BerescfUih Rabba, ch. xxxvii
3. Yochanan mourut vers Tan 280. Ben-Lakisch était mort en Tau 215.
3ao LES PHARISIENS.
uu loug temps s'écoula encore avant que cette mission put s'accomplir.
Après la mort de K. Yochanan, les écoles palestiniennes tombèrent dans une sorte de crise latente qui amena une décadence rapide. On était alors vers la fin du troisième siècle et la situation des Juifs devenait de plus en plus précaire en Judée, où il n'y avait plus de sécurité pour les savants et studieux docteurs.
Le Christianisme triomphant s'était fait à son tour persécuteur. Comme les innombrables hérésies qu'il avait à combattre dans son propre sein, s'appuyaient toutes, plus oy moins, sur les antiques vérités du Judaïsme, les Empereurs et les Kvéques chrétiens espéraient les détruire dans leur principe même en opprimant les Juifs et en les réduisant au silence. — L'Arianisme surtout, qui niait la divinité de Jésus et qui, par le nombre d'évêques qui s'y rallièrent, faillit mettre en péril le Christianisme tout entier, était un reste des premiers Judéo-Chrétiens,des Kbionitesde la Terre sainte, fidèles à la loi juive et adversaires inflexibles des transactions païennes de saint Paul. C'est là qu'il faut chercher une des raisons principales de la haine que les chefs de l'Église montrèrent, dès cette époque, contre les Juifs dont la protestation permanente donnait des armes si redoutables au mouvement hérétique.
La Judée, livrée à l'arbitraire de l'Épiscopat et des Césars, vit, peu à peu, émigrer ses docteurs les plus
éminents. La plupart se réfugièrent en fiabylonie où ils trouvaient du moins la sûreté pour leurs personnes, la liberté pour leurs opinions, et la tranquillité pour leurs études. Les autres traînèrent en Palestine une existence agitée qui n'était guère propice aux grands travaux de l'intelligence.
Cependant, avant que le patriarcat, qui, du reste, n*avaitplus qu'une ombre d'autorité, fut brusquement aboli par Théodose (an 426), les derniers Amoraites de Judée, et en particulier R. Tanchuma-bar-Abba, tinrent à honneur d'achever la compilation commencée par R. Yochanan. Il est probable que ce fait eut lieu vers le milieu du quatrième siècle. On appela ce recueil le Talmud de la Terre d: Israël Ô^'i^ \^^ Sr T'.nSn) ou le Talmud Occidental (lira u^t naSn) ». Mais le nom historique qui lui est resté est celui de : Talmud oe Jérusalem. Les autres dénominations lui auraient pourtant mieux convenu,. car les docteurs de Jérusalem, s'il y en avait encore, par hasard, dans cette ville, ne concoururent en aucune manière à sa création.
Le Talmud de Jérusalem, bientôt éclipsé par le recueil analogue, mais beaucoup plus complet, qui fut composé par les docteurs babyloniens, n'a jamais joui d'un grand crédit dans le Judaïsme. Le style en est généralement obscur. Il est écrit dans le dialecte de la
1. On appelle également le Talmwi^ GoiMARAH, Complément, On le considère en effet comme le complément de la Mischnah,
Judée qui, déjà à cette époque, était d'un usage peu fréquent et qui n'était plus intelligible pour le plus grand nombre. — Les questions n'y sont pas toujours exposées avec une clarté suffisante ; l'ordre et la nic'^ thode y font surtout défaut. — C'est un entassement confus de matériaux, pris un peu au hasard. On voit bien que les compilateurs, troublés sans doute par la situation difficile dans laquelle ils vivaient^ n'ont eu ni le temps, ni la liberté d'esprit nécessaires pour un aussi vaste travail. Le récit et l'exposition des discussions doctrinales n'ont pas également la netteté et la logique qu'on désirerait. D'ailleurs, l'ouvrage ne nous est pas parvenu tout entier. Ces diverses conditions d'infériorité durent toutes concourir à le reléguer à un rang secondaire, lorsque les grands travaux de l'école babylonienne furent réunis, à leur tour, dans d'immenses pandectes.
Cependant, il est un point sur lequel il est bien supérieurà son rival des bords de l'Euphrate. Plus près des sources historiques, il a conservé, avec plus de soin et de fidélité, les anciennes traditions et le souvenir des faits importants. Sous ce rapport, c'est un
guide très-sûr, qu'on peut suivre de préférence et qui
conduit les esprits curieux du passé à des trésors de renseignements, de science et d'érudition. Les savants allemands, qui sont nos maîtres en fait de critique historique, ne s'y sont pas trompés. Le Talmud palestinien a été mis largement ^ contribution dans leurs
LES PHAHISïEiNS. :V33
lumineuses recherches sur la période du second temple.
Cette œuvre fut le chant du cygne des écoles de Judée. Elles s'éteignirent ensuite dans le silence et l'obscurité et la Babylonie prit, sans partage, la direction du Judaïsme universel.