‹ Les PharisiensChapitre 53 sur 258 · JosÀPHS, Antlq., liv. XX, cU. v · texte numérisé non relu

JosÀPHS, Antlq., liv. XX, cU. v

U l-ES PHAHISIENS.

Cette prépondérance, ù peu près universelle alors. était due à la supériorité morale qui a toujours distingué la race juive. Ses ennemis les plus implacables n'ont jamais pu mécounaitre les qualités et les remarquables aptitudes de ce peuple étrange. Dans toutes les directions de l'esprit, dans toutes les voies de l'activité humaine, il montre une souplesse d'intelligence, une fertilité de moyens, une persévérance, une énergie sans exemple. Par un singulier don de nature, il peut s'acclimater partout, supportant avec un égal succès, les glaces polaires et les chaleurs tropicales. C'est une nation cosmopolite au plus haut degré * . Chose non moins origiaale, elle s'habitue aussi aisément à l'atmosphère sociale des lieux où la dispersion la pousse, qu'à leur atmosphère physique. Nulle race n'est plus malléable, plus assimilable que celle-là. Elle s'approprie presque instantanément les moeurs, les usages et la langue des peuples avec qui elle est en contact, et néanmoins, dans cette assimilation phénoménale, elle reste toujours profondément juive, conservant à travers les siècles et les civilisations les plus opposées, sans qu'ils se modiûent ni s'altèrent, son type physiologique et son type psychologique. Elle e»t une et diverse à la fois. Elle se plie à toutes les formes extérieures des sociétés qui l'entourent ; mais te fonii de sa nature ne change pas. Ai^ourd'bui

I. Voir l'iuLéresaaul ouvrage du docteur Boudin aur te Comopolilùneitri racei ^umai»tt, i vol. IMI.

encore, elle est^ dans ses idées, dans ses aspirations, dans ses mœurs intimes, ce qu'elle a toujours été. Elle marche vers un but obscur avec une invincible constance et une rectitude invariable.

Mais il faut avouer aussi que les Juifs ont toujours eu les défauts de leurs qualités. Se sentant supérieurs aux peuples païens autant par leurs croyances que par leur intelligence, fermement convaincus qu'ils étaient les élus de Dieu et que le monde entier devait, tôt ou tard^ leur être soumis, ils se laissaient emporter à des sentiments d'orgueil et de hautaine ambition qui devaient être particulièrement insupportables aux nations de l'antiquité et dont ils n'ont guère pu s'affranchir depuis lors. Avec cela très-actifs, très-remuants, aspirant partout aux premières places, affichant un grand dédain pour les étrangers dont les cultes idolâtres étaient une abomination à leurs yeux; d'ailleurs, fort entreprenants, habiles à capter la confiance des rois et à mettre en leurs mains les grandes fonctions publiques ; puis, susceptibles à la moindre offense, et fatiguant sans cesse de leurs plaintes les agents du pouvoir; enfin, chose plus grave, vivant, grâce à la pratique de leurs lois de pureté religieuse, en dehors de ces peuples dont ils avaient la juste prétention d'être les égaux, et formant une sorte de caste à part qui revendiquait tous les droits des sociétés auxquelles elle était mêlée, sans en vouloir accomplir tous les devoirs : tels étaient généralement les Juifs dans le

monde romain, et plusieurs de ces traits sont peutêtre encore les leurs dans le monde moderne.

Dans de telles conditions il était impossible qu'il n'y eût pas à tout moment des froissements et des conflits. D'autant plus que leur prosélytisme religieux ne se ralentissait pas *. Partout, en Asie, en Egypte, en Grèce comme à Rome, ils recrutaient des adeptes et prêchaient le iponothéisme.

L'apostolat chrétien qui prit alors^ sous la parole ardente de saint Paul, une extension si rapide et si puissante, redoubla l'attention et les craintes de ceux qui se préoccupaient de l'invasion de l'esprit juif dans la société païenne. Les Chrétiens n'étaient pas encore regardés à cette époque comme une secte distincte du Judaïsme '. Eux-mêmes ne s'étaient pas encore publiquement détachés du tronc maternel. Ils passaient donc pour Juifs aux yeux des autres peuples. Or, la vivacité de leur propagande, l'audace de leur attitude, la publicité de leurs prédications, la hardiesse de leurs doctrines d'égalité, l'agitation qu'ils provoquaient

1. Un aulre prince de ce temps, Âziz, roi des Émézéniens, iuiiUmt l'exemple d*Itate, roi de TAdiabénie, et de la reine Hélène, avait embrassé le Judaïsme. (Josephb, ibid,)

2. La confusion que l'on faisait entre les Juifs est attestée par Suétone qui dit en racontant le règne de Claude : « Judsos, impul- » Rore Christo, assidue tumultuautes Roma expulit. » (Les D<nue César», ch. XXV.) Évidemment il ne peut s'agir ici que des Chrétiens, car ou sait que le règne de Clan«1c fui très-favorable aux Juifs.

parmi le peuple et dans les rangs des esclaves, de manière à faire craindre quelque nouvelle guerre servile, étaient considérés comme des périls publics de la nature la plus grave, et le Judaïsme tout entier fut solidaire des sentiments d'inquiétude et de colère qu'ils inspiraient. Sous l'influence combinée de toutes res causes, il y avait, dans le monde entier, une ef- Tervescence générale contre les Juifs et les Chrétiens confondus dans une 'même haine. A chaque instant, cette hostilité sourde faisait explosion.

Ainsi, dans les dernières années du règne de Tibère, deux juifs célèbres de la Babylonie, illustrés par des exploits remarquables^ bien qu'ils eussent commencé leur carrière militaire comme chefs de bandes indisciplinées, Asinéos et Aniléos, étaient arrivés, auprès du roi des Partbes et dans toute la Mésopotamie, à une situation supérieure. C'en fut assez pour exciter i'animosité publique contre la population juive. Tant qu'Asinéos et Aniléos vécurent, leur puissance et la crainte qu'ils inspiraient dominèrent ces mauvaises passions; mais, à leur mort, les Juifs en butte à toutes sortes de vexations, furent obligés de se réfugier à Séleucie, peuplée de Grecs etde Syriens. Ceux-ci, épousant la haine des gens deBabyloue, s'unirent à ces derniers dans un vaste complot. Un jour, ils tombèrent tous ensemble surles immigrants juifs et exterminèrent cinquante mille de ces malheureux. Le petit nombre qui échappa au massacre se

sauva à Nisibis et à Néardée, centres d'an grand enseignement juif.

Il y eut alors, et il devait y avoir bientôt d'autres exemples non moins graves du fanatisme des populations païennes contre les Juifs. Les troubles politiques de la Judée étaient d'ailleurs de nature à y donner de nouveaux prétextes et un nouvel aliment. Le dernier soulèvement de cette terre féconde en insurrections se préparait dans l'ombre. Dun autre côté, Néron était près de monter sur le trône, épouvantant le monde par ses folies et par ses crimes. La crise scpréme approchait.

Au procurateur Fadus préposé au gouvernement de la Judée pendant la minorité d' Agrippa II, avait succédé Tibère Alexandre, l'alabarche d'Alexandrie. Le passage de ce renégat juif au pouvoir ne parait avoir été marqué que par une grande famine et par le crucifiement des deux flis de Judas le Gaulonite, Jacques et Simon, lesquels, sans doute, à l'exemple de leur père, semaient dans le peuple l'esprit de révolte contre les Romains *. Il fut remplacé par Cumanus sous l'administration duquel un incident fimeste imprima une nouvelle impulsion aux antipathies nationales.

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