CHAPITRE PREMIER
LES ESSENI ËNS
Le prosélytisme juif, malgré les efforts considérables qu'il avait faits dans l'espoir de rattacher à la foi monothéiste la société païenne, rencontrait devant lui des difficultés insurmontables. Les esprits étaient partout tellement empreints des idées polythéistes, qu'il leur était presque impossible de passer, sans transition,
de la vieille mythologie matérialiste au spiritualisme '' II. 1
2 LES PHARISIElNS.
unitaire; de son côté, le Judaïsme lui-même, malgré les réformes pharisiennes, n'avait pu se dégager suffisamment de son formalisme officiel; il effrayait encore, par la multitude de ses pratiques, ceux que la beauté de ses principes pouvait attirer.
L'entreprise hardie des docteurs de Judée et des philosophes d'Alexandrie risquait donc d'échouer, lorsque éclata, sur les rives du Jourdain „un de ces événements providentiels par lesquels une ère nouvelle s'inaugure dans l'évolution de l'humanité. Le Christianisme sortit, tout d'un coup, du mouvement encore indécis des sectes juives. Dès sa naissance, il semitàFœuvreetilparvint à convertir les peuples aux grandes vérités du Sinaï, au moyen d'une transaction habile qui, si elle a tenu compte des exigences de l'esprit païen, a fait cependant triompher l'idée juive dans le monde entier.
Ce fut un fougueux Essénien qui en fut l'initiateur et l'apôtre. Tout à coup une voix retentit dans le désert de Judée, disant : a Faites pénitence, car le » royaume des cieux est proche. Préparez dans le » désert la voie de l'Éternel. Redressez, dans la soli- » tude, les sentiers de notre Dieu K » Celui qui faisait entendre ces paroles prophétiques se nommait Jean. Il portait un vêtement de poils de chameau ; une ceinture de peau serrait ses reins ; sa nourriture ne se composait que de sauterelles et de miel sauvage. Il
i. Matthieu, cli. in, 2 et suiv.
prêchait la rémission des péchés par le baptême dans les eaux du fleuve, c La hache, » s'écriait-il, « est déjà » mise aux racines de l'arbre. Tout arbre qui ne pro- )) duit pas de bon fruit, sera coupé et jeté au feu. » On accourait vers lui de tout le circuit du Jourdain, de Jérusalem et de toute la Judée. Les Pharisiens, les Sadducéens eux-mêmes venaient^ en grand nombre, recevoir de ses mains le baptême de pénitence K Jean, suivant la coutume essénienne, faisait plonger les fidèles, dès l'aube matinale, dans Tonde pure, et ils y faisaient confession de leurs fautes.
Les graves événements qui agitaient la Judée, les vices des princes et des grands, les scandales du Sacerdoce, l'oppression des Romains, la révolte des Zélateurs, tous les signes menaçants qui présageaient une crise prochaine et terrible, ne pouvaient manquer de faire surgir quelque tribun religieux qui, épouvanté des périls de la situation, y vît, comme les anciens prophètes, un effet de la colère divine et appelât le peuple au repentir, seul capable, de désarmer la justice de l'Éternel.
Ce nouveau Nabi devait infailliblement sortir de l'Essénisme. Les Esséniens, par la pureté de leur vie, par l'exaltation de leur esprit, par la rigidité de leurs pratiques, étaient généralement considérés et vénérés comme de saints hommes en communication plus directe et plus habituelle avec la divinité. Josèphe, qui