne pouvait espérer qu'il se précipitât vers les autels d'un culte triomphant avec cette ardeur qui jadis attirait tant de néophytes vers des autels entourés de persécutions et de mystères. La simple initiation chrétienne qui, dans les premiers siècles, était un attrait assez puissant pour l'enthousiasme et la curiosité, ne suffisait plus, maintenant que le pouvoir et la foule étaient passés du côté du christianisme. Se convertir, c'était ressembler à tout le monde, et, par cela même, il y avait une sorte de séduction dans l'indépendance de l'esprit philosophique qui , dégagé des anciennes fables, sans appartenir entièrement à la loi nouvelle, se faisait à lui-même son culte et sa foi.
Telle était la situation d'âme où se complaisait Synésius, savant, riche, heureux, admiré de ses compariotes. Les efforts des chrétiens redoublèrent pour attacher à leur foi une si difficile conquête; ce fut une négociation suivie par les plus célèbres évêques d'Orient. Le peuple de Ptolémaïs le demanda pour évèque. Le patriarche d'Alexandrie, Théophile, le pressa de consentir à sa consécration. Synésius se défendait avec une modeste franchise, en alléguant ses goûts, ses opinions. Il se croit assez de vertu pour être philosophe, mais pas assez pour être évèque, dans l'idée sublime qu'il s§ fait des devoirs et des travaux de l'épiscopat.
« Songes-y , dit-il dans une lettre à son frère ,-je partage aujourd'hui mon temps entre le plaisir et l'élude. Quand j'étudie , surtout les choses du ciel, je me retire en moi ; dans le plaisir, au contraire, je suis le plus sociable des hommes. Mais un évèque doit être un homme de Dieu, étranger, inflexible à tout plaisir, entouré de mille regards qui surveillent sa vie, occupé des choses célestes , non pour lui, mais pour les autres , puisqu'il est le docteur de la loi et doit parler comme elle '. » Un autre motif du refus de Synésius, c'était son mariage : « Dieu lui-même, dit-il, la loi et la main de Théophile m'ont donné une épouse; aussi je déclare et j'affirme que je ne veux ni me séparer d'elle ni vivre furtivementavecellecomme un adultère ; je veux et je souhaite au contraire en avoir de
1 Epist. xxi.
beaux et nombreux enfans. » L'adoption de Synésius parut un si grand avantage aux évêques d'Orient qu'on eut égard à tous ses scrupules et qu'on lui permit de garder sa femme et ses opinions.
A ce prix, Synésius devint évèque de Ptolémaïs. Il ne semble pas que sa vie ait beaucoup changé dans cet état nouveau. L'étude de la philosophie profane, les plaisirs des champs, le goût des arts et de la poésie continuèrent d'occuper ses jours. Il y mêla seulement la méditation de l'Ecriture sainte et les soins charitables de l'épiscopat ; mais du reste il parut indifférent à ces controverses de théologie si épineuses et si subtiles, dont le sacerdoce chrétien fatiguait l'esprit des peuples.
Synésius , dans sa belle retraite de Libye , consacrait son éloquence à de plus utiles sujets. Souvent il célébrait, dans ses vers pleins d'élégance et d'harmonie, les mystères de la foi chrétienne, la grandeur de Dieu, son ineffable puissance , sa triple unité, la rédemption des âmes, la fin des sacrifices sanglans et le commencement d'une loi plus douce, pour l'univers.
Telles sont les idées qui remplissent les chants du poète philosophe et chrétien . On sent le disciple de Platon et l'imitateur des anciens poètes de la Grèce ; mais cette couleur de métaphysique religieuse, qui est la poésie de la pensée, donne à ses accens un charme d'originalité sans lequel il n'y a point de génie. L'évêque grec du ive siècle ressemble quelquefois , dans ses chants; à quelques-uns de ces métaphysiciens rêveurs et poètes que la liberté religieuse à fait naître dans l'Allemagne moderne. Ce rapprochement ne doit pas étonner : le rapport des situations morales fait disparaître la distance des siècles. La satiété et le besoin de croyances, l'affaiblissement d'un ancien culte, l'enthousiasme solitaire substitué aux engagemens d'une croyance vieillie et bientôt insuffisant comme elle; enfin l'adoption d'une foi nouvelle où l'esprit, ébloui par la fatigue, croit souvent retrouver ses propres idées et se fixe dans une règle qu'il transforme à sa manière , tel est le travail intérieur, la révolution morale par laquelle ont passé plusieurs de ces écrivains allemands tour à tour incrédules, déistes et catholiques.
L'imagination orientale qui , dans ses abstractions comme dans son enthousiasme , a plus d'un rapport avec la poésie des peuples du Nord, ajoute à la vérité de ce parallèle. Mais écoutons quelques hymnes de l'évèque marié de Ptolémaïs, du philosophe chrétien et poète , qui mêle un souvenir de Platon au dogme du christianisme :
Viens à moi, lyre harmonieuse ! etc.
Synésius, dans ses autres hymnes, ramène souvent les mêmes pensées. Cette poésie méditative a plus de grandeur que de variété. On peut cependant apercevoir dans les vers de Synésius le progrès de sa
NOTICE SUR SYNESIUS
croyance. L'extase un peu rêveuse est insensiblement remplacée par une foi plus positive, et l'imagination du poëte finit par se confondre avec le symbole de l'évêque.
Malgré ce goût pour la contemplation , Synésius embrassa fortement les devoirs de l'épiscopat , tel qu'il se montrait alors , zélé pour la défense du peuple et des opprimés. Il eut le beau caractère de la charité courageuse des premiers temps. Andronicus, gouverneur de la Cyrénaïque, eu était le Verres ; il y avait introduit des supplices et des tortures inconnues dans les mœurs de cetle colonie.grecque. Après avoir inutilement réclamé près de lui par les conseils et la prière , Synésius le frappa d'une sorte d'excommunication par laquelle ils lui interdisait l'église de Ptolémaïs , et conjurait toutes les églises d'Orient d'imiter cet exemple.
Il est à remarquer cependant que l'évêque de Ptolémaïs ne prétendait attacher aucun pouvoir politique à l'épiscopat ; ces deux choses lui semblaient inconciliables : « Dans les temps antiques, dit-il les mêmes hommes étaient prêtres et juges. Les Egyptiens et«les Hébreux furent longtemps gouvernés par des prêtres; mais comme l'œuvre divine se faisait ainsi d'une manière tout humaine, Dieu sépara ces deux existences : l'une resta religieuse, l'autre toute politique.
» Pourquoi essayez-vous donc de réunir ce que Dieu a séparé , en mettant dans les affaires , non pas l'ordre, mais le désordre ? Rien ne saurait être plus funeste. Vous avez besoin d'une protection, allez au dépositaire des lois ; vous avez besoin des choses de Dieu, allez au prêtre de la ville. La contemplation est le seul devoir du prêtre qui ne prend pas faussement ce nom \ »
Mais, sans doute, en s'interposant pour les opprimés, en séparant de sa communion le préfet romain qui avait fait injustement torturer les plus illustres citoyens de la Cyrénaïque, Synésius, chrétien et grec , croyait ne remplir qu'un devoir et venger également sa foi et son pays.
Quelque temps après, le gouverneur ayant été disgracié, Synésius, dont il avait imploré le secours, le défendit contre la fureur du peuple. Mais la malheureuse province de Cyrène respirait à peine des cruautés d' Andronicus qu'elle fut ravagée par des peuplades barbares contre lesquelles le faible empire d'Orient ne pouvait la défendre. Ces peuplades 2, où les femmes mêmes étaient armées, détruisaient tout sur leur passage , et ne réservaient que les enfans des vaincus pour les élever et les enrôler dans leurs rangs. Monumens des arts antiques et du culte nou-
1 Synesii Opéra, p. 198.
2 Wid. pag. 300.
veau, derniers restes de la splendeur de cette florissante colonie, cités, temples, églises, tout périssait ! Rien de plus touchant , de plus expressif, que les plaintes de l'évêque grec , qui voyait s'anéantir à la fois les deux civilisations qu'il aimait.
Dans sa douleur, il mêlait tous ses souvenirs chrétiens et profanes avec une naïveté, image curieuse de ces temps : « 0 Cyrène , disait-il , dont les registres publics font remonter ma naissance jusqu'à la race des Héraclides ! Tombeaux antiques des Doriens , où je n'aurai pas de place ^Malheureuse Ptolémaïs, dont j'aurai été le dernier évèque ! Je ne puis en dire davantage, les sanglots étouffent ma voix ! Je suis tout entier à la crainte d'être forcé peut-être à quitter le sanctuaire. Il faut nous embarquer et fuir ; mais quand on m'appellera pour le départ , je supplierai qu'on attende ; j'irai d'abord au temple de Dieu, je ferai le tour de l'autel, je baignerai le pavé de mes larmes, je ne m'éloignerai pas avant d'avoir baisé le seuil et la table sainte. Oh! que de fois j'appellerai Dieu! oh ! que de fois je saisirai les barreaux du sanctuaire ! Mais la nécessité est toute-puissante, elle est impitoyable. Combien de temps encore me tiendrai-je debout sur les remparts et défendrai-je les passages de no tours? Je suis vaincu par les veilles, par la fatigue de placer des sentinelles nocturnes, pour garder à mon tour ceux qui.me gardent moi-même. Moi qui souvent passais les nuits sans sommeil pour épier le cours des astres, je suis accablé de ces veilles pour nous défendre des incursions ennemies. Nous dormons à peine quelques moment mesurés par la clepsydre ; ma part de repos m'est enlevée par le cri d'alerte ; et si je ferme les yeux, que de rêves affreux où me jettent les pensées du jour! Nous sommes en fuite, nous sommes pris, blessés, chargés de chaînes, vendus en esclavage !
» Cependant je resterai à mon poste, dans l'église; je placerai devant moi les vases sacrés, j'embrasserai les colonnes du sanctuaire qui soutiennent la table sainte; j'y resterai vivant , j'y tomberai mort. Je suis ministre de Dieu , et peut-être faut-il que je lui fasse l'oblalion de ma vie ! Dieu jettera quelques regards sur l'autel arrosé par le sang du pontife *. »
Le dévouement de l'évêque encouragea les habitans. Ptolémaïs assiégée repoussa les barbares; ils se rejetèrent sur le reste de la province, qui fut détruite et dépeuplée pour jamais. Dans l'obscurité qui couvre l'histoire de ces temps malheureux , on ne retrouve plus de détails sur Synésius, ni même la date de sa mort. Ce noble génie disparut au milieu des ruines de son pays. Tout périssait dans l'empire, et périssait oublié ; les ténèbres de la barbarie descendaient sur ce magnifique et ingénieux Orient.
1 Synesii Opéra, pag. 198
HYMNES
Viens donc, lyre harmonieuse-, après les chansons du vieillard de Téos , après les accens de la Lesbienne , fais entendre sur un ton plus grave des vers qui ne célèbrent pas les jeunes filles au voluptueux sourire, ni les charmes séducteurs des jeunes amans»
La pure inspiration de la divine sagesse me presse de disposer les cordes de la lyre pour de pieux cantiques-, elle m'ordonne de fuir la douceur empoisonnée des terrestres amours. Qu'estce, en effet, que la force, la beauté, l'or, la réputation, les pompes des rois, au prix de la pensée de Dieu?
Qu'un autre presse un coursier ; qu'un autre sache tendre un arc-, qu'un autre garde des monceaux d'or 5 qu'un autre se pare d'une chevelure tombant sur ses épaules ; qu'un autre soit célébré parmi les jeunes hommes et les jeunes filles pour la beauté de son visage!
Quant à moi , qu'il me soit donné de couler en paix une vie obscure , inconnue des autres mortels, pourvu que je connaisse les choses de Dieu !
Puisse venir à moi la sagesse , excellente compagne du jeune âge comme des vieux ans, et reine de la richesse î La sagesse supporte en riant et sans effort la pauvreté , la pauvreté inaccessible aux soucis amers de la vie. Que j'aie seulement assez pour n'avoir pas besoin de la chaumière du voisin, et pour que la nécessité ne me réduise pas à de sombres inquiétudes.
Entends le chant de la cigale qui boit la rosée du matin. Regarde 5 les cordes de ma lyre ont retenti d'elles-mêmes. Une voix harmonieuse vole autour de moi. Que va donc enfanter en moi la divine parole?
Celui qui est à soi-même son commencement, le conservateur et le père des êtres , sur les hauts sommets du ciel, couronné d'une gloire immortelle, Dieu repose inébranlable.
Unité pure des unités, monade primitive, qui engendre dans un enfantement sublime et rassemble en un faisceau les simples sommités. De là, jaillissant sous sa forme originelle, la monade mystérieusement répandue reçoit une triple puissance.
La source suprême se couronne de la beauté des enfansqui, du centre sortis, roulent autour du centre divin.
Arrête , lyre audacieuse, arrête; ne montre pas aux peuples les mystères très-saints. Chante les choses d'ici-bas , et que le silence couvre les merveilles d'en haut.
Mais l'âme ne s'occupe plus que des mondes intellectuels, car c'est de là qu'est venu sans mélange le souffle de l'humaine pensée.
Cette âme, tombée dans la matière, celte âme immortelle est une parcelle de ses divins auteurs , bien faible , il est vrai ; mais l'âme qui les anime eux-mêmes, unique, inépuisable, tout entière partout, fait mouvoir la vaste profondeur des cieux ; et , (andis qu'elle conserve cet univers , elle existe sous mille formes diverses.
Une partie anime le cours des étoiles; une autre le chœur des anges; une autre, pliant sous des chaînes pesantes, a reçu la forme terrestre, et, plongée dans ce ténébreux Léthé, admire ce trisie séjour, dieu rabaissé vers la terre.
Il reste cependant, il reste toujours quelque lumière dans ses yeux voilés-, il reste dans ceux qui sont tombés ici , une force qui les rappelle aux cieux, lorsque, échappés des flots de la vie, ils entrent dans la voie sainte qui conduit au palais du Père.
Heureux qui, fuyant les cris affamés de la matière, et s'échappant d'ici-bas, monte vers Dieu d'une course rapide! Heureux qui, libre des travaux et des peines de la terre , s'élançant sur les routes de l'âme, a vu les profondeurs divines !
SYNESIUS
C'est un grand effort de livrer toute son âme à toutes les ailes des célestes désirs.
Soutiens cet effort par l'ardeur qui te porte aux choses intellectuelles. Le Père céleste se montrera de plus près à toi , te tendant la main. Un rayon précurseur brillera sur la route, et rouvrira l'horizon idéal , source de la beauté.
Courage, ô mon âme! abreuve-toi dans les sources éternelles • monte par la prière vers le créateur, et ne tarde pas à quitter la terre. Bientôt, te mêlant au Père céleste, tu seras Dieu dans Dieu même.
Encore la lumière , encore l'aurore j encore le jour qui brille après les sombres ténèbres.
Chante encore , ô mon âme ! en un hymne matinal , ce Dieu qui a donné son éclat à l'aurore , qui a donné à la nuit ses étoiles , chœur harmonieux se déroulant autour des mondes.
Placé sur le feu le plus pur, l'éther a voilé la surface de la matière flottante, aux lieux où la majestueuse lune élève son disque d'argent.
Par de là la huitième sphère des cercles constellés , un espace dépeuplé d'astres , agitant en son sein des orbes qui se croisent en leur cours, se déploie autour de la grande intelligence dont les blanches ailes couvrent l'extrémité du monde céleste.
Dans les régions ultérieures, un auguste silence enveloppe les êtres intellectuels unis et pourtant séparés.
Une seule source, un seul principe brille sous une forme trois fois resplendissante. Là où se trouve la profondeur du Père, là se trouve aussi la splendeur du Fils , enfantement ineffable de son cœur -, là éclate encore la sagesse créatrice du monde, et la lumière de l'esprit saint qui resserre cette unité.
Une seule source, un seul principe produit une riche abondance de biens , un germe mystique puissant et fécond, et les splendeurs éblouissantes des bienheureuses substances.
Le chœur des ministres immortels , qui se rattachent de plus près au monde, célèbre en
des hymnes mystérieux la gloire du Père et la personne du premier né.
Auprès de leurs créateurs bienveillans , les bataillons des anges qui ne connaissent pas la vieillesse, tantôt plongeant dans les profondeurs intellectuelles, contemplant avec admiration le principe de toute beauté} tantôt regardant les sphères , régissent l'immensité du monde et abaissent l'éclat céleste jusqu'aux derniers confins de la matière où la nature affaissée enfante la troupe tumultueuse et rusée des démons. C'est du milieu de cet éclat céleste que s'élance le Fils , et que l'esprit, répandu autour de la terre , en a vivifié les parties et leur a donné des formes diverses.
Tout dépend de ta volonté 5 tu es le principe des choses présentes, passées, futures , de tout. Tu es le père , tu es la mère ; tu es le mâle , tu es la femelle 5 tu es la voix , tu es le silence ; tu es la nature féconde de la nature. O roi ! tu es le siècle du siècle.
Autant qu'une faible voix peut le proclamer, salut donc, salut à toi, centre des êtres, monade des nombres éternels , de ces rois qui n'ont pas de substance. Gloire à toi , gloire à toi , car en Dieu réside la gloire. Prête une oreille favorable à la jubilation de mes chants.
Révèle-moi la lumière de la sagesse 5 donnemoi une glorieuse félicité : donne-moi l'éclat brillant d'une vie tranquille ; écarte loin de moi l'indigence et le terrestre fléau des richesses ; repousse loin de mon corps lés maladies et l'ardeur honteuse des passions -, repousse loin de mes jours les soucis rongeurs 5 fais que les ailes de mon âme ne demeurent point retenues pesamment à la terre, mais que, prenant un libre essor, je puisse m'élancer dans les secrets divins de ton fils.
Courage, ô mon âme! entonne des hymnes sacrés , assoupis les ardeurs qu'enfante la matière, excite les rapides élans de l'intelligence.
Au roi des dieux nous tressons une couronne , nous lui offrons une victime non sanglante , nous lui adressons des chants pour libation.
C'est toi que je célèbre sur la mer, toi que je célèbre dans les îles, toi que je célèbre sur
HYMNES
le continent, et au sein des villes, et sur le sommet des montagnes , et dans les brillantes plaines lorsque j'y pose mes pieds , ô Dieu , père du monde !
La nuit m'amène à toi pour dire tes louanges, ô souverain!
À toi le matin , à toi le jour, à toi le soir j'adresse mes hymnes.
J'ai pour témoin l'éclat resplendissant des astres, la course paisible de la lune, et l'immense soleil , qui est le modérateur des astres purs , l'arbitre saint des saintes âmes.
Je détache mes ailes de la vaste matière, pour m'élancer vers tes parvis dans ton sein , joyeux d'arriver à ton vestibule sacré.
Je vais en suppliant, tantôt vers les temples saints où l'on célèbre tes mystères , tantôt sur la cime des hautes montagnes, tantôt dans les vallées profondes de la déserte Libye, rivage brûlé du Notus , et que ne souille jamais un souffle impie, que ne foule jamais le pied des hommes livrés aux soucis de la ville.
C'est là que mon âme , pure de passions , dégagée de désirs , exempte de travaux , de pleurs, de colère, de querelles, et secouant loin d'elle tous ces funestes enfans du cœur, t'adressera d'une voix chaste et d'une pensée pieuse , les hymnes qui te sont dus.
Paix dans les cieux et sur la terre-, que l'Océan se calme , que Pair fasse silence.
Taisez-vous souffle des vents ; arrêtez-vous tourbillons des flots impétueux , cours des fleuves , sources des fontaines.
Que le silence règne aux diverses régions du monde, pendant que j'adresse en sacrifice des hymnes sacrés.
Qu'ils se cachent sous terre les serpens sinueux , qu'il se cache sous terre aussi le dragon ailé, ce démon de la matière, ce nuage de l'âme, cet ami des idoles, qui excite contre nos prières les aboiemens de ses satellites.
Toi Père , toi bienheureux , défends contre les chiens voraces et mon esprit, et mon âme, et ma prière, et ma vie et mes œuvres.
Mais que l'offrande de mon cœur soit agréée de tes ministres augustes, pieux messagers des hymnes saints.
Me voici déjà au terme de mes chants sa-
crés -, déjà retentit dans mon cœur une voix divine. O bienheureux I aie pitié de moi, Père pardonne-moi , si j'ai touché à ce qui te regarde, sans la décence, sans la pureté convenables.
Quel œil assez sage , quel œil assez perçant ne sera point ébloui de tes splendeurs ?
Contempler d'un regard fixe l'éclat de ton visage , c'est ce qui n'est pas donné même aux immortels.
Mais l'esprit tombant de tes hauteurs , embrasse tout ce qui t'environne, essaie de percer des mystères impénétrables , d'envisager la lumière qui brille dans ton immense profondeur.
Puis abandonnant ce qu'il ne peut atteindre, il pose un regard ferme sur tes œuvres éclatantes , et s'inspirant à la vue de cette lumière, il entonne tes louanges, fait taire les vents impétueux , te restitue ce qui t'appartient.
Ehî quelle chose n'est pas tienne, ô roi ! ô le père de tous les pères! ^ô le père de loimême!
Toi le père antérieur, toi qui es sans père , fils de toi-même, toi , l'unité qui précède T uni té ;
Toi , le germe des êtres , le centre de tout , esprit éternel et sans substance 5 racine des mondes, lumière brillante des choses premières, vérité pleine de sagesse, source de sapience, esprit voilé de tes propres splendeurs , œil de toi-même , maître de la foudre, père des siècles, vie des siècles.
Toi qui surpasses les dieux , toi qui surpasses les intelligences, toi qui les gouvernes à ton gré. ^
Esprit père des esprits, toi qui donnes la naissance aux dieux, toi le créateur des âmes , toi qui les nourris ? Source des sources , principe des principes , racine des racines. Tu es la monade des monades , le nombre des nombres , la monade et le nombre; lu es l'intelligence, l'être intelligent, l'être intelligible , tu es avant tout ce qui est intelligible.
Seul et tout seul en toutes choses, et seul avant toutes choses, germe de tout, racine et branche, nature parmi les intelligences, le mâle et la femelle.
L'âme initiée à tes profondeurs ineffables, et qui se meut autour d'elles, s'exprime en ces termes :
SYNESIUS
Tu es ce qui enfante , tu es ce qui est enfanté, tu es ce qui illumine , tu es ce qui brille, tu es ce qui paraît , tu es ce qui est caché ; lumière voilée dans sa propre splendeur, seul et tout, tout en toi et en toutes choses.
Tu as été épandu Père ineffable, pour engendrer un fils, la divine sagesse, la sagesse créatrice; mais de la sorte épandu , tu enfantes par une indivisible division.
Je te chante , ô unité ! je te chante , ô trinité î Tu es unité bien que tu sois trinité, tu es trinité quoique tu sois unité. L'intellectuelle division conserve indivisé encore ce qui fut divisé.
Tu as été épandu sur le fils par une profonde sagesse, et cette sagesse elle-même est une nature moyenne , nature ineffable , qui est avant toutes les natures.
Il n'est pas permis de dire qu'un second soit sorti de toi-, il n'est pas permis de dire qu'un troisième soit sorti du premier.
Enfantement sacré, génération ineffable , tu es le terme de la nature qui enfante et de celle qui est enfantée.
Je vénère l'ordre secret des choses intellectuelles. Elles renferment quelque chose d'intermédiaire qui n'est point répandu au dehors.
Fils ineffable d'un père ineffable , enfanté pour toi-même , tu as paru à la lumière par cet enfantement ; tu as paru avec le père par la sagesse du père , et par toi la sagesse réside toujours dans le père.
Le temps aux flots immenses n a pas connu ta naissance merveilleuse , et les vieux siècles n'ont pas connu le fils dont les âges ne se déroulent point par une série d'années. Il a toujours apparu avec le père, le fils toujours né qui devait naître.
Qui donc en des choses inénarrables , a proposé un prix à l'audace des hommes ? C'est une audace impie que celle des aveugles mortels aux discours subtils. Il n'y a que toi qui puisses donner la lumière , la lumière des intelligences. Tu détournes des obliques sentiers de l'erreur les esprits pieux et saints , pour qu'ils n'aillent pas s'abîmer dans les ténèbres de la matière.
C'est toi , père du monde , père des siècles , créateur des dieux qu'il est permis de louer.
C'est toi que chantent les intelligences , ô roi! c'est toi, bienheureux, que célèbrent les ministres du monde , ces yeux brillans , ces esprits célestes autour desquels se meut la masse imposante de la création.
C'est toi que chantent les chœurs des bienheureux qui , hors du monde comme dans le monde, hors des zones comme dans les zones, gouvernent, ministres pleins de sagesse, les diverses parties de l'univers , qui prennent place à côté des pilotes glorieux sortis de la chaîne des Anges.
C'est toi que célèbre la race illustre des héros qui parcourent par des voies secrètes les œuvres des mortels, mortelles elles-mêmes.
C'est loi que célèbre l'âme restée debout et celle qui se penche vers les épaisses ténèbres de la terre -, c'est toi que la bienheureuse nature et ses enfantemens célèbrent , ô roi immortel! car tu gouvernes le monde avec un souffle vital , qui découle et s'élance de tes canaux divins.
Tu es le modérateur des mondes incorruptibles, tu es la nature des natures ; tu vivifies la nature, mère des êtres mortels , et image de la nature immortelle, afin que les bornes mêmes les plus reculées de la création participent à cette vie qui passe d'un être à l'autre.
Car il ne fallait pas que la lie du monde fût placée au sommet de la création ; mais les choses une fois rangées dans le chœur des êtres ne doivent plus périr, et tous les corps, par une admirable vicissitude, jouissent alternativement les uns des autres.
Le cercle éternel, échauffé par ton souffle, fait partout monter en chœur vers toi , mère nature , des hymnes du sein des êtres périssables embellis de tes couleurs , ornés de tes œuvres brillantes, et, par les voix diverses des êtres animés, il t'adresse aussi un concert unanime d'éloges.
Tous les êtres t'enyoiertt des hymnes sans fin : le jour et la nuit; les foudres, les neiges, le ciel, l'éther, le fondement de la terre, les eaux, les airs, tous les corps, tous les esprits, les semences, les fruits, les plantes et les gazons, les racines, les herbes, les animaux des champs, les oiseaux des cieux et le peuple des poissons.
Regarde aussi cette âme qui languit épuisée
HYMNES
sur ta Libye, et qui , dans tes fêtes augustes, s'applique à de saintes prières; cette âme qu'entourent les nuages de la matière.
Ton œil, ôPère ! peut percer cette enveloppe. Maintenant, mon cœur fécondé par tes hymnes jette une ardeur de feu dans mon intelligence.
Toi donc , ô roi ! illumine mes yeux afin qu'ils contemplent les choses célestes. Fais, ô Père ! qu'échappée au lien du corps , cette âme n'aille plus désormais se plonger dans la boue de la matière.
Pendant que je demeure assujetti aux liens de cette vie terrestre , que la fortune , ô Père ! me sourie favorable, et qu'un souffle ennemi ne vienne pas dessécher ma vie et la livrer aux tristes soucis.
Que je puisse vaquer toujours aux choses divines, et que je n'aille plus me rouler dans cette fange d'où échappé grâce à tes faveurs, je tresse pour toi une couronne cueillie dans les saintes prairies, et t'apporte ce tribut de louanges, à toi, prince des mondes purs, et à ton fils , sage de ta propre sagesse , à lui que tu as versé de ton sein ineffable, et qui réside en toi sorti de toi-même.
De là il régit toutes choses du souffle de sa sagesse , de là il préside à la longue chaîne des siècles , et règle la marche du vaste monde, jusque dans la profondeur des êtres qui tiennent à la terre.
Il éclaire de ses feux les âmes pieuses , il délivre de toute peine, de tout souci les malheureux mortels : c'est lui qui est l'auteur de tout bien, lui qui dissipe nos alarmes.
Mais quoi d'étonnant que le dieu créateur du monde éloigne tout mal de ses œuvres ?
O roi du vaste univers! je Yiens accomplir le vœu que j'ai formé en Thrace , où j'ai habité trois ans près de la demeure royale de la terre, où j'ai enduré de nombreuses fatigues, de lamentables tourmens, quand je portais en mon cœur la mère patrie.
La terre était arrosée de la sueur de mes membres qui combaltaient chaque jour.
Ma couche était inondée des larmes qui sortaient chaque nuit de mes yeux.
Les temples construits pour servir à ton culte, ô roi ! je les ai tous visités.
Je m'inclinais suppliant, je baignais le solde mes pleurs, et pour que mon voyage ne devînt pas inutile, j'implorais tous les esprits immortels, les ministres qui protègent les fécondes régions de la Thrace, qui sur le continent opposé président aux champs chalcédoniens et que lu as couronnés, ô roi ! des rayons angéliques pour en faire tes ministres sacrés.
Ce sont ces êtres bienheureux qui ont écouté mes prières , ce sont eux qui m'ont aidé , soulagé dans mes maux.
La vie alors ne m'était point douce, parce que ma patrie était opprimée; mais, ô roi! tu l'as affranchie de son deuil, toi qui ne connais pas la vieillesse, ô souverain du monde
Mon âme était défaillante, mes membres languissaient , tu as ranimé leur vigueur , tu as donné une force nouvelle à mon âme malheureuse.
Tu as su mettre, selon mes vœux , un doux terme à mes fatigues ; tu m'as accordé, ô roi ! le repos après de longues peines.
Conserve longtemps de semblables faveurs aux habitans de Libye, en considération du souvenir que j'ai toujours gardé de tes bienfaits , et en considération des souffrances cruelles que mon âme a endurées.
Je t'en supplie, accorde-moi une vie exempte de maux, préserve-moi des fatigues, préservemoi des maladies, préserve-moi des soucis rongeurs.
Accorde à ton serviteur une vie intellectuelle, n'épanche point sur moi les torrens des richesses afin que je puisse vaquer aux choses divines, ne fais pas non plus que la triste pauvreté, s'attachant à ma demeure , entraîne vers la terre les pensées de mon cœur.
Ces deux choses rabaissent l'âme vers la terre, ces deux choses font oublier l'intelligence, à moins que tu ne viennes , ô roi ! nous prêter des forces.
Oui, ô Père! ô source de la pure sagesse! fais briller dans mon âme les rayons de ta lumière, illumine mon cœur de l'éclat de ta sagesse , indique-moi d'une manière certaine la route sacrée qui mène à toi, écarte de ma vie et de mes prières ces esprits matériels qui tourmentent les âmes.
SYNÉSIUS
Conserve mon corps sain et sauf et défendsle des cruelles maladies -, conserve encore sans tache mon esprit, ô roi !
Maintenant, il est vrai, je fléchis sous le poids de la ténébreuse matière , et les passions m'étreignent de leurs terrestres liens-, mais tu es le libérateur , tu es le purificateur.
Délivre-moi des maux , délivre-moi des maladies , délivre-moi des entraves.
Je porte un germe de toi , une étincelle d'un esprit divin , cachée dans la profondeur de la matière.
Car tu as déposé une âme dans le monde et, par cette même âme , tu as placé un esprit dans mon corps , ô roi
Prends pitié de celle qui est ta fille , ô bienheureux !
Je suis descendue de toi pour être mercenaire sur la terre , mais de mercenaire je suis devenue esclave ; la matière a su me captiver par ses artifices magiques.
Cependant il reste encore en moi quelque chose de la pupille spirituelle qui n'a pas perdu toute sa vigueur 5 mais d'obscurs nuages sont répandus autour d'elle et la rendent aveugle , elle, destinée à contempler Dieu.
Père , prends pitié de ta fille suppliante ; bien souvent déjà elle a voulu , par des ascensions spirituelles , monter jusqu'à toi ; mais les charmes de la matière l'ont toujours retenue. Toi donc , ô roi î illumine ses yeux afin qu'ils s'élèvent jusqu'aux choses célestes.
Allume dans mon cœur un feu et un incendie pour conserver sur ma tête ce faible dépôt de lumière.
Place-moi , ô Père ! dans le centre de la lumière salutaire, où la nature ne porte pas la main et d'où ne puissent plus me ramener ni la terre , ni la fatale nécessité des destins.
Que ton serviteur se dérobe par la fuite au malheur d'une naissance terrestre.
Entre moi , ô Père ! et entre le tumulte d'icibas , qu'il s'élève une flamme
Donne, Père, donne a ton serviteur de déployer enfin les ailes de l'intelligence.
Que mon âme suppliante porte le signe du Père, épou vantail des esprits dangereux qui ,
s'élançantdes profondeurs de ïa terre, soufflent aux mortels de coupables pensées.
Ce signe que je montrerai à tes ministres saints qui , dans les hauteurs du brillant univers , tiennent les clés des avenues de l'Empyrée , pour qu'ils m'ouvrent les portes de la lumière.
Tandis que je rampe encore sur une terre misérable que je ne sois pas terrestre.
Dès ici-bas , donne-moi le fruit des œuvres célestes, des paroles véridiques et tous ces sentimens qui réchauffent dans l'âme la douce espérance.
Je me repens d'une vie terrestre ; loin de moi, fléaux des impies mortels , opulence des villes ; loin de moi vices flatteurs , charmes sans attraits que la terre emploie pour captiver l'âme et la retenir en servitude ; et la malheureuse boit l'oubli de ses biens, jusqu'à ce qu'elle tombe dans la mauvaise part, car il est deux parts de la séduisante matière.
Celui qui jette la main à table sur les mets délicats se repentira d'avoir pris la part amère, lorsque des forces opposées l'entraîneront.
Car c'est la loi de l'humaine nécessité ; elle verse de deux coupes la vie aux mortels. Le vin pur et le bien pur et sans mélange c'est Dieu ou les choses divines.
Enivré à la douce coupe , j'ai touché de près aux choses mauvaises; je suis tombé dans le filet , j'ai éprouvé le malheur d'Épiméthée et je hais les lois variables et changeantes.
Me hâtant vers les tranquilles prairies du Père, je précipite mes pas, mes pas fugitifs, pour me dérober au double présent de la matière.
Regarde-moi, ô arbitre de ïa vie intellectuelle! vois une âme suppliante s'efforcer sur la terre de former de saintes ascensions.
O roi! illumine ces yeux qui se dirigent vers le ciel , donne-moi des ailes légères -,
Coupe les chaînes , relâche les liens des doubles passions, ces liens avec lesquels la trompeuse nature incline les âmes vers la terre.
Fais que, me dérobant aux dangers du corps, je puisse d'un vol rapide m'élancer jusque dans ton palais , jusque dans ton sein , d'où l'âme tire son origine.
HYMNES
Goutte céleste, j'ai été répandue sur la terre; rends-moi à la source d'où je suis sortie, fugitive et vagabonde.
Permets que je sois unie à la lumière créatrice.
Permets que, dirigée par toi, ô Père! je t'offre solennellement avec le chœur des esprits célestes des hymnes spirituels.
Permets, ô Père! qu'unie à la lumière, je n'aille plus me plonger désormais dans la fange terrestre.
Et pendant que je demeure assujetti aux liens de cette vie matérielle , que la fortune , ô Père! vienne me sourire favorable.
C'est toi quà i aurore, toi qu'aux rayons croissans de la lumière , toi qu'au milieu du jour , toi que vers le coucher du soleil sacré, toi que dans la nuit mystérieuse je célèbre , ô Père!
Toi , le médecin des âmes , le médecin des corps, le distributeur de la sagesse; toi qui éloignes les maladies, loi qui donnes aux cœurs une vie tranquille, une vie que ne troublent point les soucis de la terre , père des douleurs, père des souffrances.
Puissent mes années être à l'abri des chagrins cruels, afin que je célèbre dans mes hymnes ki mystérieuse origine de toutes choses et que les péchés rebelles ne me séparent jamais de Dieu!
C'est toi que je chante, immortel souverain du monde. Que la terre fasse silence quand je célèbre la gloire. Quand je t'adresse des prières que l'univers se taise, car il est ton ouvrage, ô Père!
Que l'on n'entende ni le sifïïementdes vents, ni le murmure des arbres , ni le chant des oi-
Que Féther , que les régions aériennes écoutent mes chants en silence;
Que les courans des eaux , apaisant leur bruit, s'arrêtent dans leur marche.
Ceux qui troublent les hymnes sacrés, ces démons qui se plaisent au sein des ténèbres, qui habitent au milieu des tombeaux , qu'ils
fuient mes saintes prières; mais ces ministres bienfaisans du Père céleste, qui habitent les profondeurs et les extrémités du monde, qu'ils entendent avec bienveillance ces hymnes adressés au Père et qu'ils daignent lui porter mes supplications.
Unité des unités, père des pères, principe des principes , source des sources, racine des racines, bien des biens, astre des astres, monde des mondes, idée des idées, beauté immense , semence mystérieuse , père des siècles, père des mondes intellectuels, que ne peut décrire la parole et duquel s'échappe un souffle parfumé qui, planant sur la masse du corps, vient y créer un autre monde!
C'est toi que je chante par ma voix, ô immortel! toi que je chante par mon silence; car, si tu entends le son de la voix, tu n'entends pas moins le silence de l'âme.
Je chante aussi le fils premier né , premier flambeau.
Fils glorieux d'un père ineffable , je te célèbre, ô immortel ! toi et ton père suprême.
Je chante cet enfantement sublime, cette sagesse féconde, ce principe médiateur, cet esprit saint, ce centre du père, ce centre du fils.
Tu es la mère, lu es la sœur, tu es la fille ; c'est toi qui as présidé à la naissance de cette racine mystérieuse.
Car, pour qu'il y eût communication du père au fils , la communication elle-même a trouvé un germe;
Elle s'est vue, elle troisième, Dieu de Dieu, et par cette sublime communication du père immortel, le fils a trouvé naissance,
Tu es unité, bien que trinité; unité qui demeure, et trinité permanente ; mais cette division intellectuelle conserve encore indivisible ce qui est divisé.
Le fils demeure dans le père et ne laisse pas de gouverner au dehors tout ce qui est du père, communiquant au monde cette félicité de vie puisée à la source où il la puise lui-même.
Yerbe que je chante ainsi que le Père souverain , c'est l'ineffable pensée du Père qui te donne le jour, et tu es le Yerbe conçu du Père.
Tu es le premier engendré de la première
racine ; tu es la racine de toutes les choses qui furent créées depuis ta glorieuse naissance.
L'ineffable unité, la semence universelle t'a semé , toi qui es aussi la semence de tout ; car tu es en toutes choses.
C'est par toi que la nature suprême, moyenne et inférieure, jouit des dons précieux de Dieu le père , d'une vie féconde.
C'est pour toi que les sphères , qui ne connaissent pas la vieillesse, roulent dans leur mouvement infatigable.
C'est d'après ta direction que les sept astres sont emportés d'un mouvement contraire dans les rapides révolutions de leurs globes immenses. »
C'est par ta volonté que des étoiles nombreuses décorent un seul monde, ô fils glorieux !
Parcourant les régions célestes , tu reliens indissoluble la course des siècles.
C'est d'après tes saintes lois , ô immortel . que , dans les hauteurs immenses des espaces aériens , se meuvent les chœurs des astres étineelans.
C'est toi qui , aux habitans des cieux , aux habitans de l'air, aux habitans de la terre , aux habitans des enfers, assignes leur tâche et distribues la vie.
C'est toi qui dispenses l'intelligence aux êtres divins et à ceux des êtres mortels qui ont été trempés de la rosée intellectuelle.
C'est loi qui donnes l'âme aux êtres dont la vie , dont la nature infatigable , dépendent de l'âme.
Les aveugles rejetons de l'âme sont suspendus à ta chaîne, et toutes les créatures qui sont dépourvues d'intelligence puisent dans ton sein la force qui les conserve, force que ta puissance leur^ommunique du sein mystérieux du Père, la monade mystérieuse,
C'est de là que le ruisseau de vie s'échappe et se répand, grâce à ta puissance, jusque sur la terre , à travers les mondes incompréhensibles des intelligences -,
C'est par là que le monde visible , image du monde intellectuel, recueille la source des biens qui descend d'en haut.
Ce monde a eu pour second soleil le père de
SYNESIUS
la seconde lumière, soleil qui illumine les
yeux, le dispensateur de la matière qui naît et meurt , le fils , type sensible du soleil intellectuel , le distributeur des biens qui sont dans le monde ; tout cela par ta volonté , fils glorieux , ô Père ! que l'on ne peut connaître, père ineffable , toi que l'esprit ne peut concevoir, que la parole ne peut exprimer. Tu es l'intelligence de l'intelligence, l'âme des âmes ; tu es la nature des natures.
Voilà que , fléchissant le genou, moi ton serviteur, je me prosterne contre terre et te supplie , les yeux privés de lumière.
Toi qui distribues la lumière intellectuelle , prends pitié, ô immortelJ d'une âme suppliante ;
Chasse les maladies, chasse les soucis qui rongent le cœur:
Ce monstre audaeieux de l'enfer, démon de la terre éloigne-le de mon âme , de mes prières, de ma vie, de mes actions-,
Qu'il habite loin du corps , loin de l'esprit, loin de tout ce qui est à nous ;
Qu'il me laisse, qu'il me fuie, lui qui est la force des passions de la matière , qui mure la route des cieux , qui s'oppose aux efforts que l'on fait pour aller à Dieu.
Donne-moi pour compagnon, pour ami, 6 roi! l'ange saint de la force sainte ; l'ange qui inspire , doux et bienveillant, de célestes prières ; l'ange, gardien de l'âme, gardien de la vie, gardien des prières , gardien des actions ;
Afin qu'il préserve mon corps des maladies , mon esprit de toute souillure , et qu'il me fasse oublier les passions -,
Afin que , durant la vie que je mène ici-bas , les ailes de mon âme se fortifient par tes louanges;
Afin que cette vie qui suit le trépas et qui succède aux chaînes terrestres , je la mène dégagée, autant que possible, de toute matière, dans tes palais , dans ton sein , d'où s'échappe la source de l'âme.
Toi donc, ô immortel! tends-moi la main; rappelle vers toi, arrache à la matière, une âme suppliante.
HYMNES
Chantons le fils de l'épouse , de l'épouse qui n'a pas connu les liens d'un hyménée mortel ; les conseils ineffables du Père ont présidé à la naissance du Christ, et les flancs sacrés d'une Vierge ont enfanté, sous la forme d'un homme, celui qui est venu communiquer aux mortels la source de la véritable lumière.
Ta naissance ineffable , ô Christ ! a devancé l'origine des siècles 5 tu es la lumière primitive, le rayon qui brille avec le Père ; dissipant les ténèbres dïci-bas , tu éclaires les âmes saintes ;
C'est toi qui as créé le monde , qui as arrondi les astres éclatans , qui as affermi le centre de la terre. Tu es le sauveur des hommes -, c'est pour toi que le soleil , source éternelle du jour, s'avance sur son char 5 pour toi que la lune au front paré de cornes d'argent dissipe l'ombre des nuits ; pour toi que mûrissent les fruits, pour toi que paissent les troupeaux -, c'est toi qui, de tes ineffables trésors, faisant jaillir une splendeur vivifiante , fécondes les contrées du monde. C'est de ton sein que sont sorties brillantes et la lumière, et l'intelligence et l'âme.
Prends pitié de ta fille , que retiennent captive des membres mortels et qui gémit dans l'espace borné de la vie. Préserve des atteintes de la maladie nos membres sains et vigoureux. Donne à nos discours la persuasion •,. donne de la gloire à nos actions pour que nous brillions de l'ancien éclat de Cyrène et de Sparte. Que mon âme, exempte de douleurs , coule des jours tranquilles , des jours fortunés et qu'elle ne cesse de contempler ta splendeur, afin que, dégagé de la matière, je marche d'un pas ferme en ma route sans regarder derrière moi, fuyant les soucis de ce monde pour aller me confondre dans la source de l'âme.
Donne à ton poëte une vie ainsi exempte de souillures , à moi qui , faisant monter mes chants vers toi ; qui , célébrant ton origine , éternelle gloire du Père , et l'Esprit saint qui partage le même trône, entre la racine et le germe ; à moi qui, redisant la puissance du Père, charme les nobles pensées de mon âme par les hymnes que je t'adresse. Salut , ô source du Fils! salut, ô ressemblance du Père! salut, ô demeure du Fils! salut, ô image du Père! -salut, ô puissance du Fils ! salut, ô beauté du
Père ! salut, toi encore , Souffle pur, centre du Fils et du Père !
Cet Esprit, ô Fils! envoie-le-moi avec le Père, afin que, rafraîchissant les ailes de mon âme, il me comble de présens divins.
Avec la source sacrée, féconde par ellemême, au-dessus des ineffables unités, couronnons des savantes fleurs de la poésie le Dieu, noble Fils du Dieu immortel, le Fils unique engendré du Père unique, le Fils que le mystérieux enfantement de la pensée du Père a produit de son sein ineffable, enfantement qui a fait briller les fruits cachés du Père, et , après les avoir manifestés au grand jour, s'est montré esprit médiateur. Quoique répandus au dehors, ces fruits restent néanmoins dans leur source. Sagesse de l'esprit du Père , splendeur de beauté, le Père, après t'avoir engendrée, t'a permis d'engendrer. Tu es la semence mystérieuse du Père, car le Père t'a fait le principe des mondes, afin que tu donnasses des formes à la matière d'après les types intellectuels. C'est toi qui diriges la voûte intelligente des cieux, toi qui diriges sans cesse les chœurs des astres. O roi ! tu conduis les légions des anges, tu domines sur les phalanges des démons. Tu régis la nature mortelle -, tu divises autour de la terre ton souffle indivisible, et tu rends à la source ce qui a été donné, affranchissant les mortels de la nécessité de mourir.
Écoute d'une oreille bienveillante les hymnes que je t'adresse ; accorde à ton poëte une vie paisible; calme les agitations incessantes de la pensée ; apaise les sombres tempêtes de la matière. Dissipe les maladies du corps et de l'âme ; assoupis l'impétuosité des funestes passions.
Eloigne de moi les incommodités de l'opulence et de la pauvreté ; donne à mes œuvres une renommée glorieuse; fais-moi chez les peuples un nom illustre. Donne-moi les grâces de la douce persuasion afin que mon esprit goûte en paix un heureux loisir et que , délivré des soucis terrestres, je m'abreuve à tes sublimes sources des eaux fécondes de la science.
SYNËS1US.
Le premier, j'ai trouvé des chants pour toi, ô bienheureux et immortel! noble fils d'une vierge , Jésus de Solyme, et j'ai fait répéter à ma lyre des accords nouveaux.
Sois-moi donc propice , ô roi ! et accueille l'harmonie de ces chants pieux.
Nous célébrons un Dieu immortel , le noble fils d'un Dieu, le fils du Père créateur des siècles, le fils créateur du monde, la nature unie de l'homme et de Dieu, la sagesse sans bornes, celui qui est Dieu pour les habitans du ciel, celui qui est mortel pour les habitans de la terre.
Lorsque tu naquis d'un flanc mortel, la science des Mages fut étonnée à l'apparition de lvastr£, ne sachant quel était cet enfant qui naissait , quel était ce Dieu caché : était-ce un dieu, un mortel ou un roi?
Sus donc , apportez des présens , la myrrhe précieuse, l'or et les vapeurs suaves de l'encens. Tu es Dieu, reçois l'encens • je t'offre de l'or comme à un roi 5 la myrrhe parfumera ton sépulcre.
Tu as purifié la terre, et les flots de la mer, et les routes que parcourent les démons, et les champs liquides de l'éther, et les retraites sombres -, tu es descendu , Dieu secourable , chez les morts de l'enfer.
Sois-moi donc propice, ô roi! et accueille l'harmonie de ces chants pieux.
Aux accords doriens de ma lyre d'ivoire je mêlerai les accens variés de ma voix pour te célébrer , ô bienheureux immortel , noble fils d'une vierge !
Mais toi, préserve ma vie de tout mal, ô roi ! et rends-la inaccessible aux chagrins, la nuit comme le jour.
Fais jaillir dans mon cœur un rayon de la lumière intellectuelle; donne à mon corps la force, aux actions de ma jeunesse la gloire; prolonge mes années jusqu'à une douce vieillesse, et enrichis-moi de prudence et de santé.
Conserve , ô immortel ! le frère que naguère tu m'as ramené des portes du tombeau , et
dont le retour a mis fin à mes chagrins, à mon deuil, à mes larmes et aux angoisses dévorantes de mon âme.
Tu l'as rendu à la vie, ô Père ! touché de mes supplications.
Conserve ma sœur et mes deux enfans ; couvre de ta main ma paisible demeure.
La compagne de ma couche nuptiale, ô roi ! mon épouse chérie, qui n'a qu'une même pensée avec moi et qui ne connut jamais de furtives amours, conserve-la exempte de maladie, d'infortune. Qu'elle garde le lit conjugal pur , sans tache , inaccessible aux désirs illégitimes.
Affranchis mon âme des entraves d'une vie terrestre ; délivre-la des douleurs et des maux cruels.
Donne-moi de célébrer dans mes hymnes, de concert avec les chœurs des justes, et ta gloire, ô Père ! et ta puissance, ô immortel
Je t'adresserai encore des hymnes, je t'adresserai encore des chants -, bientôt aussi, de rechef, j'accorderai ma lyre.
O noble , ô désirable , ô bienheureux fils de la vierge de Solyme! je te célèbre, toi qui as chassé des vastes jardins du Père le serpent terrestre, si fécond en ruses, le serpent qui donna au premier homme le fruit défendu , cause d'une fatale destinée.
C'est toi, noble vainqueur, ô fils delà vierge de Solyme ! toi que je chante.
Tu es descendu sur la terre , tu as paru avec un corps mortel parmi les hommes qui vivent un jour.
Tu es descendu vers les sombres rives, aux lieux où la mort retenait enchaînés des milliers d'âmes. Alors l'antique souverain de l'enfer frissonna d'horreur, et le chien vorace s'éloigna du seuil.
Mais toi , lorsque tu eus arraché aux souffrances les âmes des justes , entouré de cette escorte radieuse , tu adressas des hymnes au Père.
C'est toi, noble vainqueur, ô fils de la vierge de Solyme! toi que je chante.
HYMNES
Lorsque tu remontais, ô roi ! la foule innombrable des démons répandus dans les airs pâlit à ton aspect, et le chœur immortel des astres purs fut saisi d'étonnement.
L'Éther, noble père de l'harmonie, sourit alors , et , sur sa lyre à sept cordes , entonna des chants de triomphe.
On vit sourire aussi et rétoile qui annonce le jour, et l'étoile brillante du soir , astre de Cythérée.
En tête s'avançait la lune, souveraine des dieux de la nuit; son disque argenté s'embellissait tout entier d'une lumière éclatante.
Le soleil étendait sous tes pas ineffables sa vaste chevelure enflammée; il reconnut le fils de Dieu, l'intelligence créatrice, source des feux dont il brillait lui-même.
• Toi , déployant tes ailes , tu traversas les espaces du ciel azuré et tu t'arrêtas sur les sphères intelligentes et pures, où est la source des biens , le ciel enveloppé de silence.
Là ne se rencontrent ni le temps aux vastes profondeurs , aux pieds infatigables, emportant tout ce qui est né de la terre, ni les douleurs importunes de la matière.
Mais on y trouve le temps antique , exempt de vieillesse, jeune et vieux à la fois et qui donne aux dieux une éternelle demeure.
Souviens-loi , ô Christ ! fils du Dieu souverain, souviens-toi de ton serviteur, pécheur malheureux qui a écrit ces choses , et délivremoi de ces passions funestes qui s'attachent à mon âme chargée de souillures.
Donne-moi de voir, ô sauveur Jésus! ta splendeur divine.
Quand je paraîtrai devant elle, je chanterai un hymne au médecin des âmes, au médecin des corps , au Père suprême et à l'Esprit saint.