Voir ci-de88U8, livre IX, cliap. I
se nomme le Pérek Schirah (le chapitre du chant). C'est, dans l'austère et sombre monument de l'enseignement traditionnel, comme un jardin merveilleux où éclate tout à coup, aux rayons du soleil, le charme poétique des premiers jours de printemps. Rien n'est plus gracieux que la pensée qui a inspiré cet hommage de tous les êtres envers le divin ouvrier. Mais, ce n'est pas un chant idéal. Ceux qui l'ont composé ont voulu que l'homme s'associât, à son tour et dans le même esprit, à cette adoration universelle. • Celui, disent-ils, qui » lit chaque jour pieusement le Pérek Schirah^ est sûr » de la béatitude éternelle \ » Que signifient ce conseil et cette espérance? sinon que l'homme vraiment religieux ne saurait mieux faire que d'imiter Thommage spontané, pur et admirable que la nature entière adresse chaque jour au créateur. Mais, pour cela, il faut évidemment se dégager du formalisme étroit des cultes officiels et s'élever aux sphères lumineuses où rame, confondue avec tous les éléments de la créaUon, se sent en communion directe avecTËtre Inflni de qui elle émane.
i. PérbkSchirab I (Voir sur cet intéressant sujet Weill, le Judaïsme, $es dogmes^ sa missiofi, t I, p. 37i.)
Ainsi, dans la conception et dans l'organisation du culte, le Pharisalsme n'est resté inférieur à aucun des systèmes spiritualistes qui ont défini les rapports religieux de l'homme avec la divinité. Mais, il faut bien avouer que, depuis cette époque, la Synagogue ne s'est pas toujours tenue dans les hauteurs où ses fondateurs s'étaient placés. Elle a exagéré, à son tour, le formalisme des pratiques extérieures. La superstition, Tignorance, le fanatisme et mémo la force de l'habitude aidant, elle a mis au premier rang, parmi les devoirs religieux, cette routine journalière que les docteurs pharisiens considéraient, au contraire, comme l'ennemie de la vraie piété.
Le culte juif, tel que l'ont fait peu à peu le Rabbinisme du moyen âge et la persécution, a donné au culte extérieur une prédominance regrettable sur le culte du cœur et sur l'adoration d'amour. Depuis que le Judaïsme a reconquis la liberté de conscience, il s'est produit, cependant, un vif mouvement de réaction contre ces mauvaises pratiques. La Synagogue moderne fait de sérieux eflbrts pour revenir aux grands principes de son origine. Ceux qui la dirigent
dans cette voie nouvelle, feront bien de méditer les II. 31
pages qui précèdent. La meilleure réforme est celle qui reprendra franchement l'ancienne tradition du Pbarisaisme. En cette question, comme en bien d'autres, le progrès ne consiste pas toujours à regarder en avant. 11 est bon aussi do regarder plutôt, parfois, en arrière, car c'est généralement dans le passé, au début des grands mouvements sociaux, moraux et religieux, que se trouvent les idées les plus simples, les plus justes et les plus vraies.