Talmud, Synhédrin
Une parabole légendaire, vraiment remarquable, vient à l'appui de cette, croyance.
« R. Yéhoschoua ben Lévy demanda un jour au pro- » phète Élie ^: « Quand le Messie doit-il venir? » — « Demande-le-lui à lui-même, répond le Nabi. » — « Mais, où puis-jele trouver ?» — « Tu le trouveras » à la porte de la ville au milieu des pauvres et des » malades ». ^ — Yéhoschoua se rend au lieu indiqué » et y trouve celui qui doit être un jour le Messie. — « Quand viendra mon Seigneur? » lui dit-il. — « Au- » jourd'hui même, » répond ce dernier. — Plus tard, » Yéhoschoua, rencontrant de nouveau Élie, se plaint » amèrement. — « Le Messie m'a trompé en me » disant : « Je viendrai aujourd'hui ; » car il n'est pas » venu. » — « Non, réplique le prophète, iln'a pas » menti. Il a voulu dire : « Je viendrai aujourd'hui si » vous obéissez à la loi de Dieu. ^ »
Ce qui distingue surtout la croyance pharisienne relativement à l'avènement de l'époque messianique et du règne de Dieu, c'est la conviction qu'il apportera au monde entier la fin de tous les maux, le pardon aux pécheurs, la félicité sans nuages non-seulement
1. Le prophète Èlie, ayant été enlevé au ciel vivant, d'après le récit biblique, la tradition populaire croyait qu'il apparaissait souvent dans le monde où il s'entretenait avec les sages d'Israël.
2. On remarquera que la légende fait ainsi du Messie, à l'exemple . de Jésus, essentiellement l'ami des pauvres et le consolateur des malades.
B. TAmvi},Synhédrm,9S.—
pour les justes de toutes les nations, mais pour les impies eux-mêmes. Ces espérances palingénésiques se trouvent exprimées j sous une forme saisissante, dans un de ces récits paraboliques qui sont l'argument familier des pères de la, Synagogue comme des rédacteurs des Évangiles ^
« Dis choses, » y est-il dit, « distingueront les temps )) messianiques des nôtres. — La lumière du soleil sera » centuplée. — Des sources inépuisables couleront de » Jérusalem et seront des sources de santé et de force » pour tous les hommes. — Les plantes porteront des » fruits miUe fois plus abondants. — Toutes les ruines . » terrestres seront relevées. — Jérusalem sera recon- » struite. — La paixrégnera parmi les animaux les plus » féroces. — L'harmonie serarétablie entre Israël et tous » les peuples. — Il n'y aura plus de gémissements ni de » larmes. — La mort sera domptée. — La joie écla- » tera partout.
» Trois jours avant le grand rachat, le prophète » Élie apparaîtra sur les montagnes de la terre sainte. » Le premier jour, il s'écriera : « La paix arrive au )) monde ! la paix arrive au monde ! » et les impies » eux-mêmes se réjouiront. — Le second jour, il » s'écriera : « La félicité arrive au monde ! la félicité ar- » rive au monde ! » et les impies eux-mêmes tressail- » liront d'allégresse. — Le troisième jour, il s'écriera:
1. Yalktjt Yésau, 41, a. Anthologie talmudiqu^ de Guiseppe Levi, Florence, 1859.
« Le salut arrive au monde ! le salut arrive au monde î » » elles impies eux-mêmes seront heureux. — EtÉlie » ajoutera : « Sion, voici le règne de ton Dieu L»
Il est incontestable que les auteurs des Évangiles se sont étudiés à recueillir^ pour les appliquer au Christ, dont ils étaient les apôtres, toutes les croyances, toutes les traditions qui constituaient, de leur temps, renseignement pharisien au sujet du Messie. — C'est à Bethléhem qu'ils font naître le fils dé Marie. C'est de la race de David qu'ils le font descendre, au moyen de généalogies plus ou moins concordantes et authentiques. Dans leur désir de ne contrarier aucune idée traditionnelle, ils vont jusqu'à prétendre et à faire déclarer par Jésus que Jean-Baptiste n'est autre qu'Élie le prophète lui-même \ Comme les Pharisiens, ils affirment que la pénitence est la condition essentielle du salut ■-. Comme la légende qu'on a lue plus haut et qui annonce deux messies successifs, l'Évangile prédit un second avènement qui sera le messianisme définitif et complétera la première manifestation du Christ sur la terre ^ Les réponses attribuées à Jésus,
1 . Et si vultis accipere, ipse est Elias qui venturus est. — Matthieu, ch. XI, 14.