NOTICE SUR L'ANTHOLOGIE
L' Anthologie grecque est un recueil de petites pièces de vers composées par des poètes peu connus et de quelques épigrammmes qui ont paru trop peu importantes pour être jointes aux œuvres plus volumineuses et plus estimées de leurs auteurs. Ce nom $ Anthologie veut dire bouquet de fleurs ; il avait été donné à un recueil des meilleures épigrammes de quarante-six poètes grecs par Méléagre, natif de Gadare en Syrie, qui les avait réunies soixante ans avant Jésus-Christ. Ce volume présentait vraiment un bouquet de poésie : les différentes pièces se trouvaient sous des noms de fleurs : ainsi Anytès figurait le lis ; Sappho, la rose, etc.
Sous Auguste Philippe de Thessalonique , on fit un autre recueil composé de quatorze poêles ; plus tard, Diogénanus d'Héraclée et Slrato de Sardes sous Adrien , Agathias sous Justinien remanient encore ces différens travaux ; enfin deux recueils plus modernes furent imprimés, l'un de Constantin Céphalas au dixième siècle, l'autre de Maxime Planude, moine grec de Constantinople, quatre siècles plus tard. Le premier était incomplet, mêlé de textes obscurs, sans ordre, sans noms d'auteurs ; le second fut découvert par Saumaise dans la bibliothèque de Heidelbeig. Guiet en eut une copie qu'il annota et transmit à Mé-
nage; de là elle arriva à la bibliothèque royale, qui la possède maintenant : c'est un manuscrit de soixante pages, qui a servi à plusieurs éditions.
La meilleure édition est celle de Jacobs-Leipsig , 1813 ; elle renferme trois mille vers. Les pièces sont réunies en cinq parties différentes :
La première et la seconde renferment les poésies licencieuses ;
La troisième réunit les épigrammatica mathêmathica, ou inscriptions pour offrandes aux dieux;
La quatrième, les épitaphes ;
La cinquième, les épidectika, ou épigrammes de luxe.
A travers toutes ces pièces diverses, qui souvent n'offrent aucun intérêt, qui souvent aussi répètent sous des formes différentes une même pensée sur un même sujet, nous avons dû faire un choix très-restreint : nous nous sommes borné à présenter une sorte de spécimen de l'épigramme antique sous toutes ses formes. Il ne faut demander à ces œuvres légères ni poésie ni intérêt : c'est tout au plus si parfois elles révèlent un peu de celte élégance et de celte finesse que les modernes ont spécialement affectées aux écrits de ce genre.
Ernest FALCONNET.
EXTRAITS DE L'ANTHOLOGIE
TRADUITS PAR M. ERNEST FALCONNET
EPITAPHE
Née en Lybie, ensevelie à la fleur de mes ans rsous la poussière ausonienne, je repose près de Rome le long de ce rivage sablonneux. L'illustre Pompée qui m'avait élevée avec une tendresse de mère, a pleuré ma mort et m'a déposée dans un tombeau qui m'égale, moi pauvre esclave, aux Romaines libres. Les feux de mon bûcher ont prévenu ceux de l'hymen. Le flambeau de Proserpine a trompé nos espérances.