JosÈPHE, Antiq., liv. XIV, ch. xv
2. JosÈPHE, a conservé le texte des décrets rendus en cette occasion par César. {Aniiq., liv. XIV, ch.xvii.)
Du reste, grâce àTénergie déployée en Palestine, la situation s'y était simplifiée. Aristobùle était mort
i^empoisonné parles soldats de Pompée, et Scipion, un des lieutenants de ce dernier, avait, par son ordre, fait trancher la tête à Alexandre, dans Antioche. Il ne restait que le second fils d' Aristobùle, Antigone, mais il paraissait peu en état de rallumer la guerre civile. Il fit bien une démarche auprès de César pour revendiquer ses droits au trône de son père, accusant d'usur-
pation Hyrcan et Antipater; mais celui-ci n*eut pas de peine à le combattre et à lé discréditer dans l'esprit du dictateur romain. César n'y répondit qu'en proclamant les droits d'Hyrcan et en donnant à Antipater, avec le titre de procurateur, le gouvernement général de la Judée K
Antipater divisa le pays en deux circonscriptions. Il nomma Phazaël, son fils aîné, gouverneur de Jérusalem' av'^c autorité sur toute la Judée proprement dite, et Hérode, son second fils, gouverneur de la Galilée, bien qu'il ne fut pas âgé de plus de quinze ans.
. L'un et l'autre se considéraient déjà comme le pouvoir souverain. Un fait qu'il faut rappeler, parce qu'il caractérise l'état des esprits, en fut bientôt la preuve.
'• . JosÈPHE, ibid., ch. xv, et Guerre des Juifs, liv. I, ch. xni.
LES PHARISIENS. . v, 33-:
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Les ferments de guerre civile étaient toujours en ébuUition. A défaut d'armées régulières pouvant soutenir les partis et les prétendants insurgés, il y avait, décote et d'autre, de petites bandes, conduites par quelques chefs hardis, qui exécutaient d'audacieux coups de main et tenaient sans cesse le gouvernement en éveil et en alarme. En Galilée, où le parti républicain exalté était surtout nombreux et entreprenant, le patriotisme local avait une allure de démocratie radicale très-voisine delà démagogie. Les bandes insurgées y mêlaient sans scrupule des actes de brigandage à leurs revendications d'indépendance nationale.
Josèphe s'est montré très-sévère pour ces troupes d'aventuriers. Jusqu'à la destruction du temple, il ne cessera de les appeler des voleurs et des bandits. Nous verrons qu'il y a beaucoup à rabattre de l'opinion aun historien qui a pris à tâche de flatter outre mesure les vainqueurs de la Judée et d^en dénigrer les défenseurs ; cependant il faut reconnaître qu'en général, ceux parmi lesquels les chefs de bandes recrutaient leurs soldats, n'étaient pas seulement animés de l'amour de la patrie et de la liberté ; l'espoir du. pillage entrait pour beaucoup dans leur conduite.
Mais le peuple^ sans rechercher de quels éléments se composaient ces troupes insurrectionnelles, ne Yj^jilait voir que leur but apparent. Pour lui, c'étaient dés champions de la Judée contre la domination romaine et de la démocratie contre la royauté. Tous ces partisans, tous ces guérilleros juifs étaient donc trèspopulaires et leurs plus téméraires expéditions éveillaient un écho sympathique parmi les masses.
Au nombre de ces énergiques routiers, se signalait, en Galilée, un certain Ezékias qui répandait la terreur dans les campagnes. Hérode*, qui avait toute sorte de motifs pour ne pas partager, sur les chefs de bandes, l'avis de la multitude, parvint à s'emparer d'Ezékias et le fit mettre à mort avec la plupart de ses acolytes. A coup sûr, dans l'intérêt de l'ordre et de la paix, il avait raison de faire ainsi un exemple séyère ; mais, en prenant seul l'initiative et la responsabilité de cet acte de rigueifr, non-seulement il froissait le sentiment populaire, mais il s'arrogeait un droit de. haute justice qui n'appartenait qu'au Synhédrin. Le- fait produisit une vive impression à Jérusalem. L'assemblée y vit une atteinte grave à ses prérogatives, tandis que la foule accusait hautement Hérode d'aspirer à la tyrannie. Devant cette émotion, Hyrcan fut forcé de satisfaire l'opinion excitée. Hérode fut mandé à la barre du S3mhédrin comme coupable d^èxcès de,,pouvoir!,ï :
Le gouverneur de Galilée n'hésita pas à se rendre à cette assignation ; mais il se fit accompagner d'une
force respectable, de iDanière à prouver qu*il saurait, au besoin, défendre sa liberté et sa vie par d'autres moyens que par un simple plaidoyer. De son côté, Sextus César, gouverneur de Syrie, écrivit à Hyrcan une lettre comminatoire où il lui enjoignait de faire absoudre Hérode, le menaçant, en cas contraire^ de toute la colère des Romains. Hyrcan ne demandait pas mieux, ayant reçu trop de services d'Antipater pour vouloir condamner son fils, mais il avait à compter avec les sentiments des masses et l'austérité des membres du Synhédrin.
Le président de l'assemblée était ce Schémaïa dont la popularité était si grande et le caractère si respecté. Le stoïque pharisien ne se laissa pas intimider par l'appareil formidable do ut s'était entouré Hérode en comparaissant devant ses juges. Les paroles qu'il prononça alors pour relever le courage de ses collègues, montrent trop bien l'esprit du Pharisaïsme, plaçant l'observation de la loi et le culte du devoir audessus de toute considération humaine, pour ne pas être rappelées. « Où a-t-on jamais vu, dit-il, qu'un » homme obligé de se justifier, se soit présenté en )) justice de cette manière? Tous ceux qui ont com- » paru jusqu'ici devant ce tribunal, y sont venus avec » humilité et crainte, vêtus de deuil et faisant leur » possible pour émouvoir notre compassion. Celui-ci, » au contraire, qui est accusé d'avoir commis de vé- » ritables meurtres, pour éviter d'ê^jpuni, paraît
» devant nous vêtu de pourpre, accompagné de gens ». armés/ afin que, si nous le condamnons suivant les » lois, il se moque des lois et nous assassine nous- » mêmes. Je ne le blâme 'pas tant néanmoins d'agir » ainsi, car il cherche à sauver sa vie qui lui est plus )) précieuse que le respect de la loi^ que je ne vous )) blâme tous de le souffrir. Mais, sachez que Dieu est » juste. Cet Hérode que vous voulez absoudre pour » plaire à Hyrcan, vousi en punira un jour et l'en pu- » nira lui-même M » ,
Ce discours courageux peut donner une idée de la liberté de langage des docteurs pharisiens. Prononcé en séance publique, devant la foule qui assistait aux séances du Synhédrin, il releva le moral des membres de l'assemblée. La condamnation d'Hérode paraissait certaine; mais Hyrcan, pour gagner du temps, obtint que la suite des débats fut remise au lendeniain. Pendant la nuit, il fit sauver secrètement Hérode qtii s'enfuit à Damas.
L'acte d'énergie de Schémaïa, accrut encore, s'il est possible, le prestige du parti pharisien sur l'esprit public ; mais il suscita entre Hérode et le Pharisaïsme une haine profonde que rien ne put ensuite apaiser.