Actes, ch. x et xl
3. Actes, ch. xv, 20 et suiv, Voirsur ce conflit et le compromis qui le ermina, Épître aux Galates^passim — Conf. Déicides, 2» partie, p. 237.
restait juive de cœur et d'action. Du reste, elle excita peut-être l'opinion beaucoup moins qu'on ne le pense. La vie et la mort de Jésus, comme les actes des premiers apôtres, si retentissants dans les Évangiles, n'ont laissé aucune trace sérieuse dans l'histoire contemporaine. Ni Josèphe, ni Philon, ni aucun des écrivains de ce temps ne s'en sont occupés. Il faut bien en conclure que la prédication, le jugement et le crucifiement de celui qui est devenu le Dieu du monde païen, ne produisirent pas alors beaucoup plus de sensation que tant d'autres événements analogues si fréquents dans cette époque agitée, fertile en prophètes, en devins, en magiciens et en messies.
Mais, ce qui ne comporte aucune incertitude, c'est l'attitude que prirent dans l'empire romain, ceux des apôtres qui furent les vrais fondateurs du Christianisme. Ils manifestèrent aussitôt une ardeur de prosélytisme encore plus grande et certainement plus efficace que celle dont étaient animés les Pharisiens. Profitant habilement de tous les efforts si opiniâtrement tentés par 'leurs prédécesseurs dans ce but, ils se jetèrent résolument à la conquête de la société païenne, tenant d'une main la Bible, de l'autre l'Évangile, sachant faire
d'utiles concessions et bravant, avec un courage sans égal, les persécutions et les supplices.
Ils ont eu la gloire de triompher ; ils ont fait accepter par les nations a la bonne nouvelle » qu'ils leur ont portée. Grâce à eux^ les dieux s'en sont allés et le Bien unique, malgré l'altération ingénieuse que son unité a subie pour s'adapter aux mœurs encore matérialistes du paganisme, a été connu et adoré jusqu'aux extrémités delà terre.
La première partie de l'œuvre messianique, telle que l'avaient conçue les traditions pharisiennes et les disciples eux-mêmes de Jésus, également d'accord sur la croyance en un double avènement, a été ainsi accomplie. La seconde doit-elle l'être à son tour ? Problème profond dont l'avenir a le secret et devant lequel il faut s'incliner silencieusement, en se disant toutefois qu'il est impossible d'admettre que le mouvement progressif qui pousse les peuples, à travers les luttes et les victoires successives de la raison, delà justice et de la vérité, ne soit pas réglé par une loi providentielle; que l'humanité ne s'arrête ni sur la route des faits ni sur celle des idées, et que la philosophie s'accorde avec la foi pour attendre une ère de paix, d'harmonie et de liberté universelle où les peuples réconciliés formeront comme une seule grande famille ayant une seule loi et un seul Dieu !